le blog de Simon Loueckhote

Une fenêtre sur la Nouvelle-Calédonie : politique, santé, social, éducation, francophonie, économie

Paysage radiophonique calédonien, libertés publiques fondamentales :

Publié le 18 Juillet 2008 par Loueckhote Simon in Presse - Communiqués - Allocutions

Le Sénateur de la Nouvelle-Calédonie, Monsieur Simon Loueckhote, a alerté le Premier Ministre par un courrier en date du 15 juillet 2008, sur les restrictions d’émissions en matière radiophonique, restrictions reconduites par le Projet de loi de programme pour le développement économique et la promotion de l’excellence Outre-mer 2008.

La radiodiffusion constitue le mode d’émission de la pensée le mieux adapté aux particularités géographiques de la Nouvelle-Calédonie. Elle présente pourtant la spécificité de se trouver limitée par une disposition contenue dans les Accords de Matignon et de Nouméa.

Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA) qui a compétence pour délivrer les fréquences persiste à considérer, aidé en cela par un puissant lobbying, que le fragile équilibre obtenu à l’issue des années les plus sombres de notre histoire, passe par le maintien de l’environnement radiophonique tel qu’il existait en 1988. Cependant, le paysage politique et sociologique calédonien s’est considérablement modifié depuis.

Qu’on le veuille ou non, la Nouvelle-Calédonie fait partie des territoires sur lesquels il n’est pas librement possible d’informer. Ce constat stupéfiant est à la limite de la caricature.

Les calédoniens se trouvent privés du droit élémentaire au pluralisme de l’information puisque toute nouvelle demande d’autorisation d’émission est rejetée. Deux chaines privées seulement sont émises à l’échelle de l’ensemble du territoire, à l’ère d’une bande FM survoltée, en Métropole ou dans n’importe quelles collectivités d’Outre-mer. Le développement des nouvelles techniques de l’information et de communication ne pallie pas ce manque, notamment au sein des familles les plus modestes.

Cette limitation du paysage radiophonique met à mal nos libertés fondamentales puisqu’elle est en contradiction avec le principe de liberté d’expression énoncé par la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 qui proclame que « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme ». Le principe de la liberté de la communication audiovisuelle a été consacré par l’article 10 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme affirmant la liberté de tout individu de recevoir ou de communiquer des informations.

Mais qu’est-ce qu’une liberté qui n’a pas la possibilité de s’exercer ?

Le plus surprenant est que l’article du Projet de loi de programme pour le développement économique et la promotion de l’excellence Outre-mer appuie sa décision sur le fait que « des échéances électorales surviendront en mai 2009… » . Je ne peux que m’étonner et m’offusquer du fait que l’exercice démocratique soit prétexte à limiter l’expression des citoyens et de la diversité de leurs opinions.

Ceci m’apparait d’autant plus inimaginable, précisément dans le contexte politique qui est le notre, où des choix décisifs vont être effectués contribuant grandement à l’avenir de la Nouvelle-Calédonie

Ma conviction est qu’il faut, dès aujourd’hui, permettre aux auditeurs calédoniens d’être à même d’exercer leur libre choix sans que des intérêts privés puissent se substituer à leurs propres décisions.  

Il est temps que le besoin de médias pluriels, reflet de la diversité culturelle et politique de la Nouvelle-Calédonie, soit satisfait afin que chacun bénéficie d’une source d’information aussi complète et impartiale que possible. Le 25 juin dernier, le Congrès, saisi pour avis sur le Projet de loi de programme pour le développement économique et la promotion de l’excellence Outre-mer a souligné son désaccord avec cette disposition en se disant favorable à l’ouverture du paysage radiophonique.  

La contribution essentielle de ce mode de communication au débat démocratique justifie que l’État, toujours compétent en la matière, s’attache à garantir sa liberté et à assurer les conditions de son pluralisme. C’est pourquoi j’ai écrit et affirmé au Premier Ministre, Monsieur François Fillon, que la disposition du  Projet de loi de programme pour le développement économique et la promotion de l’excellence Outre-mer 2008 qui prolonge la restriction du paysage audiovisuel en Nouvelle-Calédonie ne peut être maintenue.

 

 

                                                                                   Simon LOUECKHOTE
Commenter cet article