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le blog de Simon Loueckhote

Une fenêtre sur la Nouvelle-Calédonie : politique, santé, social, éducation, francophonie, économie

COMMENT L'ISLAM RADICAL TENTE D'INFILTRER LA FRANC-MAÇONNERIE LYONNAISE

Publié le 24 Octobre 2015 par Loueckhote Simon in Société

Depuis deux ans, la franc maçonnerie lyonnaise et notamment l’obédience du Grand Orient subit des tentatives d’entrisme inquiétantes. Après l’extrême-droite, qui a toujours essayé de pénétrer les loges maçonniques, le Grand Orient assure être aujourd'hui confronté à de possibles intrusions islamistes. Réelle menace ou paranoïa ?« Nous avons décidé de communiquer, parce que quand il y aura eu un massacre à la Kalachnikov dans une loge, ce sera trop tard pour dire que nous étions au courant ». D’ordinaire très secrète, à l'image de la franc-maçonnerie dans son ensemble, l’obédience lyonnaise du Grand Orient a décidé de faire la lumière sur un phénomène inédit qui menacerait directement sa sécurité. Depuis deux ans, plusieurs tentatives d’infiltration, selon elle, « d'islamistes radicaux ou en voie de radicalisation », ont été détectées. Une menace prise très au sérieux par les hautes sphères lyonnaises et parisiennes de cette obédience – Daniel Keller, le grand maître du Grand Orient à Paris, a été mis au courant –, qui as- surent recevoir « des demandes de plus en plus inquiétantes » pour rejoindre leur obédience.

Lettres de motivations similaires. Le premier contact avec ces « individus suspects » débute pratiquement toujours de la même façon. « Étant profane et non-coopté, je me tourne vers votre obédience » : voici les premiers mots qui introduisent certaines lettres de motivation envoyées dans les boîtes mail des loges lyonnaises du Grand Orient, comme celle des Chevaliers du temple. « Nous avons reçu cinq mails étrangement similaires en 2014 et encore un il y a quelques jours. On a rapidement compris que ce n’était pas un hasard. Tout est organisé », confie un représentant de cette obédience maçonnique qui compte environ un millier de « frères et sœurs » à Lyon. « La façon d’écrire et la syntaxe sont étrangement les mêmes. Cela nous a fait tiquer », ajoute un autre membre éminent d’une loge de la rue Garibaldi. Des modèles de lettres qui se ressemblent sur la forme, mais aussi dans le fond. « Il y a toujours un refrain où ils flattent la franc-maçonnerie, les valeurs de la République et de tolérance qu’elle incarne. Il y en a un aussi pour rassurer sur leur appartenance religieuse », ajoute ce même franc- maçon lyonnais. C’est le cas par exemple de ce jeune Lyonnais de 19 ans qui a envoyé sa demande l’année dernière. Une lettre de motivation reçue par mail le 26 janvier 2014 et que nous nous sommes procurée : « Je suis musulman et donc croyant en un dieu. Mais ma religion et ma croyance n’interfèrent pas dans mes devoirs de citoyen de la République française laïque et dans ma réflexion sur notre société », précise dans sa missive ce jeune homme originaire de Vaise qui correspond au profil des individus suspectés. À savoir des hommes âgés pour la plupart de moins de 30 ans.

D'étranges coïncidences qui ont poussé les responsables du Grand Orient à prendre des mesures radicales. Désormais, en cas de réception de ce type de courrier, le Grand Orient demande des détails très précis sur l'identité et les motivations de ces postulants. « Ce sont des jeunes, donc on leur demande quelles sont les personnes qui les ont conseillé de se tourner vers la franc-maçonnerie. Bien souvent, ils nous donnent un prénom, en disant qu’il s’agit d’un enseignant qu’ils ont eu en cours. Sauf que dès qu’on en demande plus, à savoir l’identité et l’adresse précise dudit enseignant, c’est tout de suite silence radio », confie un « frère » qui a l’habitude de traiter les différentes candidatures.

Des armes sur Facebook. Ce dernier, qui a récemment été confronté au cas d’un jeune assurant « qu’il avait étudié la franc-maçonnerie pendant trois ans, alors qu’il n’est âgé que de 19 ans », a aujourd'hui décidé de mettre directement à la corbeille, sans même les lire, ces « mails inquiétants ».
Mais parfois, les interrogatoires poussés ne suffisent pas. Certains, plus habiles ou mieux préparés, parviennent en effet à passer entre les mailles du filet. Une fois l’étape de la lettre de motivation validée, le candidat doit encore passer, comme le veut la tradition maçon- nique, un premier entretien, puis répondre aux interrogations de trois « enquêteurs », avant d'être une nouvelle fois questionné. Cette fois-ci les yeux bandés. C'est justement cette fameuse Épreuve du bandeau qu'un jeune Lyonnais suspecté de radicalisation a failli réussir. « C’était moins une », précise un franc-maçon lyonnais, de plus en plus inquiet pour la sécurité de sa loge. Du coup, face à l'habileté de certains candidats, le Grand Orient s'est pratiquement transformé en commissariat de police. En plus des filtres habituels qui permettent de mettre en place une sélection à l'entrée, ces der- niers ont décidé de mener un véri- table travail d'investigation en pas- sant au peigne fin les comptes Facebook et Twitter des individus soupçonnés. « Ce qu’on trouve sur les réseaux sociaux ne fait que confirmer nos craintes. Certains postent des commentaires prêchant un islam radical, ça ne fait nul doute. D'autres sont même amis sur Facebook avec des individus s'affi- chant avec des armes. Dans ce cas, on arrête tout de suite nos re- cherches », assure un franc-maçon.

“Pas une démarche concertée” selon la police. Mais ces individus à qui on colle l'étiquette de djihadistes représentent-ils vraiment une menace ou les loges sont- elles paranos? Pour un policier lyonnais du renseignement spécialisé dans la radicalisation islamiste, il ne s'agirait pas d'une « démarche d'infiltration islamiste concertée ». En revanche, cette même source policière, qui assure que ces individus ne sont pas connus des services de police, ne veut pas minimiser les risques. « Je ne pense pas que ces individus qui postulent au Grand Orient se connaissent entre eux. Après, il est certain que les francs-maçons sont une cible directe de potentiels terroristes », explique ce policier. Plus de peur que de mal donc pour les francs-maçons lyonnais ? Pas certain. Si d'après la police ces premiers contacts ne pourraient être pour le moment que de fausses alertes, les services de renseigne- ment lyonnais, qui suivent plusieurs centaines de personnes susceptibles de commettre des attentats dans le Rhône, sont persuadés que des individus potentiellement dangereux sont déjà parvenus à rejoindre les rangs de la franc-maçonnerie, à Lyon comme dans l’ensemble du pays. À l'image de ce qui se passerait actuellement et depuis plus longtemps dans les universités, où des islamistes radicaux seraient parvenus à se fondre dans la masse étudiante des campus de la métropole lyonnaise.

“Quand on veut déstabiliser une société, on s’attaque à ses symboles”

Guy Penven, l’ancien représentant régional du conseil de l’ordre au Grand Orient de France, confirme ces étranges tentatives d’entrisme. À l’écouter, l’objectif de ces individus soupçonnés de radicalisation est de noyauter le cœur de la société française. Et cela passe par la franc-maçonnerie...

Pourquoi selon vous, de possibles islamistes radicaux tenteraient d'infiltrer la franc-maçonnerie lyonnaise ?

GUY PENVEN : Je crois que quand on veut déstabiliser une société en son cœur, on s'attaque à ses symboles. Et la franc-maçonnerie fait partie des symboles de la France. Au même titre que la liberté d'ex- pression et de la liberté de la presse qui a été directement visée lors des attentats de Charlie Hebdo en janvier. Attentats durant lequel l’économiste Bernard Maris et le journaliste Michel Renaud, qui étaient francs-maçons, ont été tués. Nous sommes donc aujourd'hui très attentifs à cet islamisme radical qui a envie de venir voir ce qui se passe à l'intérieur de nos loges. Leur but, à mon avis, est de noyauter le cœur de la société française.

Pourtant les services policiers que nous avons interrogés considèrent que si la franc-maçonnerie est une cible potentielle des terroristes, les contacts que vous avez eu avec ces individus ne résulteraient pas d'une « démarche d'infiltration islamiste concertée » pour le moment... Tant mieux, c’est une bonne nouvelle et c’est plutôt rassurant pour nous ! Mais nous avons mené aussi nos propres enquêtes depuis deux ans et c’est surtout les profils similaires des postulants et l’étrange concomitance de leurs courriers électroniques, en provenance de différents endroits de la région, qui nous ont vraiment mis sur nos gardes.

Pensez-vous que des islamistes radicaux ont déjà réussi à rejoindre véritablement les rangs de la franc-maçonnerie à Lyon ? Comme nous sommes ouverts à tous, sans distinction de sexe, de religion ou encore de couleur de peau, les risques sont forcé- ment grands. C’est ça aussi les grandes valeurs de la franc-maçonnerie : réfléchir à notre société républicaine dans sa globalité. On a toujours été confronté à des tentatives d'entrisme de la part de l'extrême- droite. En général, c'est assez simple de s'en apercevoir. Quand un « frère » a sa carte au FN, il n'y a pas de doute sur son appartenance politique. Mais la carte de l'Islam radical, quelle est-elle ? Donc, oui, il est tout à fait possible que ces gens-là aient réussi à entrer chez nous sans qu'on ne s'en soit malheureusement aperçu.

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