L’arrestation d'Alexeï Oulioukaïev a eu lieu en plein nuit. Il a été inculpé dans le cadre de la récente vente de Bachneft au géant public de l’or noir Rosneft.

En pleine nuit, le ministre russe de l'économie Alexeï Oulioukaïev a été arrêté, lundi soir, soupçonné d'avoir reçu 2 millions de dollars en échange de son approbation dans la vente du groupe pétrolier Bachneft. La justice l'a inculpé pour « extorsions de pots-de-vin ».

L'aval de Poutine

Créé par Vladimir Poutine et placé directement sous son autorité, le comité d'enquête n'a pas pu arrêter le ministre de l'Economie sans l'aval du chef du Kremlin. Cette interpellation surprend d'autant plus qu'Alexeï Oulioukaïev, 60 ans, au gouvernement depuis 2013 après avoir été gouverneur adjoint de la Banque centrale, est considéré comme un économiste rigoureux, avec une personnalité plutôt terne et une réputation d'intégrité. « C'était la dernière personne qu'on pourrait soupçonner de quelque chose comme cela », a confié ce matin Sergueï Chvetsov, premier directeur adjoint de la Banque centrale. « Ce qui est écrit dans les médias semble absurde. Rien n'est clair pour le moment. »

L'arrestation du ministre a eu lieu au terme d'une opération menée par le service fédéral de sécurité, le FSB, dans le cadre de la récente vente de Bachneft au géant public de l'or noir Rosneft . Elle ajoute un peu plus de soupçons sur les conditions de cette transaction sur laquelle, dès le début, ont pesé de nombreux nuages politiques et financiers. Initialement, cela devait être une privatisation.

Le groupe dirigé par un ex du KGB emporte la mise en un temps record

Deux ans après une nationalisation controversée, l'Etat espérait tirer quelque 4 milliards d'euros de la cession de sa participation dans le sixième producteur d'hydrocarbures du pays qui, basé à Oufa (sud de la Russie), a produit en 2015 près de 20 millions de tonnes. Une privatisation salvatrice pour aider le gouvernement, en pleine crise économique, à réduire son déficit budgétaire provoqué par la chute des prix du pétrole.

C'est le ministère de l'Economie qui a recueilli les candidatures des entreprises intéressées. C'est lui qui a ensuite annoncé le report sine die de la procédure. Car finalement, le mois dernier après des semaines d'hésitation, il a décidé de vendre Bachneft à Rosneft. Le géant pétrolier public Rosneft , dirigé par Igor Setchine, réputé proche de Vladimir Poutine, ex-agent du KGB comme le président, a remporté la mise en payant 4,7 milliards d'euros. La privatisation suspendue, transformée en simple vente, ce rachat a été conclu en un temps record. « Rosneft a simplement proposé le prix le plus élevé », a alors expliqué Vladimir Poutine. Très discret, comme à son habitude, Alexeï Oulioukaïev a semblé n'être qu'un exécutant pendant toute cette saga. Après l'accord final, il a annoncé par un communiqué que la totalité du produit de la vente serait versée au budget de la Russie. Il s'agissait de la plus grosse cession d'actifs réalisée cette année par le gouvernement, lancé dans une nouvelle vague de privatisations.

Extorsion accompagnée de menaces

Selon le comité d'enquête, qui aurait eu des preuves en procédant à des écoutes des conversations du ministre et de ses associés, Alexeï Oulioukaïev a reçu les 2 millions de dollars en échange de son approbation personnelle de l'acquisition par Rosneft. Mais le comité d'enquête n'a pas précisé qui aurait remis cette somme. « Il s'agit d'une extorsion pour obtenir un pot-de-vin de représentants de Rosneft, accompagnée de menaces », a seulement précisé Svetlana Petrenko, la porte-parole du comité d'enquête, assurant que la vente en elle-même de Bachneft à Rosneft n'était pas en cause. Rosneft n'a fait aucun commentaire.

Vague d'arrestations ces derniers mois

Cette affaire de corruption va faire scandale. Elle s'inscrit dans une vague d'arrestations ces derniers mois pour divers pots de vin, à chaque fois à de hauts niveaux mais pas encore à celui d'un ministre. Avant Alexeï Oulioukaïev, Dmitri Zakhartchenko, responsable d'une branche de l'agence de lutte contre les crimes économiques, a été arrêté avec 120 millions d'euros en diverses devises découvertes cash dans un appartement et une voiture. Il dirigeait une équipe chargée de traquer les... sources de détournements. Andrei Belyaninov, patron depuis une décennie du lucratif service fédéral des douanes, a quant à lui dû démissionner après que dix millions de roubles, 400 000 dollars et 300 000 euros en billets ont été découverts chez lui, empilés dans des boites à chaussures.

Enième plan anti-corruption

Huit mois après que Vladimir Poutine a lancé un énième plan anti-corruption, exigeant « des résultats tangibles », ces interpellations pourraient relever d'une opération coordonnée. Avec pour objectif : mettre fin aux abus, écarter tous ces hauts responsables trop gourmands, créer de nouvelles équipes dévouées. Et reprendre en main un système qui, profondément corrompu, risque de finir hors contrôle.

Corruption : vague d'arrestations

Dmitri Zakhartchenko, responsable d'une branche de l'agence de lutte contre les crimes économiques, a été arrêté avec 120 millions d'euros en diverses devises découvertes cash dans un appartement et une voiture.

Andrei Belyaninov, patron depuis une décennie du service fédéral des douanes, a dû démissionner après que dix millions de roubles, 400.000 dollars et 300.000 euros en billets ont été découverts chez lui, empilés dans des boîtes à chaussures.