le blog de Simon Loueckhote

Une fenêtre sur la Nouvelle-Calédonie : politique, santé, social, éducation, francophonie, économie

Présidentielle 2017: "Si Juppé a des chances de gagner, c’est parce qu’il ne passionne pas"

Publié le 15 Novembre 2016 par Loueckhote Simon

Par

 
Alain Juppé, loin du candidat passion?

Alain Juppé ne passionne pas les foules, et c'est ce qui fait sa force.

Le biographe entretient d’étranges rapports avec le « biographé » : attirance versus répulsion ; tout savoir pour mieux exposer à vif ses faiblesses. Dans le genre implacable, Anna Cabana compte parmi les plumes les plus acérées. La lecture de son nouveau travail consacré à Alain Juppé laisse pour le moins perplexe… Oui, perplexe quant à la véritable nature du « héros ».

Cela fait quinze ans déjà que la journaliste « traque » le maire de Bordeaux, qu’elle se passionne pour le « cas » Juppé, Juppé si souvent décrit comme un monstre froid de la politique que ça en devient lassant, Juppé ainsi résumé par le célèbre cabaretier Michou, dont il fut un temps le député dans le XVIIIe arrondissement à Paris : « Un mec gentil qui a des difficultés de contact. »

Une formule en réalité aimable. Plus vache ? Dans le livre d’Anna Cabana, il suffit de passer d’une page à l’autre pour trouver. Ainsi Jean de Boishue, ex-ministre et influent conseiller de François Fillon : « Juppé ? Une forme d’inhumanité extraordinaire… » Rien que ça !

C’est en cela que l’opus prend d’autant plus de relief à quelques jours de l’élection primaire de la droite : l’auteure et les différents intervenants ne ménagent pas le « sujet ». Et pour cause : le plus rude contempteur d’Alain Juppé, c’est… Juppé Alain. « C’est comme ça, il est étiqueté arrogant, sec, froid, etc. Techno. Droit dans ses boîtes, voilà. » A la troisième personne, Juppé débine Juppé. Avec jouissance presque, pour finir par une pirouette : « J’ai renoncé à m’occuper de mon image. Elle est ce qu’elle est, basta ! » La biographe n’est guère plus aimable que le biographé. La preuve ? - « Quand Juppé change d’avis, il ne l’admet pas. » - « Juppé n’avoue pas davantage ses erreurs. » - « Chez Juppé, l’orgueil écrase l’ambition. » - « Si Sarkozy n’a pas de surmoi, Juppé a toujours été l’esclave du sien. »

Quelle dérouillée ! Oui, mais pas que. En observatrice affûtée, Anna Cabana a compris que, dans l’esprit des Français, ces supposés défauts d’Alain Juppé se sont transformés en autant de qualités présidentielles. Commentaire de l’auteure : « Si le maire de Bordeaux a des chances de gagner, c’est parce qu’il ne passionne pas. N’avive pas les antagonismes. » L’envers de Nicolas Sarkozy et, désormais, de François Hollande. D’Alain Juppé, Anna Cabana a su faire un personnage complexe et attachant. Ce n’était pas gagné. Comment résister à un type qui, parfois, se laisse aller à des tirades puisées chez Woody Allen : « Des gens intelligents, brillants, clairs, méthodiques, il n’y en a pas beaucoup, il y a moi et c’est pratiquement tout. C’est cela que vous voulez me faire dire ? Le pire, c’est que je le pense. » Et Juppé « de rire », précise Anna Cabana.

Commenter cet article