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Trump, l’inconnue asiatique

Publié le 6 Février 2017 par Loueckhote Simon in Géopolitique-Asie

Analyse. L’abandon par les Etats-Unis du Partenariat transpacifique, projet de zone de libre-échange porté par son prédécesseur regroupant treize pays sans la Chine, laisse toute la région dans le doute.

LE MONDE | 03.02.2017 | Harold Thibault, journaliste au Monde

 


« En se rendant à Séoul jeudi 2 février et à Tokyo le lendemain, le nouveau secrétaire à la défense, James Mattis, a insisté sur la solidité de l’engagement américain auprès de ces alliés ».

(Photo : Le secrétaire américain à la défense James Mattis (à gauche) serre la main du ministre sud-coréen de la défense Han Min-koo (à droite), au ministère de la Défense, à Séoul, vendredi 3 février).


En se rendant à Séoul jeudi 2 février et à Tokyo le lendemain, le nouveau secrétaire à la défense, James Mattis, a insisté sur la solidité de l’engagement américain auprès de ces alliés.

Ce message est bien nécessaire pour les rassurer.

Pas seulement parce que le voisin nord-coréen dit s’approcher de son premier essai de missile balistique de longue portée.

Mais surtout parce que, durant sa campagne, Donald Trump a menacé de retirer une partie des 28 500 soldats américains stationnés au sud du 38e parallèle si Séoul n’acceptait pas de payer davantage pour leur présence.

Il est allé jusqu’à ne pas s’opposer à l’idée que Japonais ou Sud-Coréens développent, à leur tour, l’arme nucléaire pour assurer leur propre défense de manière autonome.

Depuis, le président américain s’est employé à apaiser les inquiétudes qu’il avait lui-même suscitées.

S’entretenant par téléphone avec le président sud-coréen par intérim, Hwang Kyo-ahn, dimanche 29 janvier, le président américain l’a assuré du caractère « invulnérable » de l’alliance entre leurs deux pays et de « l’engagement absolu » des Etats-Unis pour la défense de la Corée du Sud.

Ces messages contradictoires traduisent une absence de plan pour la région et, plus largement, les deux ambitions contradictoires des Etats-Unis avec le reste du monde, et en particulier en Asie.

Lire aussi : Libre-échange : Trump signe l’acte de retrait des Etats-Unis du Partenariat transpacifique

D’un côté, les Américains continuent de vouloir façonner l’ordre du monde selon leur vision.

Que ce soit en tentant de bloquer le programme nucléaire et balistique déjà bien avancé de la Corée du Nord ou en s’efforçant de freiner l’ascension de la Chine.

De l’autre, l’électorat qui a porté M. Trump au pouvoir a le sentiment d’avoir trop longtemps assumé le fardeau du monde.

Le candidat faisait sien ce désir de repli, en déclarant au New York Times en mars 2016 : « A un certain point, nous ne pouvons pas être le gendarme du monde. »

La lassitude du géant américain

Dans l’idéal, M. Trump voudrait voir les alliés des Etats-Unis dans la région s’organiser entre eux et prendre ainsi le relais solidairement.

Ce vœu ne se réalisera pas du fait de contentieux territoriaux et historiques qui rendent possible la coopération mais pas la pleine confiance dans ce voisinage.

La lassitude du géant américain suscite des interrogations. « Etes-vous avec nous ? », avait demandé le président philippin,Rodrigo Duterte, dès juin 2016, à l’époque où l’idée d’une présidence Trump prêtait encore à rire.

Dans son discours d’inauguration, le 21 janvier, le nouveau président américain a confirmé sa volonté de revoir à la baisse le rôle des Etats-Unis : « Nous ne cherchons pas à imposer notre mode de vie à qui que ce soit. »

Ce renoncement au discours moralisateur est une aubaine pour des régimes autoritaires – dont la Chine, qui s’était agacée de voir la première secrétaire d’Etat de la présidence Obama, Hillary Clinton, faire de la liberté d’expression sur Internet un de ses chevaux de bataille.

Lire aussi : « Le retrait américain du traité transpacifique est une erreur majeure »

Quelle sera la politique de Trump en Asie ?

Son gouvernement semble avoir pour ambition de contenir la Chine.

Lors de son audition au Sénat, son secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, a promis que Washington ne « tolérera » pas que Pékin continue d’accéder aux îlots qu’il a construits en mer de Chine, et il l’a fait sur un ton passablement belliqueux.


« Puissance indispensable »

Ces déclarations fracassantes s’opposent au repli sur soi qu’illustre déjà le retrait par M. Trump d’un projet de zone de libre-échange, le Partenariat transpacifique (TPP, selon l’acronyme anglais), porté par son prédécesseur.

L’abandon par les Etats-Unis de cet accord commercial entre treize Etats, sans la Chine, était la seule certitude de la politique asiatique du nouveau président.

Il a été acté dès le premier lundi de M. Trump dans le bureau Ovale, le 23 janvier.

Faute d’avoir avancé un plan B, ce retrait laisse toute la région dans le doute.

La ministre des affaires étrangères australienne, Julie Bishop, a exhorté vendredi 27 janvier l’Amérique à ne pas reculer dans la région : « Nous pensons que les Etats-Unis sont la puissance indispensable dans tout l’Indo-Pacifique. »

La Chine a tout loisir depuis d’avancer son projet alternatif, le Partenariat économique régional intégral (RCEP), se présentant ainsi en porte-étendard du libre-échange, comme l’a déjà fait le président Xi Jinping lors du Forum économique mondial à Davos à la mi-janvier.

Et ce alors que le même M. Xi, depuis bientôt quatre ans à la tête de la Chine, préfère systématiquement le pouvoir du Parti à celui du marché.

Lire aussi : Le traité transpacifique, dont Donald Trump ne veut pas, ratifié par le Japon

La Chine s’était déjà essuyé les pieds sur le prétendu « pivot » vers l’Asie de Barack Obama.

Convaincue que M. Obama, las des guerres d’Irak et d’Afghanistan, ferait tout pour éviter le conflit, la Chine avança au plus vite.

Les Etats-Unis perdent désormais leur ascendant moral et lui laisse le champ libre.

Ces dernières semaines, Pékin s’est donc présenté en puissance « responsable », capable d’offrir une alternative.

La Chine ne s’en trouve pas rassurée pour autant.

Elle craint, en particulier, un rapprochement russo-américain, improbable il y a encore quelques mois mais qui, s’il se confirmait, pourrait tourner en sa défaveur.

Source de tous les maux économiques de l’Amérique à en croire M. Trump, la Chine s’inquiète de voir Washington remettre en cause ce qu’elle considère comme ses « lignes rouges », notamment l’indépendance de Taïwan.

Porté lui aussi par une opinion nationaliste, Xi Jinping pourrait se trouver poussé à devoir réagir en conséquence face à cet imprévisible président américain.


 

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