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Pacifique-Mélanésie-Indonésie-diplomatie-Fer-Lance : Le Groupe Mélanésien Fer de Lance accorde un statut de « membre associé » à l’Indonésie

Publié le 25 Juin 2015 par Loueckhote Simon in Géopolitique

HONIARA, jeudi 25 juin 2015 (Flash d’Océanie) – Les dirigeants du Groupe Mélanésien Fer de Lance (GMFL) ont penché jeudi en faveur de l’octroi d’un statut de membre « associé » à l’Indonésie, en tant que puissance souveraine de sa province de Papouasie occidentale (Irian Jaya), a annoncé le Premier ministre papou Peter O’Neill dans un communiqué.
M. O’Neill a aussi estimé que l’admission de Djakarta en tant que membre associé au sein du GMFL était de nature à « renforcer la paix et la sécurité » dans cette région.
Cette décision, dont l’annonce intervient avant même la publication du communiqué final des dirigeants de ce groupe subrégional qui comprend Fidji, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les îles Salomon et le mouvement indépendantiste FLNKS de Nouvelle-Calédonie, est assortie de l’octroi d’un simple statut d’observateur à un mouvement de libération papou de cette province indonésienne.
En fin de semaine dernière, la position majoritaire du GMFL est devenue sensiblement plus modérée, ne laissant que peu d’espoir à l’octroi, lors du prochain de cette organisation subrégionale, d’un statut de membre plein aux papous indonésiens.
Le gouvernement des îles Salomon, hôte de ce sommet, avait laissé entendre peu avant la tenue de ce sommet que sa position s’était sensiblement infléchie.
M. O’Neill, jeudi, a réitéré une position déjà exprimée quelques jours plus tôt, selon laquelle le « Mouvement Unifié de Libération pour la Papouasie Occidentale » (MULPO), qui s’affiche comme la voix du peuple papou d’Irian Jaya, aurait désormais le statut de simple observateur en tant que « partenaire de développement représentant le bien-être des peuples mélanésiens vivant en-dehors » (du bloc GMFL).
Mais il a aussi affirmé, dans la foulée, que de son point de vue, une représentation pleine au sein du GMFL doit être assumée par «des dirigeants « mandatés » et « élus par leur peuple ».
« Ce que nous essayons de faire, c’est d’identifier la bonne organisation à même de représenter les Papous occidentaux au sein du GMFL. Mais ils doivent être élus, mandatés, dûment nommés pour participer. On ne peut pas laisser n’importe qui, venu de la rue, venir nous dire ‘Nous représentons les Papous occidentaux’ », avait déclaré M. O’Neill avant de quitter son pays pour les îles Salomon.
Dans sa pétition de demande, le MULPO avait tenté de faire valoir que le Front de Libération Nationale Kanak Socialiste (FLNKS) de Nouvelle-Calédonie, bien que n’étant pas une entité étatique, contrairement aux quatre pays membres, jouissait du statut de membre de plein droit.
Le FLNKS achève, avec ce sommet, une Présidence tournante de deux années au cours desquelles ce mouvement politique a toujours milité en faveur du soutien aux Papous d’Indonésie.
La décision annoncée par M. O’Neill devrait être contenue dans le communiqué final des dirigeants du GMFL, qui doit être rendu public vendredi.
Après une première journée de réunion plénière, calquée sur le modus operandi du Forum des Îles du Pacifique (FIP), les chefs de gouvernements mélanésiens sont passés en mode « retraite » jeudi 25 juin 2015 et devaient rejoindre la capitale Honiara vendredi pour délivrer leur communiqué final.
Le Premier ministre fidjien, Franck Bainimarama, avait demandé à ce qu’une décision ressorte de ce sommet un jour en avance, afin qu’il puisse quitter les îles Salomon dès vendredi pour honorer un engagement.
Du point de vue de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, l’octroi d’un statut de membre « associé » est un point de départ pour des consultations renforcées avec Djakarta, notamment sur l’épineux dossier de la Papouasie occidentale.
Le nouveau Premier ministre de Vanuatu, Sato Kilman, n’assistait pas à ce sommet, retenu à Port-Vila par une situation politique toujours instable et une menace de motion de censure à son encontre, après son accession au pouvoir le 11 juin 2015 et le renversement de son prédécesseur, Joe Natuman.
Les îles Salomon, en accueillant ce sommet cette semaine, doivent aussi en prendre la Présidence tournante, succédant ainsi au FLNKS.
Au lieu de cela, la position officielle d’Honiara est désormais de soutenir un statut d’observateur pour ce groupement, à condition qu’il soit véritablement unifié et que cette demande soit faite « en consultation » avec le gouvernement de Djakarta.
Concernant un statut pour Djakarta, les îles Salomon considèrent aussi que celui de membre plein ou « associé » est plus que jamais à l’ordre du jour.
Cette position a aussi été défendue ces derniers mois par Fidji et la Papouasie-Nouvelle-Guinée.
Les deux membres les plus influents du GMFL, Fidji et la Papouasie-Nouvelle-Guinée, ont déclaré à plusieurs reprises soutenir la position de Djakarta concernant l’octroi d’un statut plein, ou a minima de « membre associé », pour le pouvoir central indonésien.
Le Premier ministre fidjien, Franck Bainimarama, a souligné à plusieurs reprises que la Papouasie occidentale, où les organisations de défense des droits humains dénoncent depuis plusieurs années de graves atteintes aux libertés fondamentales, se trouve sous la souveraineté indonésienne.
« Beaucoup s’inquiètent au sujet de ce qui se passe en Papouasie (occidentale). On a entendu parler d’agressions, de violations des droits humains. Mais au bout du compte, la Papouasie (occidentale) est sous la souveraineté de l’Indonésie et la dernière chose que nous voulons faire, ce serait de nous immiscer dans les affaires de souveraineté d’un autre pays. La meilleure chose serait d’ouvrir (le GMFL) à l’Indonésie en tant que membre associé. Accueillir juste la Papouasie (occidentale), de manière séparée, ça n’a pas de sens », a récemment déclaré Franck Bainimarama, Premier ministre fidjien, en marge d’un sommet multilatéral réunissant les pays océaniens et le Japon.
Ces derniers mois, le gouvernement indonésien a multiplié les contacts avec les États membres du GMFL, avec à la clé des accords de coopération économique.
Le nouveau Président indonésien, Joko Widodo, a effectué mi-mai 2015 une visite officielle en Papouasie occidentale, mais aussi en Papouasie-Nouvelle-Guinée voisine.
Objectif : affirmer la politique indonésienne en matière de souveraineté dans cette province.
Dans le cas de Fidji, une délégation gouvernementale se trouvait encore mi-juin 2015 à Djakarta.
Cette visite d’une semaine s’est soldée par une annonce conjointe du renforcement des liens entre Suva et l’Indonésie dans le domaine des affaires sociales.
La ministre Rosy Akbar y a rencontré son homologue indonésienne Khofifah Indar Parawansa.

Peter O’Neill, son homologue papou, est sur une ligne similaire, alors que les fréquents accrochages entre armée et polie indonésienne et militants papous provoquent depuis de nombreuses années de incidents frontaliers entre les deux pays qui se partagent l’île de Nouvelle-Guinée.
M. O’Neill a réaffirmé cette position à l’issue de ses plus récents entretiens avec M. Widodo, sur fonds d’intensification des relations commerciales et économiques entre ces deux pays voisins.
Lors de cette visite officielle du Président indonésien en Papouasie-Nouvelle-Guinée, les 12 et 13 mai 2015, plusieurs accords de coopération ont été signés entre les deux pays, concernant notamment la lutte contre la criminalité transfrontalière liée à la drogue, au terrorisme, la formation de personnel dans les secteurs du pétrole et de l'énergie, la promotion du commerce sur les marchés frontaliers, le renforcement de l'investissement dans les infrastructures (énergie, télécommunications, produits halieutiques).
En Nouvelle-Calédonie, le mouvement de soutien aux populations mélanésiennes de la Papouasie occidentale s’est encore matérialisé ce week-end avec une manifestation de quelque cinq cent personnes dans les rues de Nouméa.
Sommet du 24 au 26 juillet 2015
La question de l’octroi d’un statut d’observateur ou de membre plein au mouvement de lutte de la Papouasie occidentale, territoire indonésien occupant la partie Ouest de l’île de Nouvelle-Guinée, revient régulièrement à l’ordre du jour des réunions du GMFL ces dernières années.
Ce « Mouvement Unifié de Libération pour la Papouasie Occidentale » (MULPO) tente depuis plusieurs années de se fédérer afin d’être en mesure de demander un statut de membre plein, pour lequel la demande avait été officiellement déposée.
La Papouasie occidentale, ancienne colonie néerlandaise, a été annexée par l’Indonésie en 1963.
Le GMFL a été créé en 1986, sur l’initiative du Premier ministre de Vanuatu de l’époque, le pasteur anglican Walter Lini.
L’un des principaux objectifs de ce groupement, lors de sa création, était alors d’afficher un soutien au mouvement indépendantiste de la collectivité française de Nouvelle-Calédonie, alors en situation de quasi-guerre civile.
Depuis, au cours des années 1990 et 2000, le GMFL a élargi ses centre d’intérêts pour tenter de mettre en place, dans le domaine économique et commercial, une zone de libre-échange entre pays membres.
La Mélanésie est la sous-région la plus peuplée de l’Océanie insulaire : elle regroupe au moins quatre vingt pour cent de la population de cette vaste région.

pad

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