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le blog de Simon Loueckhote

Une fenêtre sur la Nouvelle-Calédonie : politique, santé, social, éducation, francophonie, économie

Il y a 19 ans presque jour pour jour ....

Publié le 22 Juin 2014 par Loueckhote Simon

"Mais vous n'y pensez pas, Monsieur le Sénateur, faire intervenir les gendarmes mobiles à Lifou pour libérer la Province? Mais jamais, jamais" C'est le Haut-Commissaire qui me répondait alors que j'étais venu le voir pour lui exprimer notre raz-le-bol.
Nous sommes en 1995, les élections provinciales passées, une coalition RPCR-LKS et FDIL se constitue pour former une majorité et porte Nidosh NAISSELINE à la tête de la collectivité des Îles Loyauté. L'UC, le PALIKA et l'USTKE n'apprécient pas du tout ce truc. "La Province des Îles comme celle du Nord doit revenir aux indépendantistes comme cela est inscrit dans les Accords de Matignon." clament-ils. J'avais pris la précaution de faire élire un indépendantiste gaulliste à la Présidence. Rien n'y a fait. "Il fallait que ce soit toi parce que le RPCR est majoritaire dans la coalition. Et nous pouvons travailler ensemble mais pas avec Nidoish et Cono" ajoute-il pour tenter de se justifier. Cono HAMU est l’autre élu indépendantiste, partenaire de cette coalition et qui contestait ouvertement la stratégie de blocage du FLNKS.
Voici 2 mois que l'institution est bloquée. De recours en recours contre l'élection du bureau de la Province en passant par des délibérations et des décisions sur les affaires courantes, dégradation des outils de communication, des matériels de travail, inscriptions insultantes, ils auront tout fait, tout essayé pour nous empêcher de travailler.
Nous voici en assemblée nomade, tantôt au faré de Luécilla pour y tenir nos réunions, tantôt à Ouvéa ou encore à Maré. L'exaspération était à son comble.
Désormais convaincu que l'Etat ne sera pas notre allié dans cette bataille contre la négation de la démocratie, je constituais une milice forte de 100 hommes pour libérer par nous-même notre outil de travail. Ce qui fût fait, un matin entre 5 et 7H00. Place nette avait été faite, sans l'intervention des gendarmes.
Je revois encore la tête du Commissaire Délégué, sorti de son lit par les gendarmes qui le préviennent à cette heure très matinale, que l'Hôtel de province, était en feu. Il n'en était rien. C'était tout simplement les affaires des militants de l'UC, du PALIKA et de l'USTKE que nous avions rassemblées devant le bâtiment après que nous les en ayons chassé et que nous avons brûlées.
Choqué, abasourdi, la peur au ventre, il ne comprenait pas ce qui se passait. Est-ce un remake de 1984? Est-ce que la résidence du représentant de l'Etat va être pris d'assaut? Va-t-il de nouveau être pris en otage?
L'Histoire retiendra que face au laxisme de l'Etat, à la détermination du FLNKS et de l'USTKE, et à la chienlit qui s'installait peu à peu dans les Îles Loyauté, comme il y a 55 ans, des hommes et des femmes se levèrent et entreprirent de faire gagner la démocratie avec comme seule arme, leur courage.

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JC Wittmann 23/06/2014 22:41

J’étais là en 1995 mais, je ne me souvenais pas de cet épisode de l'histoire du caillou. En tout cas, BRAVO!!!

Simon LOUECKHOTE 23/06/2014 23:54

C'est vrai que les événements des Îles Loyauté ont été peu relayés. Le blocage dont je parle ici, a été très peu commenté à l'époque. L'opération que je décris encore moins. Les Nouvelles Hebdo en avait parlé. Mais c'est vrai qu'il relevait plus, aux yeux de la presse locale, de faits divers.