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le blog de Simon Loueckhote

Une fenêtre sur la Nouvelle-Calédonie : politique, santé, social, éducation, francophonie, économie

Le dernier adieu à Melam

Publié le 1 Septembre 2008 par Loueckhote Simon in Divers

Ouvéa a enterré son fils, hier. Une semaine après être tombé en Afghanistan, Melam Baouma a rejoint la terre qui l’a vu naître, 22 ans plus tôt. Les mots « d’engagement » et de « sacrifice » sont revenus tout au long d’une journée de tristesse et de recueillement, mais d’une intense dignité.


Le dernier regard d’un père et d’une mère sur leur fils. Jusqu’au bout de l’épreuve, Banabas Baouma, le père de Melam, est resté imposant de dignité. « Il voulait absolument choisir la vie qu’il voulait mener. Son engagement doit tous nous encourager », a confié Banabas à l’issue des obsèques.

Tombé au détour d’un col de montagne, Melam Baouma repose désormais face à la mer. Face à sa mer d’Ouvéa, dans la terre qui l’a vu naître, pour avoir payé de sa vie une cause qu’il avait choisie. « Melam voulait absolument décider de quoi allait être faite son existence. Son engagement doit continuer à nous guider », confiait hier son père, Banabas. « Engagement », « liberté », ces mêmes mots sont ressortis du discours prononcé par Simon Loueckhote en langue Iaai, à l’arrivée du cercueil devant le temple de Banutr. Des mots qui sont revenus comme un leitmotiv au cours d’une journée de communion, de recueillement et d’émotion.
Communion, lorsque le pasteur de la tribu de Banutr, Hipveto Boucko a rappelé la signification en Iaai de Melam, « la lumière », « un nom qu’avant lui portait son grand-père ». En citant la parabole de la lampe - « Personne n’allume une lampe pour la recouvrir d’un pot ou pour la mettre sous un lit, mais on la met sur un support pour que ceux qui entrent voient la lumière » - l’homme de foi a souhaité que « le départ de Melam, acteur de la paix à sa manière, nous laisse une ouverture d’où coulera la vie ». Communion d’une certaine façon aussi lorsque l’oncle de Banabas indiquera après les obsèques, lorsque les officiels seront invités à partager le repas de deuil, que « l’important, c’est la rencontre, l’échange et le resserrement des liens entre l’armée et la population ».

En Iaai, Melam signifie « la lumière »

Emotion ensuite dans le temple, une fois l’assistance partie, la tante d’Anthony Rivière, le soldat réunionnais tombé au cours de la même embuscade, est venue longuement toucher le cercueil de Melam. Emotion toujours lorsque les chants se sont élevés du cimetière, une fois que l’immense cortège s’est rassemblé autour des parents, dignes et fiers dans leur douleur. Des parents qui ne peuvent rien faire d’autre que de supporter la disparition brutale d’un fils, même si elle fait partie des « risques du métier ». Banabas, visage sombre, regard dans le vague pendant toute la cérémonie, confiera plus tard, d’une voix apaisée, qu’il « se doit d’être fort, pour être digne de son fils ».
Après le culte, les honneurs militaires ont été rendus au jeune caporal devant le temple. Ensuite, les joueurs de l’équipe de l’Etoile de Banutr, avec lesquels Melam Baouma avait commencé à jouer lorsqu’il avait six ans, ont porté le corps de leur camarade jusqu’au cimetière. Après le recueillement, la foule s’est retrouvée sur les terres du clan familial pour partager un repas.
Un peu à l’écart, autour des deux camions de gendarmerie pris d’assaut par les enfants, ces derniers, curieux de tout, ne cessaient de questionner les frères d’armes de Melam. « Tes médailles, elles vont pas tomber ? », demandait une petite à un militaire du Rimap paré de toutes ses breloques. « Mais non, elles sont bien accrochées. Et puis tu sais, je ne les emmène pas pour faire la guerre. » D’autres gamins se faisaient expliquer le maniement du Famas par une militaire, noyée sous le feu des questions.
À Banutr, comme partout à Ouvéa, la vie reprenait lentement son cours.

Les Nouvelles Calédoniennes. Article du 27-08-2008

 

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