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SUPÉRIORITÉ TERRESTRE GLOBALE : POUR UNE SYNERGIE ARMÉES-SECTEUR PRIVÉ

Publié le 20 Juin 2016 par Loueckhote Simon in Défense

L'armée de terre est confrontée à de multiples défis : effectifs restreints, diversification des missions, à l'étranger et sur le territoire national. Elle ne pourra faire face seule dans un médiocre contexte budgétaire. Pour vaincre, la synergie armées-secteur privé industriel est impérative.

L’armée du 21e siècle doit tirer bien davantage parti des savoir-faire de l’industrie nationale. C’est certes une question de contrainte budgétaire. Alors que le budget de la défense français, hors pensions, n’atteint pas 1,6% du PIB, que les surcoûts occasionnés par les opérations extérieures et Sentinelle –sans doute, hélas, amenée à se prolonger- se cumulent, un partenariat plus étroit peut constituer une solution. Si l’objectif, incontournable, de remonter le niveau d’investissement de l’Etat à 2% du produit intérieur brut, seuil fixé par l’OTAN pour conserver une crédibilité en matière de défense, doit être poursuivi, il ne peut tout résoudre[1] alors que le coût des matériels poursuit sa hausse et que les armées doivent rester attractives pour recruter. Il s’agit donc aussi d’affranchir les forces de certaines tâches pour les recentrer sur leur cœur de métier en développant toute la gamme des services, depuis la maintenance innovante jusqu’aux partenariats public-privé. A l’arrivée : économies, meilleur rendement de l’investissement, et renforcement du lien armées-nation.

LE SECTEUR PRIVÉ PEUT PROPOSER DES SOLUTIONS AMÉLIORANT DIRECTEMENT LES PERFORMANCES OPÉRATIONNELLES

Dans bien des domaines, la BITD française a les capacités, humaines et technologiques,d’accompagner les soldats dans la préparation de leur mission. Il n’est pas question, évidemment, d’impliquer des civils, aussi qualifiés soient-ils, dans les opérations de combat. Mais, au-delà du classique soutien des matériels pour lequel se développent déjà de nouvelles formes contractuelles, on peut concevoir tout un gisement de formules de soutien innovantes dans le soutien aux opérations. On peut louer par exemple des capacités aux forces sans qu’elles possèdent les matériels (avec les coûts de possession induits), y compris dans le domaine du renseignement. L’armée britannique achète déjà de l’imagerie de renseignement recueillie par drones auprès d’une société privée tandis que l’OTAN a confié à Thales la gestion de ses télécommunications sur le théâtre afghan. Thales est par ailleurs actionnaire de l’entreprise Helisim qui fournit aux armées des simulateurs de vol pour hélicoptères. Il est possible d’aller encore plus loin en confiant à des entreprises privées certaines missions permettant notamment d’accélérer la rapidité de la boucle OODA[2], via les matériels de communication et/ou de renseignement novateurs qu’elles développent (optronique, liaisons satellitaires…) et qui permettraient, grâce à une information des décideurs en temps réel, de prendre plus rapidement les décisions qui s’imposent au combat. Leurs personnels, ingénieurs, techniciens et/ou anciens opérationnels des forces armées, peuvent mettre en œuvre de manière optimale sur le terrain des matériels dont ils ont fréquemment accompagné le développement.

COMBAT TERRESTRE : LA VICTOIRE EST AU BOUT DE L’INNOVATION

LES SOLDATS « FÉLINISÉS » DU FUTUR, OPÉRANT AU SEIN DE SCORPION, PARTAGERONT UNE VISION COMMUNE, CONNAÎTRONT LEURS POSITIONS RESPECTIVES

Au-delà de ces fonctions de service, cruciales, que peuvent apporter les entreprises privées en amont des opérations et durant celles-ci, l’armée de terre française peut considérablement gagner en efficacité à terme, malgré la limitation de ses moyens matériels et humains, en s’appropriant la transformation numérique en cours dans les entreprises de haute technologie. Des groupes tel Thales, ou d’autres sociétés de défense françaises, travaillent aujourd’hui selon des process en évolution constante, faisant de plus en plus appel au partage des données en réseau en temps réel, au big data, à la robotique, à l’impression 3D. C’est la clef pour améliorer les opérations industrielles, généraliser l’interactivité des salariés et le travail collaboratif, renouveler l’activité par de nouveaux business models, transformer de fond en comble la relation client.

Demain, avec les progrès réalisés par la connectivité (débit de l’information, sécurisation des données, interopérabilité…), il sera possible aux combattants, à leur commandant d’unité ou à leur chef de corps, de combattre en jouissant d’une vision quasi-exhaustive du champ de bataille et de l’action de chacun, via la transformation numérique. Alors que Fabrice del Dongo, ne voyait pas au-delà de quelques centaines de mètres à Waterloo, les soldats « félinisés » du futur, opérant au sein de Scorpion,partageront une vision commune, connaîtront leurs positions respectives. Via une kyrielle de senseurs, les cadres pourront diriger la manœuvre en disposant en permanence d’un tableau exact, sans cesse actualisé, du dispositif, du taux d’attrition de leurs unités, de l’état des besoins en matière de ravitaillement (munitions, essence…) et de soutien médical. Ces données, retransmises aux services dédiés, permettront à ces derniers de préparer les mesures qui s’imposent pour apporter leur soutien sur les points en ayant prioritairement besoin, sans même qu’il soit nécessaire de leur adresser un rapport de situation au préalable. N’attendant que le feu vert du chef de GTIA pour intervenir, ils seront à pied d’œuvre et efficaces bien plus rapidement qu’ils ne sont aujourd’hui en mesure de le faire. A plus long terme, des plates-formes basées sur le cloud traiteront en big data les données issues du théâtre, associées à d’autres, pour proposer aux chefs tactiques et de théâtres des aides à la décision ultra-personnalisées.

La victoire est donc, une fois encore, au bout de l’innovation. Dans ce contexte Thales, peut apporter une plus-value précieuse aux armées. Parce que le groupe évolue dans le cadre d’une constante transformation numérique, dont il maîtrise les enjeux et les outils, il peut devenir un partenaire précieux pour nos forces terrestres. Sans prétendre se substituer aux soldats, qui seuls disposent des savoir-faire et de l’expérience permettant d’élaborer les doctrines de combat futures, mais en leur offrant des solutions capacitaires suivant un mode collaboratif renforcé, en mettant en place un partenariat au service de tous, c’est-à-dire de la nation.

Philippe Migault

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