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le blog de Simon Loueckhote

Une fenêtre sur la Nouvelle-Calédonie : politique, santé, social, éducation, francophonie, économie

Quelle fonction publique pour la Nouvelle-Calédonie?

Publié le 10 Août 2009 par Loueckhote Simon in Fonction publique

Chargé du secteur de la fonction publique, de l’amélioration de la qualité du service public et de la simplification administrative au sein du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie depuis le 15 juin 2009, je découvre après quelques semaines de rencontre et d’écoute ce qu’est la fonction publique plus connue par le plus grand nombre sous le nom de : l’administration.

Je dois d’abord expliquer pour la bonne compréhension de tous que cette responsabilité m’est échue non pas parce que je l’ai demandée mais bien parce que personne de mes collègues, nous sommes 11 membres du Gouvernement, n’en voulait.
Pourquoi ? Ce secteur est hautement sensible, politiquement risqué et physiquement usant. Mes prédécesseurs à ce poste en ont gardé un très mauvais souvenir.
Ce que je vais tenter de développer ci-dessous permettra de mieux comprendre.

Qu’est-ce que la fonction publique ?
C’est l’ensemble des agents qui travaillent dans les services publics.
Ce sont donc toutes les personnes quelque soit leur statut, fonctionnaire, contractuel ou relevant de la convention collective qui travaillent pour la Nouvelle-Calédonie, les Provinces, les Communes mais également leurs Etablissements Publics (OPT, CHT, CHS, CHN, etc.…).
Ils sont environ 9000. Ils jouent un rôle important dans la vie politique, administrative et économique du pays.
Dans toutes les démocraties et en France en particulier, la fonction publique occupe une place particulière dans les priorités de tous les gouvernements. Influente sur le plan électoral, disposant d’une capacité de nuisance et de blocage non négligeable, elle bénéficie d’une attention particulière.
La Nouvelle-Calédonie l’a vécu à ses dépends. En Novembre 2008, le Congrès sous la contrainte, a dû accéder à des revendications statutaires et indemnitaires de plusieurs syndicats sans nécessairement connaître les conséquences notamment financières de ses décisions. Nous mesurons de plus en plus, aujourd’hui, les effets des avantages qui ont été accordés, il y a 10 mois.
Pour beaucoup de collectivités, communales notamment, les conséquences sont dramatiques. Leurs capacités d’investissement diminuent et elles font toutes valoir l’absolue nécessité pour elles de disposer de marge de manœuvres.
De plus, elles doivent rembourser à la Nouvelle-Calédonie un trop perçu de dotations qu’elles ont déjà dépensées. Elles ne sont certes pas obligées de donner les mêmes avantages à leurs agents mais ces derniers relèvent l’iniquité de traitement entre eux-mêmes et les autres agents de mêmes corps mais exerçant pour une autre collectivité. Les Communes se tournent tout naturellement vers la Nouvelle-Calédonie pour demander davantage de moyens afin de satisfaire cette nouvelle obligation que le Congrès a créée.
Mais la Nouvelle-Calédonie n’a pas les moyens. Ma qualité de Sénateur va m’aider dans l’appréciation de ma tâche. La France est confrontée au même problème. Elle ne peut plus donner satisfaction à toutes les demandes des syndicats, toutes aussi légitimes les unes que les autres. Et je suis bien placé pour savoir que la crise qui touche la France est bien plus profonde qu’elle n’y paraît. On comprend mieux ainsi toute la difficulté de l'exercice.
Comment continuer à dire OUI sachant que nous ne pourrons pas honorer?
Comment dire NON sans provoquer de mouvements de contestation? Et pourtant, il y a urgence à nous préoccuper sérieusement de l'évolution de la fonction publique.
Je m'étonne d'ailleurs qu'elle ait été peu évoquée par les groupes de travail de « NC 2025 ». Compte tenu de son poids économique, 45 Milliards de masse salariale, elle est à elle seule un sujet majeur de réflexion qui auraient dû retenir toute l'attention des initiateurs de « NC 2025 ». Dans mes attributions au Gouvernement, je suis aussi en charge du suivi du schéma de développement de la Nouvelle-Calédonie, c'est à dire « NC 2025 ». Heureuse opportunité, j'initierai une large réflexion sur ce que doit être la fonction publique calédonienne à l'instar de ce qui s'est fait pour « NC 2025 ».
Dans l'immédiat et devant l'inflation des demandes d'évolution statutaire et des régimes indemnitaires, j'ai suggéré au Gouvernement que nous fassions une pause.
Lors de premières rencontres avec quelques organisations syndicales, j'ai manifesté auprès d'elles quelques inquiétudes quant à l'évolution de ce secteur notamment pour ce qu'elle représente comme charge financière pour les collectivités. Je leur ai proposé de marquer une pause et de mettre à profit les quelques mois qui nous séparent de la fin de l'année pour élaborer ensemble une stratégie et une méthode pour déterminer ce que doit être une fonction publique moderne et adaptée à la nouvelle donne économique. Car, l'évolution de notre fonction publique doit aller de paire avec les évolutions du pays.
Comme je l'ai expliqué plus haut, elle est au service des collectivités donc des citoyens. Il est important que nous nous posions quelques questions:
Que sera la Nouvelle-Calédonie en 2014, 2018 ou en 2025? Les collectivités calédoniennes pourront-elles faire face à l'évolution de leur fonction publique? Une fonction publique pour quoi faire? Quel service pourra-t-elle apporter au développement de la Nouvelle-Calédonie? Ne pas se poser ces questions constitue une faute de gestion et de prévision pour l'avenir.
Avant de revenir vers le Gouvernement puis les syndicats et les employeurs publics, il convient de définir une méthodologie, une stratégie, un calendrier et des objectifs. J'ai donc décidé de confier cette tâche à un « groupe projet ». Le groupe me rendra sa copie dans trois semaines. Je souhaite faire participer le plus grand nombre de personnes possibles. Les agents publics seront bien évidemment les premiers concernés, du cantonnier de la Commune de Ouégoa au receveur de l'OPT d'Ouvéa en passant par l'instituteur de l'Ecole Publique de Canala.
Je sais que l'exigence que je me suis assigné en ouvrant ce vaste chantier m'en coûtera. Mais n'est-ce pas le prix à payer pour qui croit et aime son travail et son pays?
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lys 15/08/2009 09:07

Merci pour cet article très intéressant et qui donne à penser. Je découvre votre blog aujourd'hui et je tâcherai de le suivre régulièrement.Les jeunes sont souvent laissés à l'écart de la vie politique du pays et pour cause ils ne s'y intéressent pas vraiment. Je tenterai dès lors de me questionner sur l'actualité et au travers de votre blog d'analyser les évènements qui se déroulent sur notre beau Caillou.Bonne continuation.