le blog de Simon Loueckhote

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[Suite] ALLOCUTION

Publié le 17 Janvier 2007 par Loueckhote Simon in Politique

 

Je suggère, en outre, que soient admises à participer au scrutin les personnes qui, à la date de cette consultation, disposent du droit de vote aux élections des membres du Congrès de la Nouvelle-Calédonie et des provinces. 

Le second argument qui est fréquemment utilisé, est le respect de la parole du Chef de l'Etat, suite à sa visite en Nouvelle-Calédonie, en 2003.

J'ai entendu, tout comme beaucoup de nos compatriotes présents ce jour là, à «  la Place des cocotiers », que le Président de la République a pris l'engagement de régler cette question avant la fin de son mandat mais je ne me souviens pas qu'il ait à cette époque, préjugé de son issue puisqu'il s'agissait d'obtenir l'assentiment des différentes parties concernées.

Ainsi et dans le contexte du nouveau paysage politique créé par les élections de 2004, il appartenait à l'Etat de réintroduire les conditions du dialogue entre les signataires, pour retrouver la voie du consensus, sur cette question.

Cette voie n'a pas été privilégiée, nous le regrettons vivement, car il était nécessaire de revenir à la table des négociations.

On nous présente enfin, cette nouvelle restriction apportée au corps électoral pour les élections locales, en Nouvelle-Calédonie, comme la condition du maintien de la paix , sur notre territoire.

Permettez-moi de dire que c'est une vision à très court terme, qui est davantage dictée par les prochaines échéances électorales nationales et on peut le comprendre, que par la réalité calédonienne.

Je considère, au contraire, que le gel du corps électoral à l'année 1998 va créer une fracture dans la société calédonienne, qui porte en elle les germes du retour au conflit.  

Nous en mesurerons d'ailleurs très vite les conséquences et, en particulier, au moment de l'organisation des consultations d'autodétermination prévues par l'Accord de Nouméa.

L'urgence qui accompagne l'examen de ce projet de loi constitutionnelle, présenté comme un règlement définitif de la question du corps électoral en Nouvelle-Calédonie, vous a sans doute fait oublier, mes chers collègues, que vos compatriotes calédoniens vivent une période de transition.

Le titre XIII de la Constitution , qui lui est spécifiquement consacré s'intitule précisément « dispositions transitoires relatives à la Nouvelle-Calédonie  » et ni l'Accord de Nouméa ni la loi organique de 1999, qui en a résulté, ne permettent de déterminer de manière définitive le régime futur de notre archipel.

Les Calédoniens pourront, à partir de 2014, être confrontés au choix de leur maintien ou non dans la République.

Cette nouvelle restriction imposée au corps électoral nous conduit par conséquent à nous interroger sur les perspectives d'avenir pour la Nouvelle-Calédonie , en tenant compte de ses particularismes, de ses identités plurielles et de sa culture en émergence.

Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou ont eu la force et le courage de ramener la paix civile en Nouvelle-Calédonie, en 1988.

On oublie trop souvent qu'au-delà de leurs divergences politiques, ils ont, l'un et l'autre, constamment été animés par la même détermination : inclure et intégrer dans l'évolution de la société, toutes les communautés de Nouvelle-Calédonie et, en particulier, la communauté mélanésienne.

Nous avons reconnu, en 1998, la place essentielle qu'elle doit occuper dans la communauté humaine de Nouvelle-Calédonie, qui a affirmé, par l'approbation massive de l'Accord de Nouméa, son destin commun .

Sur un plan politique, c'est précisément le sens de la provincialisation, qui est à la fois la clé de voûte et la grande réussite des Accords de Matignon.

Le dispositif de rééquilibrage économique et social, qui en était le corollaire, n'a pas été pleinement efficace. Nous avons très vite mesuré la complexité de ce processus et la difficulté à corriger, en quelques années, un déséquilibre qui s'est installé pendant plusieurs décennies.

En outre, aujourd'hui, la Nouvelle-Calédonie ne peut plus vivre en marge du phénomène de la mondialisation. Les grands projets miniers en sont une illustration frappante.

En effet, la mondialisation affecte les personnes jusque dans les tribus, on ne peut ignorer le phénomène. La mondialisation extrait aussi, du monde rural calédonien, une partie de ses forces vives, les jeunes qui veulent accéder à l'emploi salarié, à l'existence urbaine, à la modernité. Les statistiques sont là pour nous le démontrer.

En parallèle à ce phénomène, les valeurs fondamentales mélanésiennes, que sont notamment la solidarité, le partage et l'hospitalité, se doivent d'être affirmées, affichées, proclamées.

Ces valeurs sont d'essence sociale car tout dans l'existence du Mélanésien relève de cette sphère du vécu quotidien.

Toutes les aspirations individuelles vont dans ce sens pour le bénéfice de la communauté, celui de la cohésion du tissu social qui prime sur le reste.

La philosophie kanak s'articule autour des concepts d'équilibre, de respect et d'unité.

Le politique, l'économique sont au service du social et non l'inverse. « On ne laisse personne sur le bord de la route » comme l'indique un dicton kanak.

Pourtant, dans l'esprit de certains , pour lesquels tout processus évolutif s'arrête à l'Accord de Nouméa de 1998, il convient en fait de laisser le pays divisé, fracturé, éclaté.

Cela relève-t-il de l'éthique mélanésienne dont je viens de vous rappeler les fondements ? Non, bien au contraire.

Le Kanak que je suis, ne peut pas et ne veut pas exclure, dans la mesure où toute exclusion est un vecteur de déséquilibre, de déchirure et de blessure .

La société kanak ne peut pas vivre repliée sur elle-même, parce qu'elle est basée sur une philosophie d'inclusion et non d'exclusion et qu'elle a, de tout temps, été exposée à l'apport de populations extérieures.

Peut-on aujourd'hui prétendre qu'elle a perdu son identité, dans ce processus ? Bien au contraire !

L'arrivée de population extérieure a toujours été considérée par les plus faibles, comme une source de déséquilibre entre les communautés et elle continue à alimenter la crainte d'une perte du pouvoir.

Pour autant, nos partenaires ont reconnu eux aussi, que «  les communautés qui vivent sur le territoire ont acquis par leur participation à l'édification de la Nouvelle-Calédonie , une légitimité à y vivre et à continuer de contribuer à son développement. Elles sont indispensables à son équilibre social et au fonctionnement de son économie et de ses institutions sociales.  »

Je n'ai fait, mes chers collègues, que citer l'Accord de Nouméa.

Tout le monde est convaincu que le développement de la société calédonienne ne peut se faire sans le recours à des capitaux et à des forces humaines venant de l'extérieur.

Est-il par conséquent concevable d'envisager, sur le long terme, la privation définitive du droit de vote comme une réponse satisfaisante à la modification des équilibres au sein de la société, qui est de toute façon inéluctable  ?

Si l'on songe que l'issue de la période de l'Accord de Nouméa sera vraisemblablement comprise entre l'année 2018 et l'année 2022, ce projet de loi constitutionnelle aura pour effet de priver de droit de vote, des personnes, qui sont arrivées tout juste après 1998, pendant plus de 20 ans.

Il est indispensable de s'interroger sur le sort réservé à cette frange de la population qui aura fait le choix de vivre, de travailler, d'investir en Nouvelle-Calédonie, pendant deux décennies.

Si ces personnes ont trouvé leur place et jouent un rôle socialement, économiquement, pourquoi n'en serait-il pas ainsi politiquement ?

L'un des grands principes républicains porte sur le suffrage universel et c'est ce principe fondamental qui préconise l'équilibre citoyen.

Je propose, par conséquent, par voie d'amendement à ce projet de texte, d'y revenir pour l'ensemble de la Nouvelle-Calédonie , si au terme du processus d'autodétermination, les populations intéressées refusent l'indépendance.

Il me paraît, en effet, indispensable de souligner que cette révision de la Constitution s'inscrit dans un cadre transitoire, celui de l'Accord de Nouméa.

Prévoir le retour au suffrage universel n'exclut pas que toutes les solutions soient examinées pour le maintien d'un équilibre, dans le nouveau contexte de la sortie de l'Accord de Nouméa et que des négociations soient menées sur les conditions de maintien de cet équilibre.

Mes chers collègues, j'ai eu, en 1998, après m'être exprimé de cette tribune, sur l'Accord de Nouméa, la satisfaction d'obtenir votre soutien.

Aujourd'hui, j'ai encore l'espoir de vous convaincre de la justesse de mon analyse, bien que l'enjeu de l'adoption de ce projet de loi constitutionnelle dépasse les intérêts de la Nouvelle-Calédonie .

Je voudrais évoquer, un instant, la parole de « nos Vieux ». Nous témoignons en effet beaucoup de respect vis-à-vis des personnes âgées en Océanie, que nous appelons avec affection les « Vieux ».

Tous ceux avec lesquels j'ai parlé, de cette philosophie d'inclusion, ont tous regretté que l'on renie ces principes de base de l'existence de l'Homme.

Ce sont des principes humanistes que tous partagent, ce sont aussi des valeurs religieuses chrétiennes qui, chez nous, possèdent encore toute leur importance.

Les Vieux disent que la sérénité et la paix sociale sortent renforcées lorsque nos valeurs coutumières sont maintenues en avant et je n'ai aucun doute sur le fait que nous sommes très nombreux, en Nouvelle-Calédonie à partager ce point de vue, bien au-delà des clivages politiques.

Le gel du corps électoral, objet du projet de loi constitutionnelle qui nous est soumis aujourd'hui, porte en lui les germes de fractures sociales et de conflits, dans une société qui est en devenir.

Je terminerai mon propos par une célèbre citation du Général De GAULLE, datant du 4 septembre 1966, lorsqu'il est venu à Nouméa. Les documents de l'époque témoignent qu'il y a été reçu, dans une immense joie, par une foule représentant toute la communauté humaine de Nouvelle-Calédonie . Cette citation a d'ailleurs été reprise, par le Président Jacques CHIRAC, en 2003, lors de sa visite sur « le caillou ».

S'adressant aux Calédoniens, le Général De GAULLE a dit : « Vous devez être, pour toute la Communauté nationale, un exemple d'effort, de fraternité et de progrès. »

Sachez, mes chers collègues, que pour vos compatriotes de Nouvelle-Calédonie, cette exhortation a encore et plus que jamais, tout son sens.

Je vous remercie.

 

 

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