+DOCUMENT - Le sénateur Patrick McHenry demande à la Fed de cesser toute discussion portant sur la régulation bancaire au niveau international. Le signe d’un virage radical, alors que Donald Trump s’apprête à détricoter le Dodd-Frank Act.

Le sénateur républicain Patrick McHenry, vice-président de la commission des services financiers, n'y va pas par quatre chemins . Dans une lettre datée du 31 janvier, il vient de rappeler à l'ordre sévèrement la présidente de la banque centrale Janet Yellen, en exigeant que la Fed mette fin sur le champ à toute négociation concernant la régulation bancaire au niveau mondial. Selon lui, la participation de la banque centrale américaine à ces discussions va à l'encontre des intentions politiques de Donald Trump et des intérêts américains. Il estime en effet que ces discussions aboutissent à des mesures étouffant l'économie des Etats-Unis.

La Fed continue de négocier (...) avec des bureaucrates internationaux dans des pays étrangers (...). C'est inacceptable.

« En dépit du message clair de Donald Trump donnant la priorité à la défense des intérêts américains dans les négociations internationales, il apparaît que la Fed continue de négocier des standards internationaux pour réguler les institutions financières avec des bureaucrates internationaux dans des pays étrangers, sans transparence, sans en rendre compte, et sans en avoir l'autorité », écrit le sénateur avant de trancher : « C'est inacceptable. »

Les négociations en question font référence, entre autres, à la réglementation Bâle III instaurée dans le sillage de la crise financière. Le niveau de fonds propres que les banques doivent détenir a été relevé. Ce dernier doit leur permettre d'absorber des pertes et de traverser un choc économique sans faire faillite et sans avoir besoin d'être sauvées avec l'argent du contribuable.

Les Etats-Unis face à l'Europe

Cette réglementation est discutée au sein du comité de Bâle , rassemblant la plupart des régulateurs dans le monde, dont la Fed. Les dernières discussions se sont déroulées au Chili où les visions anglo-saxonne et européenne se sont opposées au sujet de la définition des risques et des niveaux de fonds propres. Faute de compromis, la réunion a été reportée sine die .

L'essentiel de la réglementation Bâle III a d'ores et déjà abouti, même s'il reste à finaliser le cadre. Les banques européennes et américaines ont déjà largement implémenté Bâle III, tout en respectant leur propre manière de calculer le risque. Paradoxalement, chaque bloc accuse l'autre d'imposer son modèle, et les Etats-Unis ne sont pas forcément les grands perdants de l'histoire.

« Les standards internationaux ont ensuite été transposés dans la régulation nationale qui a forcé les entreprises américaines de différentes tailles à relever substantiellement leur niveau de capital, conduisant à une croissance économique plus faible ici en Amérique», se plaint pourtant le sénateur.

Fed politisée et détricotage de la régulation

En toute fin de lettre, il prévient sèchement : « La Réserve Fédérale doit cesser toute tentative de négocier des standards contraignants pesant sur les sociétés américaines, jusqu'à ce que le président Trump aura eu l'opportunité de nommer des représentants donnant la priorité aux meilleurs intérêts de l'Amérique. »

Le rappel à l'ordre du sénateur s'inscrit dans le discours habituel des républicains, vent debout contre toutes les réglementations bancaires introduites sous Obama dans le sillage de la crise financière, notamment le Dodd Franck Act que Trump s'apprête à détricoterselon le Wall Street Journal . Le nouveau patron du gendarme boursier américain nommé récemment a explicitement eu pour mission de déréguler Wall Street.

Durant la campagne, le président s'en était déjà pris à la Fed. Il l'accusait de favoriser le camp de Clinton en laissant les taux à des niveaux historiquement faibles. Le président avait d'ailleurs laissé entendre qu'il envisageait de remettre en question l'indépendance de l'institution.