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le blog de Simon Loueckhote

Une fenêtre sur la Nouvelle-Calédonie : politique, santé, social, éducation, francophonie, économie

UN PLAN D

Publié le 5 Février 2017 par Loueckhote Simon in Politique

Au cœur de la tourmente, gardons  le sens des proportions. L’affaire Fillon (1), ce n’est pas le scandale de Panama, ce n’est pas l’affaire Stavisky, ce n’est même pas, et tant mieux pour l’intéressé, l’affaire Cahuzac. A priori, l’enquête ouverte contre l’ancien Premier ministre ne vise que la réalité des emplois tenus tant par son épouse que par ses enfants, à hauteur d’environ un million d’euros, et financés pour l’essentiel par de l’argent public, pour partie par un ami généreux et fortuné. Si ces emplois s’avèrent fictifs, il s’agit d’un délit prévu et réprimé par la loi. Le Parquet national financier, qui s’est saisi du dossier, devrait trancher dans les meilleurs délais, et dire s’il y a lieu ou non de poursuivre. Nous n’avons pas à préjuger de sa décision.

 
Qui a fourni au Canard enchaîné les informations qui ont déclenché le séisme où un homme et sa réputation sont en passe de s’engloutir ? Assurément une ou des personnes qui ne voulaient pas de bien à François Fillon. Le coup est-il venu de la gauche, de son propre camp ou d’ailleurs ? S’agit-il d’une vengeance personnelle, d’une manœuvre politique, d’un mélange des deux ? Pourquoi avoir choisi ce moment ? Parce qu’il était favorable.  En toute hypothèse, les résultats ont comblé et peut-être même dépassé les espérances des délateurs masqués. Aucune piste, comme on dit dans la police, n’est à écarter. Au demeurant, l’essentiel n’est pas là. L’important, en l’occurrence, n’est pas l’identité des messagers, mais bien le contenu du message, et celui-ci est parfaitement clair.
 
Après avoir dans un premier temps traité le sujet par le mépris et évoqué les classiques « boules puantes » qui viennent empoisonner les campagnes électorales, François Fillon a changé de registre, et n’a pas hésité à parler de « coup d’Etat institutionnel », ce qui est parfaitement dépourvu de sens, puis à dénoncer, notamment par le biais d’un tract tiré à quatre millions d’exemplaires, les ténébreuses « officines » et la « chasse à l’homme »  dont il serait l’innocente victime.

On comprend que M. Fillon, harcelé, surmené, déstabilisé, discrédité, et surtout voyant, comme d’autres avant lui, se dérober  contre toute attente le but qui semblait à portée de sa main, ait perdu son légendaire sang-froid. Pour autant, nous n’avons aucune raison de le suivre dans ce qui ressemble à une tentative désespérée de fuite en avant. Nous ne confondrons pas comme lui le bûcher de ses illusions perdues avec la fin d’un monde qui semble devoir continuer à tourner, sans lui.

Il est on ne peut plus normal qu’avant de déléguer pour cinq ans la direction de notre pays  à un homme, les électeurs, qui sont d’abord des citoyens, aspirent à savoir, au-delà des discours, des programmes et des promesses, qui est réellement et ce que vaut vraiment cet homme. La nature de la fonction, l’ampleur des pouvoirs et des responsabilités qu’elle confère à son titulaire justifient entièrement une telle exigence. Il est non seulement normal, mais sain, quelles que puissent être les arrière-pensées des uns ou des autres, adversaires déclarés ou faux amis,  que les médias se fassent l’écho des informations qu’ils détiennent, sans céder aux pressions ou s’arrêter aux dégâts que peuvent faire leur révélations. Nul n’est contraint de se porter candidat à la présidence de la République française. Si on ose cette ambition, il vaut mieux en peser les risques et en accepter les conséquences.

Ce qui résulte de cette semaine apparemment fatale aux espérances de M. Fillon, c’est qu’il ne correspondait pas exactement à l’image qu’il avait su donner de lui-même. Le manteau de probité candide d’intégrité, de sincérité dont se revêtait celui que la presse allemande appelait « M. Sobre » et qu’elle a rebaptisé « M. Filou » dissimulait un personnage moins respectable qu’on l’avait cru. Partisan de la rigueur pour tous, il ne se l’appliquait pas à lui-même. L’austérité, c’était pour les autres. De jour en jour, il est apparu que son rapport à l’argent, argent public, argent privé, que son rapport à la vérité, que son rapport à la réalité étaient plus obscurs et plus compliqués qu’il ne sied à un homme qui se présentait comme irréprochable, voire comme exemplaire.

L’origine et le montant cumulé des diverses sources de revenus dont a bénéficié M. Fillon, le sentiment qu’il donne de ne même pas comprendre ce que son comportement et ses dissimulations pouvaient avoir de choquant, ont tracé peu à peu de l’ex-favori de la compétition présidentielle un portrait de plus en plus ressemblant à ce dont les Français ne veulent plus et qu’il avait réussi à faire oublier, un concentré ce que les peuples reprochent à leurs élus et à leurs élites, un représentant typique de l’entre-soi, de la déconnection d’avec la vraie vie, des privilèges de la caste que constituent les professionnels de la politique,  un symbole de ce système dont, partie prenante depuis trente ans, il se disait l’ennemi, et de cette zone grise où les convictions se diluent dans la corruption molle des compromis, des accommodements, des démissions de toutes sortes.

Ce qui est grave dans cette pitoyable affaire est qu’elle ne discrédite pas seulement M. Fillon mais qu’elle porte une atteinte de plus, au-delà de sa personne, à son propre parti, à son camp, à la démocratie. Les dégâts, en ce qui le concerne, semblent irréversibles. Juridiquement préservé par la présomption d’innocence, M. Fillon est devenu politiquement et moralement inéligible.

Au fait, puisqu’après vingt ans de pouvoir, cinq ans d’opposition et deux tours de primaire la droite républicaine  n’est toujours pas parvenue à repérer et à proposer au suffrage universel un candidat à la fois expérimenté, intègre, courageux et plus soucieux de l’interêt national que de ses intérêts propres, signalons aux Républicains et aux orphelins de M. Fillon qu’il existe un plan de substitution à leur plan B défaillant, un bon plan, un plan D… comme Dupont-Aignan.

Dominique Jamet  journaliste depuis... toujours, il tient chaque semaine une chronique où il commente très librement l'actualité politique.
  1. Que nos médias anglopathes préfèrent appeler « Penelopegate ». Pourquoi se gêner quand la devise officielle choisie pour présenter la candidature de Paris aux J.O. de 2024 n’est plus le traditionnel « Fluctuat nec mergitur » mais  le très chic « Made for sharing » ?

 

 

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