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le blog de Simon Loueckhote

Une fenêtre sur la Nouvelle-Calédonie : politique, santé, social, éducation, francophonie, économie

Identité nationale : nous sommes tous des Romains

Publié le 9 Octobre 2016 par Loueckhote Simon in Nation et immigration

 

Publié Par Guy Sorman, le dans Nation et immigration

Par Guy Sorman.

image: http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2016/10/Septime-Severe-et-Caracalla-de-Jean-Baptiste-Greuze-by-gregory-lejeune.jpg

septime-severe-et-caracalla-de-jean-baptiste-greuze-by-gregory-lejeune-Domaine public

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Les campagnes électorales en France, aux États-Unis, en Hongrie, en Grande-Bretagne… gravitent étrangement autour de l’identité nationale comme si rien n’était plus important. Parmi tous les candidats français, le plus véhément à vouloir exclure de la communauté nationale les citoyens qui ne seraient pas de pure souche est Nicolas Sarkozy, bien que lui-même d’origine hongroise, grecque et juive. Mais pour rivaliser avec le Front national dont c’est la chanson depuis cinquante ans, Sarkozy désormais discrimine entre les Français dont les ancêtres seraient les Gaulois et les autres.

L’identité américaine selon Trump

Outre-Atlantique, c’est Donald Trump qui s’inscrit dans une tradition « nativiste » comparable : après avoir expliqué qu’Obama n’était pas Américain, laissé entendre qu’il était musulman né en Indonésie, il propose de bannir pour l’avenir toute immigration musulmane et probablement latino-américaine ; il est clair, pour Trump et ses disciples, que l’Amérique authentique est blanche et chrétienne. On comprend, sans l’accepter, que ces discours identitaires, comme ceux des Anglais anti-européens, des Écossais, des Hongrois, des Basques, des Corses, des Catalans indépendantistes, mobilisent les instincts tribaux, des pulsions élémentaires à caractère racial, la fierté de ses prétendues racines, la pureté présumée du sang et l’exclusion de l’Autre, perçu et rejeté comme Barbare. Ces pulsions sont évidemment sans relation avec la réalité, ethnique, culturelle, historique.

L’identité française : les Gaulois ?

Ainsi Sarkozy a-t-il provoqué une tempête de controverses autour de l’origine prétendument gauloise des Français. Cette hypothèse est particulièrement folle, puisque de tous les pays d’Europe, la France est celui qui a été le plus souvent envahi depuis la conquête de Jules César, il y a quelque deux mille ans. Le Gaulois n’apparaît d’ailleurs, en France, comme emblème identitaire qu’à la fin du XIXe siècle, qui est l’ère du folklore sur l’ensemble de notre continent. Imagine-t-on Louis XIV se réclamant des Gaulois ? Il se percevait, tout comme Napoléon, tel le continuateur de la tradition gréco-romaine. Pareillement, les Américains ne sont que blancs si l’on fait abstraction des Indiens qui les ont précédés, des Noirs et des Mexicains arrivés aux États-Unis bien avant les ancêtres de Trump.

En vérité, les nations occidentales modernes n’ont pas de lignage ethnique mais seulement institutionnel. Et si nous descendons de quelque chose ou de quelqu’un, c’est avant tout de l’Empire romain. Lisant en ce moment le magnifique SPQR de l’historienne Mary Beard et L’Empire qui ne voulait pas mourir de l’historien américain John Haldon, consacré à Byzance, on est frappé par ce que nous devons à ces Romains : l’état de droit, nos lois, nos mœurs. Au lieu d’exhumer des identités factices – gauloises, celtes, magyares, etc. – on envisagera que nous sommes toujours des Romains, parce que l’Empire romain n’a jamais disparu.

Nous sommes tous des Romains

Je sais qu’il est d’usage de dater la chute de l’Empire romain de l’an 476, prise de Rome par les Wisigoths ou – comme l’avait imaginé Edward Gibbon au XVIIIe siècle (Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain, 1776) – de 1453, prise de Constantinople par les Turcs. Mais les Wisigoths et les Turcs, me semble-t-il, sont bien vite devenus romains. Le Sultan se considérait comme l’héritier de Rome, le Czar de Russie aussi et Charlemagne, qui était un Barbare Franc, fut empereur romain. Rome a conquis ses conquérants. L’Église catholique est romaine dans son appellation comme dans ses rites, le Pape reprenant les pouvoirs et les attributs du Pontifex Maximus de l’Antiquité.

Si Rome ne meurt jamais mais se métamorphose, c’est parce qu’elle est la négation même du culte des racines et de l’identité. Bien des empereurs romains ne sont pas de Rome : Trajan et Hadrien naquirent en Espagne, Constantin en Serbie, Septime Sévère en Libye. Les Romains étaient des cosmopolites, Occidentaux, ou au moins européens bien avant que ces termes n’apparaissent dans le vocabulaire moderne. Ils avaient compris que l’on ne peut pas définir un Empire ni un État par l’ethnicité, parce qu’un citoyen est avant tout celui ou celle qui respecte les lois, quels que soient la couleur de sa peau, sa langue, ses mœurs ou son lieu de naissance.

En 212, l’édit de Caracalla accorde la citoyenneté romaine à tout homme libre de l’Empire, cette citoyenneté étant héréditaire. Les esclaves devront attendre quelques siècles… Eh bien, plutôt que d’exalter le barbare gaulois, catalan, helvète ou écossais en nous, il me paraît que réveiller le Romain renouerait avec qui nous sommes réellement et permettrait peut-être de restaurer ce qui fut un temps la Paix romaine, c’est-à-dire la capacité de vivre ensemble, différents sans aucun doute, mais tous respectueux des mêmes lois.


 
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