le blog de Simon Loueckhote

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Intrusion en terre papoue

Publié le 9 Août 2009 par Loueckhote Simon in Divers

L'émission "En Terre inconnue" relatant le voyage de Zazie en pays Papou dans sa partie occidentale m'a fait revivre la magie d'une inoubliable aventure.

1986, la Nouvelle-Calédonie est le théâtre d'évènements douloureux.
Une insurrection des indépendantistes déstabilise l'archipel.
Le FLNKS né, 2 ans auparavant, obtient le soutien de tous les pays de l'arc mélanésien mais également de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande. Il est régulièrement invité à l'ONU où il peut s'exprimer. Ce soutien est diversement apprécié des autres  pays de la région Pacifique notamment ceux de l'espace polynésien et micronésien.
Seuls la Polynésie Française et Wallis et Futuna, les deux autres collectivités françaises ne soutiendront pas le mouvement séparatiste calédonien.

Moins nombreux au sein de la principale organisation politique de la région, le FORUM (l'ONU local), les pays de l'arc mélanésien s'organisent pour peser dans toutes les grandes décisions. Ainsi naît le groupe du "Fer de lance".

C'était à Goroka, ville principale de la Province du Nord de la Papouasie Nouvelle-Guinée que les chefs de Gouvernement, de ce pays, des Iles Salomon, des Îles Fidji et le Ministre des Affaires Etrangères du Vanuatu se réunissent pour la première fois, pour donner naissance au groupe "Fer de lance".
Le Premier Ministre de la Papouasie, Pays hôte, pour marquer tout l'intérêt qu'il porte au FLNKS et à l'évolution de la Nouvelle-Calédonie, invite à cette première, des leaders calédoniens (mélanésiens de préférence) représentant chacune des principales tendances politiques du pays, pour s'y exprimer.

Feu Yann Céléné UREGUEÏ, Ministre des Affaires Etrangères du Gouvernement provisoire de Kanaky et Dick UKEIWE, Sénateur de la République Française et Président du Congrès du Territoire se rendent à cette invitation.
J'ai eu l'immense chance d'accompagner Dick et ainsi assister à la naissance non sans douleur  du "Fer de lance".

Lors du dîner officiel offert en l'honneur des différentes délégations, j'ai eu le plaisir d'être le voisin  de table d'un australien, propriétaire d'une compagnie d'hélicoptère dans la région. Mon anglais et ma curiosité naturelle aidant, nous avons très vite sympathisé. Il me proposa de découvrir le pays par les airs.
Le lendemain matin, je me présente avec notre interprète sur le petit aérodrome et pour la première fois de ma vie je vais monter dans un hélicoptère.

Décollage sans radio avec aux commandes, mon ami australien, pour une destination seule connue de lui.

Tout au long des 30 à 45 minutes de vol, il n'a cessé de nous répéter la conduite à tenir lors de la rencontre impromptue à laquelle nous nous rendions.

L'alouette s'enfonce en se posant, dans 50 centimètres d'herbes d'une clairière en plein milieu  de nulle part.

A peine les rotors de l'appareil s'étaient-ils arrêtés et que nous en sortions, que soudain apparurent des petits hommes à peine plus haut que les herbes.
Je dois dire que la surprise fût à la hauteur de la peur qui me prit à cet instant précis.
Des têtes bardées de peinture de guerre, certaines ornées d'os plantées dans le nez ou dans les oreilles, d'autres recouvertes d'une épaisse couche de terre se sont dangereusement approchées de nous en glissant sur le lit d'herbes en fleur. La peur est max.

Puis un sentiment confus ne m'a plus permis de m'attarder sur le sort de l’interprète et du pilote. Seuls les conseils de ce dernier résonnaient dans mes oreilles: pas de gestes brusques, pas d'expression extérieure de peur, rester calme comme si de rien n'était (facile à dire)... surtout lorsque certains se sont approchés de moi  et m'ont griffé me marquant la peau d'une profonde entaille avec l'os  qui leur sert d'ongle ou encore lorsque l'un d'entre eux s'est intéressé à la montre de mon père décédé en 1978 et que j'ai gardée en souvenir de lui. Le bracelet de celle-ci, élastique et couleur argentée, lui rappelait certainement quelque chose.

Je ne sais pas combien de temps, cette rencontre a duré. Elle me parut interminable, une éternité.
Nos hôtes disparurent comme ils vinrent à nous, en silence, très discrètement et même mystérieusement.

Sur le chemin du retour, j'étais partagé entre le risque et l'extraordinaire de ce que je venais de vivre. J'en oubliais même de remercier mon ami.

Je me pose encore des questions aujourd’hui :

  • s’ils nous avaient tués, nous auraient-ils mangés ?
  • est-ce que comme moi qui adore les têtes de poisson, ils se seraient disputés pour la mienne ?
  • comment et combien de temps après, notre disparition aurait-elle été constatée à Goroka ?
  • des recherches auraient-elles effectuées et par qui ?
  • la France comme elle le fait aujourd’hui, se serait-elle mobilisée pour retrouver deux valeureux et non moins patriotes français perdus dans cette région hostile du monde ?
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