En adoptant son budget primitif le 23 février, la Corse a fermé le bal entamé en décembre 2016 par les treize régions. À l’examen des dépenses prévues en 2017, deux observations s’imposent : la première est que les budgets d’investissement et de fonctionnement alloués à l’énergie sont plus généreux dans les régions de gauche que de droite. La seconde est que, bien qu’elles puissent évoluer en cours de mandat, les sommes allouées semblent assez faibles au regard des nouvelles attributions des régions, cheffes de file de la transition énergétique depuis la loi Maptam.

À l’exception des Pays de la Loire (LR), qui vont consacrer 34 millions d’euros, soit près de 2 % de leur budget à l’énergie en 2017, les régions de gauche trustent les premières places en termes de dépenses budgétées.

L’Occitanie et la Nouvelle-Aquitaine, deux régions socialistes dont les vice-présidentes en charge de l’énergie sont d’obédience EELV, vont consacrer respectivement 64 millions d’euros (1,9 %) et 37,6 millions d’euros (1,2 %) à ces questions.

Dotée d’un budget total beaucoup plus modeste (1,5 milliard d’euros), la Bourgogne-Franche-Comté (PS) va y consacrer 20,5 millions d’euros (1,4 %). C’est plus que les régions mastodontes dirigées par la droite.

Avec un budget global de 5,2 milliards d’euros, l’Île-de-France (LR) a budgété environ 13 millions d’euros pour l’énergie (0,25 %), Auvergne-Rhône-Alpes (LR) 16,6 millions d’euros (0,45 %), le Grand Est (LR) 13,1 millions d’euros (0,47 %), Provence-Alpes-Côte d’Azur (LR) 6,2 millions d’euros (0,26 %) ou encore les Hauts-de-France (LR) 10 millions d’euros (0,3 %).

Mais ces chiffres ne renseignent pas nécessairement en totalité sur les ambitions de leurs politiques énergétiques, car de nombreuses régions envisagent notamment de mobiliser des financements privés.

Pays de la Loire (LR)

Dans sa feuille de route régionale sur la transition énergétique publiée le 14 décembre 2016, la région annonçait la mobilisation « d’au minimum 121 millions d’euros entre 2017 et 2021, dont 50 millions d’euros dès 2017, complétés par 71 millions de fonds européens ». Ces chiffres sont bien repris dans le budget primitif 2017, mais l’addition des sommes allouées pour la thématique énergie donne 34 millions d’euros dont 12,4 millions proviennent des fonds européens Feder et sont assignés à la « transition énergétique ».

Sur les fonds tout droit sortis de la poche de la région, 8,664 millions d’euros vont à la « transition énergétique » et 11,35 millions d’euros à la thématique « logement et efficacité énergétique ».

Les 34 millions d’euros devraient donc servir à financer la mise en place des 52 actions concrètes, réparties en cinq piliers, détaillées dans la feuille de route.

Elle prévoit par exemple la création d’un fonds d’investissement régional pour développer les projets de production d’ENR ou l’accompagnement de la rénovation énergétique des logements privés via le soutien à un réseau de plateformes « Énergie Pays de la Loire ».

Occitanie (PS)

L’Occitanie, qui ambitionne de devenir « première région d’Europe à énergie positive » compte s’appuyer largement sur les financements européens.

Dans une délibération adoptée le 28 novembre, elle annonçait vouloir atteindre 100 % d’ENR à l’horizon 2050 avec un palier à 50 % vers 2030. En 2017, elle va donc investir 6,5 millions d’euros plus 10 millions d’euros du fonds européen Feder, qui permettront d’accompagner des projets de production d’ENR « au fil de l’eau » et des appels à projets « pour promouvoir, en partenariat avec l’Ademe, des projets innovants ».

8 millions d’euros vont être investis sur l’efficacité énergétique des bâtiments. Sur les fonds européens, 11,5 millions d’euros sont assignés au « nouvel éco-chèque », étendu depuis le 1er octobre 2016, et 10 millions d’euros à l’efficacité énergétique des bâtiments publics et des logements.

Le document explique également qu’une agence régionale de l’énergie et du climat sera constituée en 2017 « pour apporter une aide sous forme de conseil, de participation en capital ou de tiers financement aux projets de production d’ENR ou d’économies d’énergie ». Elle a été créditée de 1 million d’euros.

Nouvelle-Aquitaine (PS)

La région va investir 10,5 millions d’euros sur la « transition énergétique des territoires » qui inclut notamment la politique de « massification de la rénovation énergétique globale du logement ».

Le budget comprend « l’appui et l’animation des réseaux d’acteurs locaux dans ce domaine (espaces info énergie, plateformes de la rénovation énergétique) et l’accompagnement global des ménages via l’Agence pour les travaux d’économie d’énergie (Artée, constituée en société d’économie mixte) qui étendra son action sur l’ensemble du territoire ». Une enveloppe de 1 million d’euros a également été attribuée à la réalisation d’un programme régional de « l’habitat ambitieux ».

Par ailleurs, 12,57 millions d’euros vont être investis dans les « solutions énergétiques innovantes ». La région compte accompagner les premiers utilisateurs de mobilité durable (hydrogène, électrique) et le développement des ENR (autoconsommation, smart grids, stockage, méthanisation ou encore énergies marines renouvelables).

Grand Est (LR)

La région, qui a prévu un budget de 15,9 millions d’euros pour la « transition énergétique », comptabilise la thématique « économie circulaire et déchets » dans ce poste de dépense, ce qui ramène à 13,1 millions d’euros son budget pour l’énergie, avec 10,4 millions d’euros d’investissement.

Elle prévoit ainsi d’investir 6,43 millions d’euros pour l’efficacité énergétique des bâtiments, comprenant « la rénovation des bâtiments BBC et l’efficacité énergétique des procédés industriels », « l’expérimentation bâtiments passifs » ainsi que « l’accompagnement des maîtres d’ouvrage ». 4 millions d’euros iront au soutien aux « projets collectifs » et à « l’accompagnement à l’émergence des ENR », ainsi qu’à la création d’un observatoire du climat, air et énergie.

Île-de-France (LR)

Sur les 24,6 millions d’euros engagés sur la « transition écologique et énergétique », seuls 12,9 millions d’euros concernent la politique énergétique de la région.

6 millions d’euros seront investis pour soutenir des opérations en matière d’ENR, 7 millions d’euros en matière de réseaux de chaleur et 0,9 million d’euros en fonctionnement pour le soutien aux agences, espaces et points info énergie.

Le volet territorial comporte également une ligne pour un dispositif « cent quartiers innovants et écologiques » doté de 40 millions d’euros, sans plus de détail.

Provence-Alpes-Côte d’Azur (LR)

La région a prévu un budget de 6,23 millions d’euros sur la thématique climat, air, énergie, dont 3,62 millions d’euros d’investissement. Malgré ce maigre budget (0,26 % du budget total), la thématique « faire de Provence-Alpes-Côte d’Azur un territoire de référence de l’économie verte et de la transition énergétique » est l’une des douze « opérations d’intérêt régional », censées être les « bras armés » de la stratégie de « spécialisation et de concentration » de la région.

Ce programme vise à encourager et accompagner « des technologies innovantes pour les énergies du futur » comme la thalasso-thermie, le stockage énergétique ou les réseaux intelligents.

Par ailleurs, le budget primitif 2017 évoque l’élaboration d’un programme régional d’efficacité énergétique « visant à soutenir les projets dans le domaine du bâtiment ». Il précise que des plateformes « doivent entrer en phase de développement sur plusieurs territoires en 2017 ».

Au sein du même poste de dépenses « aménagement du territoire et transition énergétique », doté d’un budget d’investissement de 67,6 millions d’euros, figure une ligne exotique de 10 millions d’euros en AP dédiée à un « fonds de soutien aux forces de sécurité ».

Hauts-de-France (LR)

La région, qui devrait adopter la feuille de route de sa politique énergétique en plénière le 30 mars, détaille ses grandes orientations dans son budget primitif 2017. Malgré un budget d’environ 10 millions d’euros pour les questions liées à l’énergie, elle ne manque pas d’ambition en la matière.

Elle compte intégrer pleinement les questions d’énergie à la « troisième révolution industrielle » (TRI) dont elle se veut le fer de lance. Elle avance par exemple avoir fusionné « en collaboration avec l’Ademe », les deux fonds préexistants Framee (Fonds régional d’aide à la maîtrise de l’énergie et de l’environnement) et Freme (Fonds régional environnement et maîtrise de l’énergie) pour créer le « Fonds régional d’amplification de la troisième révolution industrielle (Fratri) ». Une ligne de budget dotée de 650 000 euros de fonctionnement a d’ailleurs été créée pour la TRI.

Dans le détail, 1,2 million d’euros d’investissement sont prévus pour la « maîtrise de la consommation énergétique et développement des ENR », 836 000 euros pour « développer les filières ENR » ou encore un million d’euros pour mobiliser la filière du bâtiment « afin de favoriser la mutation environnementale et énergétique ».

Auvergne-Rhône-Alpes (LR)

Avec 16,6 millions d’euros dédiés à l’énergie (0,45 % du budget), Auvergne-Rhône-Alpes (LR) veut notamment contribuer au financement d’études et d’investissements « aussi bien pour le développement des ENR que pour l’amélioration des performances énergétiques des bâtiments ou pour le développement de l’innovation ».