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Le « dumping social » profite aux pauvres

Publié le 30 Juin 2016 par Loueckhote Simon in Social et économie

 

Publié le  dans Économie générale

Par Vesselina Garello.

Le Brexit a été à l’origine d’une avalanche de déclarations d’intention des hommes politiques de tous bords ces derniers jours. Dans le brouhaha général on arrive à distinguer, entre autres, une phrase qui revient dans la plupart des discours : le dumping social. Combattre le dumping social devient ainsi le mot d’ordre des europhiles (après avoir été le mot d’ordre des eurosceptiques !).

C’est le combat contre le dumping social qui serait le remède de cheval dont aurait besoin l’Union européenne pour survivre.

Mais qu’est-ce que le dumping social ?

Définition de dumping : du mot anglais to dump qui signifie décharger, déposer, déverser, se débarrasser. En commerce international, le dumping est la vente dans un autre pays à un prix inférieur à celui pratiqué dans le pays d’origine de l’entreprise. L’objectif est de conquérir des parts de marché. Par extension, en économie, le dumping désigne une pratique qui consiste à vendre un produit à un prix inférieur à son prix de revient (vente à perte) pour éliminer la concurrence ou l’empêcher de s’installer. L’entreprise espère gagner des parts de marché ou pouvoir augmenter ses prix après la disparition de ses rivaux.

Maintenant, essayons de comprendre ce que signifie le dumping social. Selon les définitions du dumping citées plus haut, le dumping social devrait désigner une situation dans laquelle une personne se fait embaucher dans un pays étranger et demande un prix, notamment en termes de cotisations sociales, inférieur à ce qu’elle se ferait payer dans son pays d’origine.

Or, ce que les hommes politiques décrient d’une seule voix ne correspond pas du tout à une telle situation : en venant en France, en Allemagne ou en Angleterre, les plombiers polonais ou les maçons roumains ne bradent pas leurs services à un prix inférieur à ce qu’ils se feraient payer dans leur pays d’origine, bien au contraire, et ne réclament pas des cotisations moins élevées que celles qui auraient été dues dans leur propre pays. Il s’agit donc ni de dumping, ni de social, mais de tout à fait autre chose.

De quoi s’agit-il ?

Ni plus, ni moins d’un échange économique insufflé par les avantages comparatifs dont chaque pays dispose. Le plombier polonais qui vient travailler en France représente dans le secteur des services la même chose que le produit bon marché fabriqué en Pologne et exporté en France. Comment pouvons-nous, dans ce cas, appliquer un raisonnement différent aux deux, alors qu’il s’agit d’un seul et même phénomène – l’échange économique entre des personnes libres, résidant dans l’Union Européenne, qui est censée être, avant toute autre chose, une zone d’échange économique libre ?

Face au dumping social, harmonisons, vite !

Essayons alors de pousser à bout l’argument en faveur d’une harmonisation du coût du travail, de la fiscalité et des cotisations sociales, afin de venir à bout de cet horrible dumping social. Quelle est la raison première de l’existence du commerce international ? Ce sont les avantages en termes de coûts de production, dus à une dotation particulière en ressources naturelles ou à une configuration de prix de marché différente que celle de notre propre pays. La théorie économique explique très bien d’ailleurs comment, grâce au commerce et la libre circulation des moyens de production, ces différences de prix tendent à s’effacer.

Grace au développement économique induit par le commerce et l’échange, les prix dans les pays moins développés tendent à augmenter, alors que, sous la pression de la concurrence, ceux dans les pays les plus développés tendent à baisser, jusqu’à ce qu’un certain niveau d’harmonisation naturelle s’établisse spontanément. C’est la loi de l’offre et de la demande – plus il y aura des échanges, plus la concurrence par les prix diminue la marge de profit jusqu’à ce qu’elle disparaisse et les deux pays arrivent à un niveau de prix similaire.

Bien sûr, ce processus d’harmonisation ne peut se mettre en place que sur des prix non réglementés. Autrement dit, les impôts et les règles de protection sociale peuvent faire en sorte qu’une divergence de prix, et donc de compétitivité, demeure durablement. C’est à ce moment-là que les spécialistes de la question  du dumping social commencent à parler de « la course vers le fond ».

La course vers le fond – une histoire cousue de fil blanc

La course vers le fond en matière de fiscalité ou de protection sociale est un épouvantail très commode utilisé par les étatistes de tout bord quand ils arrivent à court d’arguments. Elle consiste à dire que si on laissait la liberté aux différents États ou entités administratives pour fixer librement le niveau de taxes et de protection sociale, ces derniers tendraient vers zéro, sous la pression de la concurrence. Or, si l’on observe les faits, même au sein de l’Union européenne, on constate que rien de tel ne se produit.

Pour la simple raison qu’à l’instar de ce qui se passe en matière d’harmonisation des prix des biens et des services, la consommation de biens publics et de protection sociale s’établit à des niveaux déterminés par l’offre et la demande de services publics et d’assurance sociale. Personne ne souhaite vivre dans un État où il n’y a pas de routes, de police ou de justice.

Personne ne souhaite vivre dans un système complètement dépourvu de filet de Sécurité sociale. Ainsi, même dans les pays de l’Est où les impôts sont bien plus bas qu’en France, ils sont néanmoins suffisants pour que l’État exerce ses fonctions régaliennes (allez-y pour vous en convaincre, je vous y encourage vivement). De quel droit pouvons-nous vouloir leur infliger notre système qui est peut-être plus sophistiqué en termes « d’acquis sociaux » mais qui a le terrible désavantage de fonctionner à déficit et d’engloutir une partie énorme de la richesse produite dans le pays, tout en laissant aux générations futures une dette insoutenable ?

La politique de l’harmonisation est une politique contre les pauvres

En réalité, la meilleure façon d’aider les pays dans lesquels le prix du travail et la protection sociale sont bas est d’ouvrir les échanges avec eux. Laisser les personnes qui sont suffisamment qualifiées venir travailler dans nos pays développés.

Accepter le commerce avec eux sans tricher, c’est-à-dire sans leur imposer notre fiscalité. Au lieu de cela, nous leur donnons de la charité, sous forme de fonds européens, mais nous ne voulons surtout pas de leur concurrence déloyale de produits à bas prix ou de leur main d’œuvre bon marché, en leur refusant la seule chose qui leur permet de se développer –  leur propre travail.

C’est l’histoire de Mao et du poisson – l’Europe est ce bureaucrate qui donne un poisson par jour aux pauvres en refusant obstinément de leur apprendre à pêcher. Pire encore, pour ceux qui auraient appris à pêcher par leurs propres moyens, l’Europe est là pour réglementer les permis de pêche, le calibre des poissons qu’on est autorisé à pêcher, les heures pendant lesquelles il est permis de sortir en mer et la façon dont on peut vendre son poisson…

Il ne faut alors pas s’étonner si certains pays prennent le large.

 

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