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le blog de Simon Loueckhote

Une fenêtre sur la Nouvelle-Calédonie : politique, santé, social, éducation, francophonie, économie

DAVID ET GOLIATH

Publié le 12 Mars 2017 par Loueckhote Simon in Chronique politique

Par Dominique Jamet, chroniqueur et journaliste

Egalité: ce mot, ce beau mot figure depuis les origines au nombre des trois valeurs essentielles qui fondent notre République. Il est inscrit dans notre droit constitutionnel, il brille au fronton de nos bâtiments publics, écoles, mairies ou ministères. Il s’en faut pourtant que la pratique soit toujours conforme à la théorie, que ce soit dans le domaine économique et social, que ce soit ailleurs. La distance est parfois minime, mais trop souvent considérable, qui sépare l’égalité de droit et l’inégalité dans les faits, et je n’en veux pour preuve que les conditions, de plus en plus contestables dans lesquelles est organisée l’élection présidentielle, dont chacun s’accorde à reconnaître depuis 1965 qu’elle est un moment fort de notre vie politique et le pilier de nos institutions.

Le principe de la réforme voulue par le général de Gaulle et entérinée par le referendum est pourtant on ne peut plus simple. Tout citoyen français en possession de ses droits civiques, sans distinction de sexe, d’âge, d’origine, de confession ou d’opinion, est habilité à se porter candidat à cette élection. Mais le diable, on le sait, se niche dans les détails…

En soumettant la validité d’une candidature au parrainage de cent élus, locaux ou nationaux, puis européens, le législateur n’avait au départ d’autre souci et d’autre but que d’écarter de la compétition les farfelus, les déséquilibrés et les mégalomanes ou les commerçants en quête de publicité. En élevant ce seuil à cinq cents patronages, on n’est pas toujours parvenu à décourager et à éliminer les zozos. En revanche, il s’est avéré que la divulgation aléatoire des noms de certains parrains puis, comme c’est désormais le cas, la publication intégrale et immédiate de leur liste avait pour effet d’intimider, d’effrayer et finalement de dissuader nombre d’élus qui craignent à juste titre, hélas, la réprobation de leurs mandants et, pire encore, les représailles des grands barons municipaux, départementaux, régionaux et parisiens que l’on a laissé proliférer sur nos « territoires ».

En tout état de cause, rien n’est plus facile aux « grands candidats », affiliés à de « grands partis », que de réunir les dits parrainages, d’un simple claquement de doigts, tandis que les isolés, les indépendants, les novateurs, les dissidents, tous ceux qui ne rentrent pas dans le rang, ont le plus grand mal à les obtenir et y consacrent des mois, voire des années d’énergie et d’effort pour les obtenir, quitte à échouer plus ou moins près du but. C’est ainsi qu’on aura vu cette année des candidats à la candidature personnellement ou idéologiquement qualifiés – je pense à des personnalités aussi diverses qu’Henri Guaino, Rama Yade, Jean Lassalle, Philippe Poutou, Pierre Larrouturou, voire l’amusant Alexandre Jardin, buter sur l’obstacle que réussissaient paradoxalement à sauter MM. Asselineau ou Cheminade.

Ce barrage filtrant franchi, se posent de basses questions matérielles, étrangement résolues. Alors qu’une réglementation sévère et tatillonne -à l’opposé de ce qui se passe par exemple aux Etats-Unis - limite les possibilités d’appel à la générosité des donateurs et donc les budgets de campagne des « petits candidats », le problème des formations installées et représentées, généreusement financées par l’argent public, serait plutôt – comme on l’a vu notamment en 2012 – de ne pas dépasser le plafond, pourtant largement calculé, des dépenses autorisées.

Deuxième inégalité que complètent et qu’aggravent les dispositions qui encadrent les temps de parole et d’antenne accordés aux différents compétiteurs. Mis à part les quinze derniers jours avant le scrutin, tardive concession au principe d’égalité, alors que la presse écrite est libre d’assurer en toute partialité la couverture de la campagne, les médias audiovisuels modulent l’accès à leurs micros, à leurs studios, à leurs plateaux en fonction des résultats d’élections passées et périmées, de sondages aussi peu fiables que naguère les prévisions météorologiques. D’où une scandaleuse distorsion entre les uns et les autres. Régulateur des ondes et institutionnellement garant de la diversité et du pluralisme des opinions, condition sine qua non d’une vie démocratique, le CSA laisse faire et se fait le spectateur passif, très vaguement boudeur, d’une situation où les « grands candidats » et leurs partis bénéficient d’une présence jusqu’à quarante fois supérieure à celle de leurs concurrents moins heureux. Pire, si rien ne vient remettre en cause les dispositions annoncées, les favoris du moment auront tout loisir de faire connaître leur personne et leurs idées, de discuter, de comparer, de débattre, ce qui serait interdit aux « petits candidats » et ce qui introduit au passage une distinction toute nouvelle entre « grands électeurs », associés au débat et « petits électeurs » qui, avec leurs candidats, en sont exclus. Etrange système qui favorise le fort, pénalise le faible et, sous le nom provocateur d’équité, cautionne l’injustice, la discrimination et la triche.

Qu’en résultera-t-il ? L’histoire et la légende ont immortalisé des combats inégaux où le bon, défiant tous les pronostics, terrassait le méchant. L’un des plus fameux est bien entendu celui qui opposa David et Goliath et vit, dit-on, un jeune et frêle berger abattre le redoutable géant qu’il affrontait en duel. Mais si le champion d’Israêl triompha du colosse philistin, c’est parce qu’on lui ne lui avait pas retiré la possibilité d’utiliser sa fronde.

 
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