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Nice : on peut contrer la menace terroriste, voici comment

Publié le 19 Juillet 2016 par Loueckhote Simon in Terrorisme

Publié le  dans Édito

Malgré ce que certains de ses plus farouches opposants pourront affirmer, on peut difficilement reprocher à François Hollande de ne pas avoir su empêcher l’attentat de Nice. L’attaque au camion frigorifique est une première en France, et on voit mal comment elle aurait pu être évitée. Le terrorisme frappe n’importe qui, n’importe où, et désormais n’importe comment : des opérations simples et peu coûteuses qui n’en font pas moins des dizaines de victimes.

Puisque telle attaque ne peut être évitée, prolonger l’état d’urgence à la suite de cet attentat n’a aucun sens. L’état d’urgence n’arrête pas plus les terroristes que les frontières n’arrêtent les nuages radioactifs. Pourtant, certains voudraient pousser plus loin l’escalade sécuritaire.

Attentat à Nice

La veille de l’attaque, Christian Estrosi avait déjà pris la plume pour proposer au Président de la République d’introduire la reconnaissance faciale dans les rues de Nice ; il n’est pas le seul à demander le renforcement des mesures sécuritaires déjà déployées.

Connaître immédiatement l’identité du conducteur n’aurait rien changé, pas plus que les quantités astronomiques d’informations que les services de renseignement du monde entier récoltent depuis des années ne permettent de déjouer les attentats. De leur propre aveu, ils collectent trop d’informations sur tout le monde pour savoir quoi en faire : après chaque attentat, ils constatent qu’ils connaissaient les terroristes mais n’ont rien vu venir.

François Hollande, outre la prolongation de l’état d’urgence, veut intensifier la guerre contre le terrorisme en Syrie et en Libye. On pourra peut-être éradiquer Daech, Al Qaida et consorts, mais qui leur succédera ? D’autres groupes qui sauront à leur tour capitaliser sur les conséquences de nos interventions :

  • Le déséquilibre des rapports de force locaux que nos interventions provoquent ;
  • Les armes et autres moyens que nous avons gentiment envoyés sur place ;
  • La haine des populations locales, comme nous victimes aveugles et innocentes de ces guerres.

Car nos efforts contre l’EI ont à peu de choses près le même impact sur les populations locales que les attaques de Daech sur nous. Là-bas, on craint autant les véhicules piégés que nos bombes, qui détruisent tantôt une cache d’armes ou le QG d’une faction quelconque, tantôt une maison, une école ou un hôpital.

Nous renforçons nos efforts après chaque attaque, jusqu’où ? L’occupation de ces pays, une intervention au sol sans perspective de victoire autre que l’illusion d’affaiblir un temps nos ennemis d’aujourd’hui ?

De la même façon, nous renforçons nos efforts sécuritaires, sans garantie que nos existences orwelliennes seraient plus sûres.

À l’évidence, la guerre contre le terrorisme et la surveillance généralisée ne marchent pas ; nous devons changer de paradigme et de méthode.

D’abord, en admettant que nous sommes vulnérables et que nous le resterons durablement. Nous ne pouvons pas revenir en arrière, mais nous devons cesser d’aller plus loin dans l’erreur.

Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes – Bossuet

Interdiction de port d'armes (Creative Commons, afagen)

 

Nous n’éradiquerons pas le terrorisme en quelques jours, même en poursuivant les terroristes « jusque dans les chiottes », même en utilisant 1984 comme un guide. Être plus en sécurité dans un tel contexte requiert des sacrifices, mais ceux qu’on nous impose aujourd’hui ne sont pas les bons.

Les forces de l’ordre interviennent et parviennent à mettre les assaillants hors d’état de nuire ; ils peuvent empêcher qu’un terroriste fasse plus de victimes, mais ne pourront jamais intervenir assez tôt pour l’empêcher d’en faire. Les seuls à pouvoir réagir instantanément, ce sont les citoyens eux-mêmes.

Le sacrifice que nous pourrions faire, c’est renoncer à l’illusion de sécurité que l’interdiction des armes nous procure. Ce n’est pas sans risques. Les armes pourraient tomber entre de mauvaises mains ; jusqu’à preuve du contraire, c’est déjà le cas. Elles pourraient rendre notre société plus violente, si les armes avaient cet effet ; statistiquement, les armes ne rendent pas les sociétés plus violentes. Les sociétés sont plus ou moins violentes et cette violence s’exprime avec les armes qu’on peut se procurer.

Demeure le risque que des citoyens armés mais peu aguerris tentent d’être les héros du jour et n’y parviennent pas ou, pire, fassent des victimes collatérales. Mais assouplir la législation sur les armes ne passe pas nécessairement par une distribution généralisée de fusils d’assaut. Des programmes de formation et de contrôle pourraient être mis en œuvre, pour s’assurer que les détenteurs autorisés d’armes à feu sont aptes à s’en servir, conscients des risques, responsables et font preuve de sang-froid.

Les armes ne sont pas la panacée. Idéalement, nous n’en aurions pas besoin. Mais c’est un débat que nous ne pouvons pas écarter d’une réaction épidermique à leur encontre, surtout si l’alternative est la société de surveillance et les bombes larguées un peu au hasard loin de chez nous qui ne nous protègent de rien. Nous pouvons accepter ou refuser le droit au port d’armes, y poser des conditions ; mais prenons au moins la peine d’y réfléchir, et cherchons d’autres alternatives aux choix actuels condamnés à l’échec.

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