le blog de Simon Loueckhote

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Crise ouverte au Rassemblement-UMP

Publié le 1 Novembre 2006 par loueckhote simon in Politique

Alors que Simon Loueckhote vient de rejoindre le RPC de Jacques Lafleur, quelques élus du Rassemblement-UMP envisagent la possibilité de se constituer en groupe autonome au sein des institutions.
Qu’il s’agisse d’une fracture ouverte ou d’un simple hoquet de la rénovation, le Rassemblement est en crise
et pourrait bien ouvrir une voie royale à l’Avenir ensemble pour les élections de l’année prochaine.

Battu par Gaël Yanno aux primaires du Rassemblement-UMP voici quinze jours, démissionnaire le lendemain de ses fonctions de secrétaire général du parti, Pierre Maresca ne décolère pas. Officiellement, pas un mot. Il craint, en s’exprimant, de passer pour un mauvais perdant. Mais ses amis ne se privent pas de parler pour lui. Il a été « volé » par trop de procurations dans un « scrutin truqué », affirment-ils. Il a été « trahi » par le président de son parti qui a mis la machine Rassemblement au service de son concurrent, ajoutent-ils. Bref, la cassure est « irréversible » et Pierre Maresca, s’il dément toute velléité de rejoindre le RPC de Jacques Lafleur et Simon Loueckhote, envisage de réunir quelques déçus du parti de Pierre Frogier et de constituer un groupe autonome au Congrès et à la Province sud. Histoire d’exister, politiquement et administrativement, jusqu’aux échéances de 2007. Et d’aviser à ce moment en fonction de ce que diront les urnes. D’ailleurs, parce qu’il ne se sent pas « engagé » par le résultat d’une élection primaire qu’il conteste, Pierre Maresca a fait savoir qu’il se réserve la possibilité d’être tout de même candidat aux législatives. Bref, c’est la crise.

Bretegnier « perplexe »

Pierre Bretegnier, lui, parle à visage découvert. Est-il partant, dans le sillage de Pierre Maresca ? « On ne sait pas, répond-il. On a pris un peu de distance pour essayer de réfléchir à l’avenir. Il est tentant d’essayer de reconstruire ce qui a été le grand Rassemblement. Tout le monde le souhaite, mais c’est le contraire qui se passe : exit Lafleur, exit Loueckhote, Maresca sur la touche. Moi, je suis perplexe et je m’interroge, comme s’interrogent Lèques et Guillemard qui se demandent si l’on ne va pas passer par les procurations des militants pour les éliminer des municipales. C’est sûr, il faut que ça s’arrête. »
Pierre Frogier, estime Pierre Bretegnier, a fait tout seul « deux grosses erreurs. La première, de ne pas se présenter dans la 1re circonscription, la deuxième, de favoriser Yanno pour écarter Maresca, alors que Maresca pouvait ratisser large et rassembler sur son nom la communauté métropolitaine, les pieds noirs, les voix des Océaniens et même celles du Front national au 2e tour. Ces deux erreurs risquent de conduire à deux défaites dans les deux circonscriptions, et à l’effondrement du Rassemblement. Qui sera là, alors, pour nous sortir des cendres ? »

« Implosion nécessaire »

Reste que constituer un nouveau groupe dissident du Rassemblement serait prendre la responsabilité d’ajouter une énième division au sein d’un parti hémorragique. « Faudrait tout de même pas confondre victimes et bourreaux », fait-on remarquer côté Maresca. « Constituer un groupe n’est pas une fin en soi, observe de son côté Pierre Bretegnier. Ce qui compte, c’est de savoir ce que l’on veut faire à la fin. Partir, ça sert à quoi, sans un programme politique et un programme d’action ? »
Question d’équilibre, entre l’envie de montrer qu’on n’est pas content (c’est fait) et celle de ne pas aller trop loin dans la rupture, parce que « le problème des scissions, c’est la recomposition. »
C’est un peu ce que dit aussi Marianne Devaux, qui n’envisage pas non plus de rejoindre le RPC. Pour elle, les dissensions d’aujourd’hui ne sont pas nouvelles. « Le camp loyaliste, dit-elle, n’a toujours pas appris à fonctionner sans un personnage aussi charismatique que Jacques Lafleur. Personne ne semble vraiment à la hauteur et des groupes se forment, des gens se cherchent. Alors je ne dis pas qu’il faut retourner avec Jacques Lafleur, sûrement pas, mais je pense que cette période d’implosion est peut-être une étape obligée pour reconstruire un parti loyaliste fort et capable de gouverner en 2009. L’important, c’est ce qui peut nous rassembler. Si nous pouvons nous mettre d’accord sur l’essentiel, nous pourrions alors travailler ou retravailler ensemble. »
Pierre Maresca dément tout départ vers le RPC mais n’exclut pas pour autant d’être candidat aux législatives. Pierre Frogier : « Personne n’arrêtera le Rassemblement dans son mouvement de reconstruction. »

Pierre Frogier : « Personne n’arrêtera la reconstruction »

Que Simon Loueckhote, qui a renouvelé sa cotisation au Rassemblement le 13 octobre, ait rejoint Jacques Lafleur et veuille -un peu vite- récupérer les déçus des primaires ne surprend pas Pierre Frogier. « C’était annoncé depuis longtemps, remarque-t-il. L’objectif est de détruire le Rassemblement. Cela relève de la manœuvre plus que de la politique. » Pour Pierre Frogier, « la machine Rassemblement fonctionne parfaitement », et la « démocratie interne » mise en œuvre pour les primaires a été « transparente. » Aucune triche, assure-t-il. Aucune « escouade de porteurs de valises sillonnant la Brousse pour collecter les procurations vierges. » Seulement le libre choix des militants d’un parti en train de changer sur la voie de la rénovation, avec de nouveaux adhérents qui ne se reconnaissent plus dans les méthodes et dans les hommes du passé, y compris dans des élus qui sont ceux d’une liste composée en 2004 par Jacques Lafleur... Il n’y a plus de langage unique, l’amitié ne prime plus sur la politique, rappelle Pierre Frogier. « J’ai souhaité que ce soit ainsi. C’est plus difficile, mais c’est sans doute plus porteur pour l’avenir. » Si des piliers comme Pierre Maresca et Pierre Bretegnier devaient s’en aller, considère Pierre Frogier, « ce serait dommage et je le regretterais profondément. » Mais, ajoute-t-il, « personne n’arrêtera le Rassemblement dans son mouvement de reconstruction. Il est impératif pour rebâtir et affronter les échéances majeures qui arrivent. J’ai été élu pour cela, jusqu’à l’année prochaine. »


Déperdition

Dans sa déperdition en hommes, l’histoire du Rassemblement finit par rencontrer celle de l’Union calédonienne, celle d’un grand parti souffrant d’hémorragie, et dont les divisions conduisent à des groupes distincts dans les institutions. Il y a longtemps déjà que sont partis, ou qu’ont été chassés, Bernard Marant, Dick Ukeiwé, Maurice Nénou, Didier Leroux ou Robert Frouin. Plus récemment, c’est Harold Martin qui a ouvert la fronde contre le Rassemblement de Jacques Lafleur, à l’occasion des municipales de 2001. A suivi Marie-Noëlle Thémereau, pour protester contre l’unité de commandement de la Maison bleue. Perdus aussi, pour les provinciales de 2004, Philippe Gomès, Philippe Michel, Eric Babin, Eliane Ixeco, Réginald Bernut. Perdue encore Suzie Vigouroux, probablement pour une simple bêtise. Puis Jacques Lafleur lui-même, et Françoise Sagnet, et Simon Loueckhote. À qui le tour ? Pierre Maresca sûrement. Pierre Bretegnier peut-être. Jean Lèques , interrogé hier, s’est refusé à tout commentaire.


Strike...

Un strike, au bowling, c’est quand une seule boule abat toutes les quilles. C’est ce que l’Avenir ensemble attend des législatives... pour le Rassemblement. Pierre Frogier, dans la 2e circonscription, n’a pas choisi la voie facile face à Harold Martin, peut-être Paul Néaoutyine et un candidat RPC annoncé par Simon Loueckhote comme « surprenant. » Gaël Yanno, dans la 1re, aura aussi du mal puisqu’il devra partager l’électorat traditionnel du Rassemblement avec un candidat RPC et peut-être Pierre Maresca. Or, on l’a vu après mai 2004, la défaite fait imploser les partis, alors que la colle du pouvoir cimente les coalitions. Deux fois battu, et avec Pierre Frogier démissionnaire de la présidence si ce devait être le cas, le Rassemblement aurait bien du mal à s’en remettre. Strike pour l’Avenir ensemble. Les divisions d’aujourd’hui chez les frères ennemis semblent lui ouvrir une voie royale, à condition qu’elle-même évite les divisions internes. La visite de François Bayrou, cette semaine, va donner le ton.


Henri Lepot
Source : les Nouvelles-Calédoniennes / Politique
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