le blog de Simon Loueckhote

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Ouverture du paysage radiophonique

Publié le 12 Février 2009 par Loueckhote Simon in Presse - Communiqués - Allocutions

Le Parlement vient de donner un signal fort en matière d’information en ouvrant la possibilité dès 2010, à de nouvelles radios de voir le jour en Nouvelle-Calédonie. Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel devrait donc lancer dès cette année un appel d’offre pour autoriser de nouvelles radios à s’installer et à diffuser sur l’ensemble du territoire. Le dossier est prêt, pour la bonne raison qu’il y a déjà eu une tentative avortée d’appel d’offre. Il faut se dépêcher de le réactualiser car le paysage radiophonique, censé être figé jusqu’à la fin 2011, pourrait s’ouvrir dans moins d’un an grâce à la modification de la loi sur l’audiovisuel. Dans les semaines et les mois à venir, je serai particulièrement vigilant et veillerai attentivement à ce que le C.S.A. procède bien à un appel d’offre et à ce que la loi soit pleinement appliquée.

Je me suis personnellement battu, avec beaucoup d’autres et non sans mal, pour la libérer le paysage radiophonique. Le Gouvernement et l’autorité de régulation ont longtemps avancé le fallacieux prétexte du transfert de compétence pour justifier la pauvreté de notre paysage radiophonique. En réalité, se cachait derrière tout cela, une nouvelle fois, la volonté de brider l’accès à l’information, à la parole, à la connaissance et au savoir. Etrange conception de la démocratie et drôle de façon de nous préparer aux défis qui attendent la Nouvelle-Calédonie et, de façon plus générale, aux enjeux de ce monde ! Au delà de ma satisfaction personnelle, ce sont les Calédoniens que le Parlement a honoré en leur accordant un droit reconnu par la Constitution Française à tous les Français, celui du droit à l’information.

Pourquoi me suis-je attaché à ce que la situation évolue ?

Nous avons toujours considéré, et moi le premier, qu’à bien des égards nous n’étions pas regardés depuis la Métropole comme des Français à part entière. Voilà bien un domaine qui donne du crédit à cette analyse. Et c’est ceux-là même qui croient et se battent pour une Nouvelle-Calédonie encore plus Française, avec son lot de droits et d’avantages, qui oublient que cela s’accompagne aussi de devoirs et d’obligations. L’accès à l’information ne constitue-t-il pas un droit, et les libertés d’expression et de communication un avantage pour les citoyens que les autorités ont le devoir et l’obligation de garantir?

Le paysage radiophonique est verrouillé depuis les années 80. Les citoyens de cet archipel doivent-ils être privés de la pluralité de l’information ? Sont-ils des sous-citoyens ? Etrange paradoxe… C’est vrai que « cette terre est pleine de paradoxes » comme l’écrivait Alain CHRISTNACH. Alors que sur l’ensemble du territoire national, les Français n’ont que l’embarras du choix entre les multitudes de radios qui émettent, les Calédoniens sont, quand à eux, limités à cinq radios. Même dans les plus petites collectivités, celles d’Outre-mer en particulier, pas moins de dix radios se partagent les ondes.

La situation de monopole détenue par RFO Radio, chaîne publique, RRB, Radio Djiido, Radio Océane et NRJ, radios privées, ne peut plus perdurer. Seules RFO Radio, RRB et Radio Djiido couvrent l’ensemble de la Nouvelle-Calédonie. Ces deux dernières sont les deux seules radios privées autorisées à diffuser sur tout le territoire, au nom d’un certain équilibre politique, invention des partenaires historiques et signataires des Accords de Matignon que sont l’Etat, le RPCR et le FLNKS. Comme chacun sait, ces dernières sont des radios politiques, très engagées au service de causes bien comprises et qui sont leur raison d’être : Radio Djiido parle pour les indépendantistes, RRB, en théorie, parle pour les non-indépendantistes - dans la réalité RRB ne s’exprime qu’au nom du seul Rassemblement UMP- elles sont leur voix, et, notamment RRB, elles le font souvent avec beaucoup de professionnalisme.

Mais pourquoi d’autres voix ne pourraient-elles pas se faire entendre ? S’agit-il d’un manque de moyens ?

C’est un des arguments régulièrement avancés. Qu’en est-il réellement? Les ressources des radios privées proviennent essentiellement de la publicité et des subventions. D’après une étude, le gisement publicitaire représenterait 2 milliards de Francs CFP mais seuls 200 millions participeraient au financement des radios. Il y aurait donc de la marge. Pourquoi cette manne n’est-elle pas davantage sollicitée? Les institutions publiques sont en fait les principaux soutiens des radios privées. Ce qui n’est pas sans conséquence. Suivant la règle du « qui paie commande », on peut facilement imaginer les dérives et les abus qui me font dire, qu’en plus de la nécessaire pluralité de l’information, il faudra aussi moraliser le système de financement des radios pour qu’il y ait plus d’équité.

Lors d’un débat au Congrès, j’avais souhaité que la Chambre Territoriale des Comptes, dans le cadre de ses missions de contrôle de l’utilisation de l’argent public, regarde de plus près les radios qui en bénéficient. Forts du rapport qui sera établi par cette juridiction, et de tous ceux qui existent déjà, les décideurs institutionnels pourraient prendre les mesures adéquates. Le Congrès pourrait ainsi décider la prise en charge des frais de transport par TDF ou par l’OPT du signal radio sur l’ensemble du territoire. C’est un poste de dépense très lourd dans les budgets des radios. Le Congrès pourrait aussi adopter des mesures incitatives pour que les annonceurs participent davantage par la publicité au financement des radios.

Le constat que je viens de faire sur les radios vaut aussi pour la presse écrite. Il n’est pas normal qu’un seul quotidien informe les calédoniens. La pluralité médiatique est-elle un luxe? Finalement, la question est simple. Sommes-nous des Citoyens français à part entière ?

Je dis « OUI ». Il faut alors rendre possible l’exercice des droits, et des devoirs, que cela implique ! Car la liberté d’expression ne doit pas seulement être invoquée, elle doit s’exercer !

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