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RRB: Chronique d'Elizabeth NOUAR du 29 Juin 2015

Publié le 29 Juin 2015 par Loueckhote Simon in Politique

Sonia Lagarde reste députée-maire de Nouméa. 

On s’en doutait mais c’est maintenant officiel. Elle ne démissionnera pas de son mandat à l’Assemblée nationale. Elle l’a annoncé, vendredi, sur RRB, en s’excusant auprès des nouméens et en déclarant qu’elle se sentait libérée par cet aveu.
Il y a des raisons objectives à cette décision. Elle estime avoir beaucoup plus de poids comme député-maire et puis, ses amis de l’UDI, à Paris, l’encouragent depuis l’origine à conserver son mandat. Mais ce choix de garder ses deux mandats, c’est aussi, clairement, une affirmation d’indépendance de la part de Sonia Lagarde, une réponse aux pressions qu’elle subissait depuis des mois de la part de son parti, Calédonie Ensemble, pression qui s’est matérialisée, mardi, avec la création d’un groupe de frondeurs au sein de sa majorité municipale.  

Et avec le recul, on comprend aujourd'hui que, depuis l’origine, la candidate de Calédonie ensemble avait été placée sous haute surveillance. Plusieurs de ses colistiers lui avaient été imposés – ceux qui ont tombé le masque aujourd'hui – et on l’avait fortement incitée à s’engager à démissionner de son mandat de député. Ces derniers mois, d’ailleurs, on avait constaté que la pression venait de son propre camp au travers des campagnes récurrentes lancées, contre elle, par un blog dont l’orientation et les proximités sont connues. 

Mais pourquoi, Calédonie Ensemble veut-il sanctionner sa députée maire ? La réponse n’est pas évidente. 

On écarte tout de suite l’hypothèse selon laquelle Philippe Gomès prendrait ombrage de ce double mandat qu’il ne détient pas. Ce serait trop puéril ! 

On ne retiendra pas non plus le reproche qui est adressé à Sonia Lagarde selon lequel, par sa non-démission, elle porterait atteinte à l’image de Calédonie ensemble, le parti qui est censé "dire de qu’il fait et faire ce qu’il dit". Ce slogan, ressassé à outrance, a déjà été suffisamment battu en brèche – et par Philippe Gomès lui-même – pour supporter une nouvelle exception. On rappellera, simplement la parole donnée à Didier Leroux, et non tenue, pour les législatives de 2007.Ou, plus récemment, les propos du patron de Calédonie ensemble qui déclarait, en décembre, qu’il était hors de question que ce soit des voix indépendantistes qui portent son candidat à la présidence du gouvernement parce que disait-il, "il ne faut pas trahir les engagements que l’on prend à l’égard des électeurs". Non, là encore, le député de la seconde circonscription a suffisamment d’expérience et de cynisme pour comprendre que Sonia Lagarde ait pu revenir sur des propos de campagne. 

Il y a, alors, l’explication de la manœuvre électorale. La seconde circonscription étant incertaine, Calédonie ensemble voudrait s’assurer de remporter la première en positionnant déjà un candidat plus sûr, comme Philippe Dunoyer, et du même coup, essayer de s’assurer un maximum de voix de grands électeurs pour assurer, à Philippe Gomès, un point de chute au Sénat. Ça se tient mais c’est un peu aléatoire, comme tout calcul électoraliste. 

Reste alors l’hypothèse peut-être la plus simple et la plus évidente, une différence de culture, un refus, de plus en plus tangible, de Sonia Lagarde de subir les diktats de son parti et de son chef, de supporter un mode de fonctionnement à la fois trop opaque et trop directif, qui ne laisse pas la place à la discussion et à la concertation. Et d’ailleurs, le vocabulaire de Sonia Lagarde ne prête pas à confusion. Elle veut résister, elle se refuse à marcher au pas, elle ne se soumettra pas aux pressions. Elle a compris que la meilleure défense c’est l’attaque même si son parti a aussitôt publié un communiqué vengeur pour dénoncer ce qui s’apparenterait à une trahison. Il y a peut-être aussi, son refus d’une ligne politique plus à gauche, d’une coalition affichée avec les indépendantistes. Pour l’instant, la députée-maire refuse de s’engager sur ce terrain mais la scission consommée au sein de Calédonie ensemble va peut-être libérer la parole.

On regrettera, toutefois, cette nouvelle division au sein des partisans du maintien dans la France, et les tensions qu’elle ne va pas manquer de susciter alors que l’on espérait un apaisement à l’issue d’un comité des signataires exceptionnel qui avait, disait-on, ouvert un nouvel espoir.

 

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