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L’entrepreneur, ce héros moral

Publié le 18 Août 2016 par Loueckhote Simon in Philosophie

Alors qu'ici, l'entrepreneur est jeté en pâture comme un profiteur qui se goinfre sur le dos des plus démunis, on apprend qu'il est au sens de la morale et de l’éthique, un exemple

Publié Par Auteur invité, le dans Philosophie

Par Guillaume Thomas et Danell Benguigui.

L’un des arguments les plus récurrents des anti-libéraux est de désigner l’entrepreneur comme ennemi des valeurs morales. La poursuite des intérêts individuels et l’intérêt de la société seraient antinomiques et nécessiteraient l’intervention de l’État pour concilier les deux et définir des fins collectives. Une autre tendance des adversaires du marché est de conférer à l’État le soin de définir le bien et le mal, et les fins légitimes que chacun devrait poursuivre.

Des individus entrepreneurs d’éthique

Alors que Mario Rizzio a démontré au cours de l’Université d’été de l’Institute for Economic Studies les effets pervers du néo-paternalisme, le philosophe Douglas B. Rasmussen, professeur à l’Université St. John’s de New York, a proposé d’inverser le raisonnement en suggérant de faire des individus des entrepreneurs de leurs normes éthiques.

Il a défini dans son ouvrage Norms of liberty : perfectionnist basis for non-perfectionnist policies les  normes de la liberté, de manière assez classique, comme des “méta-normes” non liées à la culture mais basées sur des droits négatifs : droit à la vie, propriété privée, absence d’un monopole de la violence. Sa présentation intitulée L’entrepreneur comme héros moral proposait d’explorer le champ de la philosophie éthique en se basant sur les acquis de la science économique mettant le comportement de l’entrepreneur au cœur de l’analyse.

À rebours des conceptions socialistes pour qui « tout est politique » ou juridique, l’éthique normative a pour but d’évaluer moralement les individus et leurs choix de vie indépendamment de la définition de normes juridiques. En effet, les règles législatives universelles doivent être indépendantes des valeurs du bien et du mal qui sont proprement subjectives. En empruntant le modèle téléologique néo-aristotélicien, on étudie l’épanouissement humain comme le résultat des différentes interactions entre l’individu et le monde et comme processus de découverte des plaisirs de la vie.

La vertu chez Aristote correspond à un état de caractère dépendant de la capacité à se donner un moyen relatif à une fin, à partir d’une sagesse pratique (ce qui diverge entièrement du respect des normes législatives). Pour Douglas Rasmussen, l’individu doit se comporter de la même manière en matière éthique qu’un entrepreneur sur un marché. Selon Israël Kirzner, l’entrepreneur doit pouvoir s’adapter aux circonstances changeantes et trouver des opportunités dans toutes les situations.

En entrepreneuriat éthique, le but est multidimensionnel ; il faut trouver la perfection dans différentes activités et adopter un comportement d’ouverture à toutes les opportunités définissant la manière dont la vie fonctionne. Le temps, les circonstances et les situations influent sur le rapport à la vie d’un entrepreneur et son ouverture sur le monde.

L’opportunité éthique de l’entrepreneuriat

Le but d’une vie est l’opportunité éthique, ce qui revient à la même chose que la recherche de profit dans le monde des affaires : devoir s’adapter et changer ses préférences pour faire face à tout type de situation. Dans un tel paradigme, c’est la connaissance pratique qui prime, et non la connaissance théorique : on doit pouvoir adapter notre savoir à nous-mêmes et aux circonstances.

L’économiste autrichien Joseph Schumpeter abonde en ce sens avec sa théorie de la destruction créatrice : les échecs créent de nouvelles opportunités dans le futur, ce qui dépend donc de chaque individu et est indépendant de toute éthique universelle. Bien que nous devions pouvoir nous adapter à toutes les circonstances, nous devons en même temps garder certains principes qui nous sont propres.

Les détails des situations ont donc une place très importante pour orienter notre comportement, ainsi que la confrontation de ces détails à nos principes. Comme il est impossible de détenir une information parfaite des circonstances pour chaque situation, il est indispensable de refuser les solutions a priori car nous ne pouvons pas prévoir nos comportements sans les détails des situations. Rasmussen a brillamment fini cette présentation en la synthétisant en une phrase ethics is an entrepreneurial enterprise.

Les avatars de l’anti-libéralisme contemporain présentent très souvent le libéralisme comme manque de responsabilité et absence de régulation. Cette rhétorique puise ses arguments d’une suite de présupposés fallacieux concernant la liberté. En général, lorsque l’on évoque l’idée de liberté, beaucoup de personnes imaginent le fait de n’avoir aucune obligation, aucun engagement, aucune responsabilité, et n’avoir à respecter aucune loi.

Dans ce système, les individus seraient hors de contrôle et égoïstes. Par contre, lorsqu’on évoque le terme de responsabilité, on y associe le plus souvent le paternalisme des plus âgés et un mode de vie ennuyeux en général. C’est ainsi que Tom G. Palmer a commencé sa présentation basée sur son livre à paraître “Self-control or State control? You decide”.

Loin d’opposer les deux termes, il a essayé de montrer que responsabilité et liberté étaient intimement liées, car nous ne pouvons profiter de l’une longtemps sans subir l’autre. Comme l’écrivait Friedrich Hayek, « liberté et responsabilité sont inséparables ».

Cependant, la responsabilité n’est pas le prix de la liberté, c’est sa récompense. En effet, pouvoir dire “j’ai fait cela” est une des plus grandes satisfactions possibles. Une vie morale n’est possible qu’avec des individus libres et responsables.

Identité individuelle et responsabilité morale

Les niveleurs (XVIIe siècle), premier groupe libéral conscient de son statut, considéraient l’identité individuelle et la responsabilité morale comme des piliers de leur combat. Cependant l’attribution des responsabilités ne présuppose pas que nous soyons tous rationnels.

Friedrich Hayek expliquait que l’individualisme n’était pas lié à l’idée que tous les individus étaient rationnels et intelligents mais plutôt capables de faire des erreurs : « les hommes sont parfois bons, parfois mauvais, parfois intelligents et très souvent stupides ». Néanmoins, il est possible d‘améliorer notre rationalité et d’agrandir notre fibre morale en exerçant notre liberté.

John Tierney, scientifique américain, dans un article dans le New York Times, a expliqué comment augmenter notre willpower (pouvoir de volonté) en adaptant nos habitudes et en appréhendant les situations qui bercent notre vie pour acquérir une meilleure compréhension de ceux qui nous entourent, de leurs intérêts et de leurs droits.

Un haut degré de self-control permettrait de parvenir à la création d’une société d’individus égaux en droits vivant librement ensemble dans un ordre étendu. Le gouvernement nous bride en ne nous laissant ni la liberté ni la responsabilité de choisir nous-mêmes.

L’État-Providence détruit nos normes et notre confiance sociale. Si l’on prend par exemple la prohibition des drogues aux États-Unis, 43.982 personnes sont mortes d’overdose en 2013 et tous les médecins s’accordent pour dire que ces décès proviennent de l’illégalité des drogues et du type de pratiques qui en résulte : des aiguilles mal nettoyées, des doses trop fortes, des drogues de mauvaise qualité etc…

Palmer a conclu sa présentation sur les différentes manières d’améliorer notre rationalité et notre self-control qui sont de nature à amoindrir la demande d’une régulation de l’État. En effet, le self control permet d’aider les individus à prendre de bonnes décisions pour eux-mêmes, créant des effets bénéfiques qui se retransmettront à tout le monde. Ainsi, éduquer davantage de personnes sur le self-control permet de réduire la demande d’État et bénéficie ainsi à la promotion des idées libérales tout en augmentant le bien-être social.

  • Guillaume Thomas est Doctorant en sciences sociales, délégué général de l’École de la Liberté et Danell Benguigui est étudiant à Sciences Po, membre de Think Libéral.

 
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