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Déclaration en séance du Congrès de la Nouvelle-Calédonie, le 12 décembre 2007

Publié le 17 Décembre 2007 par Loueckhote Simon in Politique

  
Les derniers chiffres disponibles relatifs au PIB de la Nouvelle-Calédonie par habitant situent notre territoire en tête des pays de la zone, avec 2,3 Millions de F.CFP, c'est-à-dire après l’Australie et devant la Polynésie française et la Nouvelle-Zélande.
 
Nous pouvons certes nous réjouir de la vitalité de notre économie, que traduit la prévision d’augmentation des recettes fiscales pour l’exercice 2008, dont vont bénéficier l’ensemble des collectivités.
 
Ce constat ne doit cependant pas nous rendre exagérément optimistes.
Nous savons en effet que l’économie calédonienne continue d’être dopée par l’activité Nickel et par la Construction. Cela signifie que nous persistons dans la tendance d’un développement économique essentiellement axé sur le Nickel, qui nous rend vulnérables.
 
Je rappelle d’ailleurs que l’agriculture, qui comprend la pêche et l’aquaculture ne représente qu’une petite part de la valeur ajoutée de l’économie calédonienne, soit moins de 2 %.
 
Parallèlement à cette absence de diversification, nous avons des coûts de production qui sont une entrave à notre compétitivité, à l’égard de nos voisins immédiats comme du reste du Monde.
La faiblesse et l’irrégularité de nos échanges commerciaux avec nos voisins sont un véritable handicap.
 
Ce cloisonnement dans lequel nous évoluons paraît totalement dépassé, dans le contexte de la mondialisation.
 
En outre le coût de la vie demeure très élevé en Nouvelle-Calédonie.
 
Les poussées inflationnistes que nous avons connues en 2005 et au début de l’année 2006 ont conduit, comme vous le savez, près de 15 000 personnes, au titre d’une intersyndicale, à manifester, en avril 2006, dans les rues de Nouméa pour réclamer au Gouvernement des mesures de maintien de leur pouvoir d’achat.
 
Le Gouvernement a mis en place un certain nombre d’outils pour contenir l’inflation, qui avait atteint le chiffre record de 2,5 %, en 2005.
 
Le Gouvernement a porté son attention sur les produits alimentaires, en choisissant le rétablissement du contrôle des prix de vente et des marges et nous a proposé d’adopter une loi du pays exonérant des produits de première nécessité et certains légumes des droits de douane et des taxes à l’importation.
 
Face à la hausse des loyers, il a aussi proposé de créer un nouvel indice de révision des loyers, qui sera appliqué à compter du 1er janvier 2008.
 
Certes, ces quelques mesures ont permis de limiter les dégâts en 2006, où l’inflation globale a été contenue à 1,4 %.
 
Cependant, dans le même temps, les Calédoniens ont subi une hausse de 5,4% des prix de l’électricité, et de 10,7 % pour le gaz et de 3,7 % pour l’eau.
 
La hausse des prix de l’électricité en 2006, est d’ailleurs largement supérieure à l’évolution que nous avons connue les années précédentes et la réforme, qui est en préparation, n’a pas manifestement pour objectif de réduire le prix de l’électricité pour les particuliers.
 
La Nouvelle-Calédonie, pour réduire sa dépendance   énergétique et permettre    aux Calédoniens   une maîtrise de leurs dépenses en matière d'énergie, doit prendre des mesures afin de   favoriser le développement des installations photovoltaïques.

C'est pourquoi, je demande qu'un arrêté fixant les conditions de rachat par les distributeurs de l'électricité produite par les installations photovoltaïques soit proposé rapidement au Congrès, par le Gouvernement.

Cet arrêté permettra à l'instar de ce que nous pouvons constater dans le monde, en Europe et en particulier dans les collectivités d’outre-mer, un vrai développement d'une nouvelle filière dans le domaine de l'énergie électrique.

Enfin, une telle décision  permettra aux Calédoniens de voir à terme une maîtrise des coûts de l'énergie et de surcroît permettra la création d'emplois nouveaux pour les jeunes de notre pays.

En effet et j'insiste, la Nouvelle-Calédonie a besoin d'une réelle volonté de développer les énergies renouvelables et doit définir une politique claire et volontariste dans ce domaine.

S’agissant des prix des carburants, qui fluctuent désormais en fonction des cours mondiaux, puisque vous en avez décidé ainsi, la hausse a été de 3,8 % en 2006 et soyons certains qu’avec la flambée des cours du baril, en 2007, l’augmentation des prix sera beaucoup plus élevée, cette année.
 
Il ne fait donc aucun doute que le pouvoir d’achat des Calédoniens, qui dépend de l’évolution de l’inflation, des revenus et aussi du poids des produits dans la consommation, continue de se dégrader, car vous n’ignorez pas la part que prennent dans le budget des ménages, des postes de dépenses comme le carburant, l’électricité, le gaz et l’eau.
 
Certains services apparaissent aussi comme pesant particulièrement sur les revenus des ménages les plus défavorisés et je pense notamment aux services bancaires ou au prix des télécommunications par téléphones mobiles.
 
Il n’apparaît pas que nous devions attendre des chiffres plus rassurants pour l’année 2007, d’autant que vous avez choisi de maintenir une TSS à 5%, ce qui va ponctionner un peu plus les revenus des Calédoniens et des plus défavorisés, en particulier.
 
Je suis tout à fait favorable à l’allocation de moyens spécifiques pour traiter dignement la question du handicap, en Nouvelle-Calédonie, mais cela doit faire l’objet d’une loi du pays spécifique qui affecte des ressources pérennes à la politique de prise en charge du handicap, de façon à ce que cette question ne soit pas rediscutée, chaque année, à l’occasion de l’examen du budget. Je considère d’ailleurs que cela doit faire partie des points à évoquer, lors de la prochaine réunion du Comité des signataires.
 
Pour revenir au problème de la vie chère, la période de croissance qui s’annonce avec la construction des deux usines de traitement du minerai de Nickel va s’accompagner d’une nouvelle poussée inflationniste, tous les spécialistes le disent.
 
Par conséquent, il devient urgent de se mobiliser face au problème de la dégradation du pouvoir d’achat des Calédoniens, avant qu’il ne soit trop tard.
 
Vous avez souhaité, Monsieur le Président du Gouvernement, au moment de votre prise de fonctions, que le dialogue social fasse partie des missions prioritaires de votre Gouvernement.
 
Je vous propose, pour l’année 2008, de donner un véritable élan à la lutte contre la vie chère, en commençant par en faire un nouveau portefeuille de votre Gouvernement et en mobilisant toutes les énergies, dans cet objectif.
 
Vous savez, par ailleurs, que l’expression très en vogue est d’organiser un Grenelle, dans les domaines visés par une volonté de réformer en profondeur. Le Président de la République nous a montré que c’est une méthode qui fait ses preuves, en Métropole et que le fait de mobiliser tous les acteurs et toutes les énergies est une démarche très productive.
 
Alors on peut appeler cette démarche un Grenelle du social ou tout autre formule qui vous conviendra. Mais je suis convaincu que nous devons tous nous atteler à cette tâche, que nous devons engager une réflexion commune, à laquelle devront participer les autorités locales, les opérateurs économiques, le patronat, les syndicats, les organisations de consommateurs.
 
Ce n’est qu’à ce prix que nous pourrons prendre des mesures efficaces en faveur du pouvoir d’achat et que nous éviterons l’aggravation des inégalités dans notre pays, dont nous connaissons tous les conséquences.
 
En conclusion, Monsieur le Président, je voterai ce budget, en souhaitant néanmoins que vous tiendrez compte de mes propositions.
 
               
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