le blog de Simon Loueckhote

Une fenêtre sur la Nouvelle-Calédonie : politique, santé, social, éducation, francophonie, économie

La Province des Iles peut-elle être maître de son futur?

Publié le 15 Septembre 2008 par Loueckhote Simon in Presse - Communiqués - Allocutions

 

 

La bonne santé économique de la Nouvelle-Calédonie suscite des appétits dans tous les secteurs d’activités, y compris ceux qui n’ont jamais intéressé personne parce qu’ils sont, par nature, non rentables. Le transport maritime et plus particulièrement le transport de passagers, est une parfaite illustration de cette situation.

 

Avant 1989, date de la création des Provinces, le transport de personnes s’effectuait de façon marginale. Les caboteurs desservant les îles assuraient en même temps un service passager dans des conditions contraire à tout cadre règlementaire.

 

Ce constat conduit la Province des Iles Loyauté à acquérir un ferry. Les élus de cette collectivité savaient que cette coûteuse opération serait déficitaire ; ils prennent, dès le départ, toutes les mesures permettant d’assurer ce service. Mais le gouffre financier que représente cette opération devient vite un sujet de préoccupation.

 

Face à cette situation, l’incompréhension, voire la colère, des responsables et de la population des Iles et, au-delà, de tous les calédoniens, allait alimenter une polémique et devenir un sujet éminemment politique dont allaient se saisir pêle-mêle presse, Chambre Territoriale des Comptes, partis politiques, collectivités calédoniennes et enfin Gouvernement central et Justice.

 

Sans s’en rendre compte, la Province des Iles Loyauté venait d’ouvrir la boîte de Pandore qui laissait entrevoir des perspectives économiques non négligeables. Très vite d’ailleurs, des initiatives voient le jour et des projets tout aussi révolutionnaires les uns que les autres se télescopent à la Province, au Haut-commissariat et dans les ministères parisiens.

 

Cependant, l’intervention de la Province des Iles pour combler les pertes d’exploitation du navire soulève une question de droit. Le Tribunal Administratif avait déjà apporté un  éclairage sur la répartition des transports terrestres, maritimes et aériens entre Nouvelle-Calédonie et provinces. Le juge administratif établit que la ligne reliant deux provinces est d’intérêt territorial tandis que seules les lignes intra provinciales peuvent être de compétence provinciale. Ceci exclut, de facto, l’intervention de la Province des Iles sur la ligne Nouméa-Iles Loyauté.

 

Par ailleurs, les opérateurs privés commencent à affluer et contestent devant les juridictions administratives l’interventionnisme de la Province des Iles dans un secteur qui, désormais, ne manque plus d’intervenants…

  

En mai 2004, le renouvellement des Assemblées de province et du Congrès met une nouvelle majorité au pouvoir. Néko Hnepeune prend la présidence de la Province des Iles. Grace à ses bonnes relations avec

 

Philippe Gomez, Président de la Province Sud, il convainc ce dernier de la nécessité d’assister sa collectivité malade. Tous deux créent alors la société SUDILES qui a pour vocation de prendre le relai de la desserte maritime des Iles Loyauté et de l’Iles des Pins.

 

Cette nouvelle entité s’engage rapidement dans l’acquisition d’un nouveau navire à grande vitesse pour un coût avoisinant 1,8 milliards de F. CFP et, récemment, les deux Présidents accompagnés d’une forte délégation se sont rendus aux Philippines pour la mise à l’eau de ce navire. Ce moment, présenté comme historique tant l’attente des gens des Iles est grande, n’est pas exempt d’arrière pensée politique, ne nous trompons pas.

 

A Nouméa, une vive polémique s’engage, après qu’un jugement du Conseil d’Etat, en juillet dernier, ait été porté à la connaissance du public. La haute juridiction confirme ce que l’on sait depuis fort longtemps, à savoir, que la ligne entre Nouméa et la Province des Iles est d’intérêt territorial. Des voix s’élèvent contre l’illégalité de la décision du Président de la Province Sud d’engager sa collectivité à investir dans le navire. D’autres dénoncent l’opacité de la procédure du marché de construction du navire. D’autres, enfin, condamnent la main mise de la collectivité publique sur ce secteur économique, ce qui est, selon eux, contraire aux grands principes des lois de marché.

 

Etrangement, les attaques se sont principalement portées, pour ne pas dire exclusivement, sur le seul Président de la Province Sud. Pas un mot sur celui de la Province des Iles. Ni sur la responsabilité du gouvernement de Nouvelle-Calédonie, à qui, finalement, revenait la charge  d’assurer ce service auprès des citoyens et qui ne s’en est jamais préoccupé…

 

Le navire devrait entrer en service à la fin de cette année. C’est sans compter sur les entraves que ne pourront s’empêcher de lui dresser ses détracteurs.

 

Le Bético 2 est, malgré lui, au cœur d’une vaste entreprise de règlements de compte politiques avec son lot de victimes collatérales au premier rang desquelles la population des îles. Embarqués dans ces aventures, les habitants de la province des Iles pâtissent d’une situation dont d’autres, par ailleurs, essaient de tirer le plus grand profit.

 

Vingt ans après sa création, la question reste posée : La Province des Iles peut-elle être l’artisan de son futur ou restera t-elle un éternel otage ?

Commenter cet article