Les candidats à la présidentielle étaient auditionnés ce lundi par la CPME. Emmanuel Macron a promis qu’il  « suspendrait » le compte pénibilité.

L'un vante la « transformation », l'autre ne rêve que de « rupture ».Emmanuel Macron et François Fillon, qui se sont succédés ce lundidevant les adhérents de la CPME pour défendre leur programme économique , ont des méthodes très différentes. L'un dramatise, l'autre veut donner envie d'aller de l'avant. « Le seul qui propose un choc de compétitivité, c'est moi, a affirmé haut et fort François Fillon qui semblait nerveux, malgré l'accueil très positif que lui a fait le public avec force applaudissements . « Il faut casser la baraque pour la reconstruire autrement », a-t-il renchéri, pour se démarquer d'un Emmanuel Macron qui l'avait précédé à la tribune dans un style beaucoup plus détendu et souriant.

Emmanuel Macron le séducteur ; François Fillon le fonceur : deux profils, deux façons d'imprimer sa marque, mais au final, des mesures pas si éloignées sur le volet entreprises lorsqu'on prend le temps de les comparer. Tous les deux prônent, en effet, une flat tax de 30 % sur les revenus du capital (prélèvements sociaux compris). Tous deux veulent baisser l'impôt sur les sociétés à 25 % d'ici à la fin du prochain quinquennat. Tous deux veulent s'attaquer à l'Impôt sur la fortune (ISF), François Fillon en le supprimant purement et simplement, Emmanuel Macron en le réservant aux biens immobiliers.

Mettre entre parenthèse le compte pénibilité

Sur le volet social aussi, leurs idées se rejoignent en partie : une instance unique de représentation du personnel pour toutes les entreprises, un Code du travail qui résume les principales dispositions sociales et renvoie à la négociations d'entreprise ou de branches tout le reste, ou encore un plafonnement des indemnités prud'homales. Emmanuel Macron a même fait un pas de plus lundi vers François Fillon en proposant, comme le candidat LR à l'Elysée, de mettre entre parenthèse le compte pénibilité. « Je suspendrai le sujet pour le renvoyer à des accords de branche », a indiqué Emmanuel Macron en marge d'une question sur le système de retraites à points qu'il compte mettre en place .

Lorsqu'il était ministre de l'Economie, Emmanuel Macron n'était pas un grand défenseur de la réforme de la pénibilité et il reconnaissait en privé que le dispositif n'était pas opérationnel. S'il est élu, ça en sera donc probablement fini du C3P (compte personnel de prévention de la pénibilité) pour le plus grand bonheur du patronat, notamment parmi les dirigeants de PME, qui demandent l'abrogation de cette réforme, tout au moins des critères les plus délicats, depuis presque trois ans maintenant.

En vigueur depuis le 1er janvier, très peu d'entreprises l'ont réellement mis en place et l'écrasante majorité des employeurs s'abritent derrière la possibilité de pouvoir modifier les déclarations jusqu'au 1er juillet 2017 pour ne rien faire d'ici là. Par quoi serait-il remplacé ? Le candidat d'En Marche a simplement indiqué à ce stade qu'il renverrait le sujet à la négociation de branche. Une manière à la fois habile de donner la main aux acteurs de terrain, mais avec un système qui laisse le sort des salariés varier très nettement d'une branche à l'autre. François Fillon, lui, s'est prononcé pour un avis médical individualisé.

Les deux candidats sont également favorables à des assouplissements substantiels du droit du travail et à de nouveaux abaissements de charges sur le travail. Les chefs d'entreprise l'ont d'ailleurs bien compris  : « Un ticket Fillon-Macron, nous, ça nous irait très bien », estimait avec malice un important responsable patronal. Un scénario impensable, même dans cette campagne hors normes .