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le blog de Simon Loueckhote

Une fenêtre sur la Nouvelle-Calédonie : politique, santé, social, éducation, francophonie, économie

Nicolas Sarkozy climatosceptique ?

Publié le 17 Septembre 2016 par Loueckhote Simon in Environnement

Publié Par Benoit Rittaud, le dans Environnement

Par Benoît Rittaud.

Nicolas Sarkozy climatosceptique ?

Nicolas Sarkozy (Crédits : UMP Photos, licence CC-BY-NC-ND 2.0)

Il faut se pincer pour y croire, mais c’est fait : pour la première fois depuis que le monde est monde, et surtout depuis que le GIEC est GIEC, l’un des plus sérieux candidats à l’élection présidentielle française de l’an prochain affiche ses doutes sur le rôle de l’homme dans l’évolution du climat, comme le rapportent Marianne ainsi que Le Figaro.

Selon Le Figaro :

« On a fait une conférence sur le climat. On parle beaucoup de dérèglement climatique, c’est très intéressant mais ça fait 4,5 milliards d’années que le climat change. L’homme n’est pas le seul responsable de ce changement« , a affirmé l’ex-chef de l’État, selon des propos rapportés à l’AFP par son directeur de campagne, Gérald Darmanin.

Qu’on aime ou pas Nicolas Sarkozy, l’événement est de taille. Désormais, la muraille du conformisme climatique n’est plus inexpugnable.

Pour ma part, j’ai toujours espéré réussir un jour à convaincre à haut niveau, sans jamais toutefois imaginer obtenir davantage qu’une adhésion tacite. Certes, il ne faisait aucun doute qu’un responsable de premier plan finirait bien un jour par accepter les arguments climato-réalistes. Mais quant à le dire publiquement… cela semblait si risqué, pour un gain politique si faible, que les chances d’un solide coming out climato-réaliste avant plusieurs années apparaissaient très minces — au mieux pouvait-on tenter de limiter les décisions les plus délirantes prises au nom de l’alarmisme climatique.

On paierait cher pour savoir ce qui a conduit à une telle prise de position de la part de Nicolas Sarkozy. Ceux qui veulent avoir une idée de ce qu’était jusque là mon rêve le plus fou concernant la position de l’ancien président de la République peuvent lire ici l’épisode 5 du feuilleton Le Référendum maudit, publié il y a un an dans les colonnes de L’Opinion. Tout est dit dans ce passage :

Pourtant, alors qu’il recevait naïvement les chaleureuses accolades de l’ancien président, [Nicolas Hulot] ignorait deux choses essentielles. La première, c’est que Nicolas Sarkozy n’était plus aussi convaincu qu’en 2009 de l’urgence climatique. Il se gardait certes soigneusement de l’afficher, ayant compris qu’il n’y aurait eu aucun bénéfice à le faire. Il était toutefois devenu circonspect sur la question, qu’il avait purement et simplement supprimée de son agenda politique. La seconde, c’est qu’il avait été fortement conforté par la lecture des rapports qu’il s’était fait remettre ; ils montraient que, depuis quelque temps, un nombre conséquent de parlementaires de tous bords, aussi bien à l’Assemblée nationale qu’au Sénat, commençaient à avoir des positions équivoques sur la question. Aussi l’ancien chef de l’État s’était-il rapidement fait sa religion sur le référendum : cette consultation n’intéresserait pas les Français, le meilleur moyen d’être en phase avec l’opinion publique consistait donc à afficher une ostensible indifférence.

La réalité a donc dépassé la fiction. On ne va pas s’en plaindre, d’autant qu’une chose dont j’avais peur jusque là est que le climato-réalisme ne soit d’abord endossé par le Front National. À présent, un tel risque s’éloigne, ou du moins ses conséquences potentielles (à savoir : un ostracisme renouvelé de la part de tous les grands médias et partis de gouvernement).

Le choc démographique antiscientifique

Entendons-nous bien : il ne s’agit pas ici d’un appel à voter pour Nicolas Sarkozy aux prochaines échéances électorales. C’est d’autant moins le cas que ses déclarations faites simultanément sur le prétendu « choc démographique » sont aussi antiscientifiques et rétrogrades que l’est l’alarmisme climatique le plus outrancier. Lorsque Nicolas Sarkozy, à peine déclaré climato-réaliste, affirme qu’il « préfèrerai[t] qu’on parle d’un sujet plus important : le choc démographique » , il me semble clair qu’il tombe à pieds joints dans le piège dont j’ai parlé dans mon dernier bouquin :

Il est souvent demandé aux climatosceptiques de dire quels sont alors pour eux les « vrais problèmes », comme s’il était acquis que la fin du monde est proche et que la seule question en suspens est la manière dont elle surviendra. Laissez-nous avoir peur, semblent clamer ceux qui reprochent aux climatosceptiques de refuser l’idée d’un désastre climatique prochain.

Face à une telle question, la pente la plus naturelle, suivie par beaucoup, consiste à faire montre de bonne volonté en proposant telle ou telle apocalypse alternative. L’un expliquera à quel point est crucial le problème de l’accès à l’eau potable, l’autre s’alarmera de la pollution, notamment dans les grands ensembles urbains, un troisième évoquera les problèmes d’approvisionnement énergétique, un quatrième la question des inégalités, et ainsi de suite. Indépendamment de ce qu’il faut penser de ces autres questions, leur mise en exergue permet d’être réintégré d’une certaine manière au discours dominant qui s’appuie avant tout sur la peur et la repentance.

En me relisant, j’ai commencé par m’en vouloir de ne pas avoir mentionné dans ce passage la surpopulation parmi les « apocalypses alternatives ». Avais-je raté l’occasion d’une prophétie ? Je me suis rassuré quelques paragraphes plus loin :

Dans une telle perspective, la question « de quoi faut-il avoir peur ? » adressée à un climatosceptique est l’expression d’une tolérance religieuse. La question sous-jacente n’est pas exactement « quel est votre dieu ? » mais plutôt « en quel instrument punisseur croyez-vous ? » Or il est sans doute peu de climatosceptiques vraiment satisfaits de leur position de seul contre tous. Beaucoup d’entre eux (moi compris) voudraient sincèrement que leur opinion ne soit pas considérée comme hérétique. Beaucoup détestent qu’on les regarde comme des brebis égarées, voire des démons. Beaucoup, donc, sont tentés de saisir cette perche qui leur est tendue pour se racheter en affichant leur foi. Celle-ci ne pouvant être tout à fait quelconque – l’ombre de Zeus plane tout de même sur son foudre –, il est de bon aloi de ne pas trop s’éloigner des peurs environnementales. On aurait d’autant moins de raison de le faire que l’étal est fort bien achalandé : surpopulation, épuisement des ressources, chute de la biodiversité, chute des rendements agricoles… faites votre choix, messieurs-dames les climatosceptiques.

Il est possible que les inquiétudes affichées de Nicolas Sarkozy sur le soi-disant « choc démographique » relèvent d’une simple tactique ponctuelle destinée à « rassurer » en affichant une peur exponentielle quelconque pour faire passer la pilule du climato-réalisme. Mais le doute est permis, et que le lecteur me pardonne de me citer encore une fois, cette fois-ci en anglais puisqu’il s’agit de mon exposé à Londres de vendredi dernier :

So, in a sense, the climate fear is the newest avatar of the irrational exponential fear. It is not the first one. And it is probably not the last. Hence, we should be concerned by the fact that, sooner or later, it will be replaced by another one. (…)

May we be able to prevent its emergence.

Chaque chose en son temps. Pour ce qui est du climat, vu le poids de l’ancien président, le fait qu’il lance le débat sur la question constitue un game changer qui devrait permettre au climato-réalisme d’exister pour de bon dans notre pays. À présent, le débat existe enfin en France ! La boîte de Pandore a été ouverte, notre rôle immédiat est désormais de faire en sorte qu’elle ne se referme plus.

Hier j’évoquais le Brexit et la fin des plafonds de verre… les temps ne sont décidément plus aux consensus conformistes et confortables. Aujourd’hui c’est le climato-réalisme qui en profite, et c’est là une bonne nouvelle ; gardons-nous toutefois de perdre la mesure et de laisser sans prudence le torrent emporter dans son élan les digues qui nous sont nécessaires

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