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le blog de Simon Loueckhote

Une fenêtre sur la Nouvelle-Calédonie : politique, santé, social, éducation, francophonie, économie

J'ai fait mon deuil de notre lecture de l'Accord de Nouméa*

Publié le 4 Mars 2010 par Loueckhote Simon in Presse - Communiqués - Allocutions

Simon LOUECKHOTE estime que l’Etat partage les mêmes idées que les indépendantistes.

 

« Ministre » d’un gouvernement collégial qui tousse, le sénateur calédonien se confie sans utiliser trop la langue de bois. Vérités…

  

Les Infos : Lors de votre dernier déplacement en Métropole, vous vous êtes rendu au Grand Bornand, près du Mont-Blanc, le besoin de prendre un peu de hauteur ?

 

Simon LOUECKHOTE : (Rires) J’étais surtout avec mon fils qui voulait skier avec son copain, le fils du maire du Grand-Bornand qui est un ami. Nous avons fait l’Institut national des hautes études de la sécurité ensemble. Il est le directeur des relations institutionnelles du groupe Suez environnement, qui est devenu maire en 2008. Je le vois très régulièrement et c’est avec lui que nous avons décidé de faire cette petite escapade dans les montagnes.

 

Les Infos : Justement votre ami, M. Périssin-Fabert fait la une des régionales en Haute-Savoie depuis qu’il a décidé, alors qu’il est UMP, se s’allier avec le PS de Jean-Jacques Queyranne. Vous en pensez quoi ?

 

Cela n’entame en rien l’amitié que nous avons l’un pour l’autre, c’est sa façon de voir les choses, ce sont des considérations purement locales. Il n’a pas été accepté par l’UMP, alors qu’une offre lui a été faite par l’ancien ministre de l’Outre-mer, il y est donc allé au nom de l’ouverture et pour le plus grand bien, lui semble-t-il, du Grand-Bornand et de la région Rhône-Alpes.

 

La récente visite de Luc Chatel, vous en tirez quels enseignements ? Sans surprise ou véritablement utile ?

 

Elle était utile en ce sens que nous avions besoin que l’Etat précise un certain nombre de choses, notamment sur le transfert du secondaire. J’ai cru comprendre, par les engagements qui ont été annoncés ici par le ministre, que le gouvernement est tout à fait dans les clous des annonces déjà faites. J’espère que la va se poursuivre et se réaliser. Je n’ai pas du tout le sentiment qu’il y ait un couac entre les déclarations de Luc Chatel et les engagements pris par le gouvernement Fillon. Des précisions doivent encore être obtenues de part et d’autre, mais je crois que globalement, nous pouvons être satisfaits.

 

« S’attaquer aux régimes de retraite »

 

Les garanties financières et les assurances de l’Etat, ce n’est pas vraiment cela qui pose problème, mais bien l’après, lorsque la Nouvelle-Calédonie devra prendre en charge toutes les dépenses. Avez-vous des choses à dire sur le sujet ou partagez vous le stoïcisme d’une Sonia Backès ou d’un Luc Chatel ?

 

Je continue à être stoïque et il est évident que ce n’est pas un Luc Chatel qui peut lire dans le marc de café. Personne y compris Nicolas Sarkozy, ne peut dire ce qu’il adviendra. Qui sait ce que sera la France en 2014, en 2018 ou en 2025. Cela reste, c’est vrai, un gros point d’interrogation. Maintenant le gouvernement ne fait que mettre en œuvre des décisions que nous avons prises en commun. Mais comme d’autres, je m’interroge effectivement sur la capacité de la Nouvelle-Calédonie à assumer ces compétences.

 

Vous faites partie d’un gouvernement soumis à de nombreuses secousses collégiales. Quelle est votre appréciation de la situation ?

 

Il est vrai que nous sommes dans une situation difficile. En réalité, le problème de fond est un problème d’hommes, dans cette capacité pour chacun d’entre nous d’accepter le mode de fonctionnement de ce gouvernement. Le président du Conseil d’Etat nous disait encore qu’il est très surpris, dans le bon sens, de la façon dont les choses se passent ici. Certes il ne connait pas le détail, mais le mode de fonctionnement de notre exécutif, qui ressemble au fonctionnement du Conseil Européen, où toutes les décisions doivent être prises en collégialité, c’est très particulier. Lorsqu’on ne peut pas mettre en sourdine ses ambitions personnelles, son caractère, cela pose bien évidemment d’énormes problèmes.

 

La Fonction Publique, son dossier de la CLR, à l’heure de votre grande réflexion sur ces sujets, avez-vous l’impression de vous retrouver dans un secteur plus délicat que prévu ?

 

C’est extrêmement difficile, mais je dois dire que je ne m’attendais pas forcément à quelque chose, car je n’ai pas rêvé de la Fonction publique puisqu’on me la imposée. C’est aussi un véritable défi. Pour peu qu’on veuille s’impliquer à fond dans cette noble fonction, il y a matière à faire, car ce secteur touche de nombreux domaines, avec de nécessaires chantiers à ouvrir, comme celui des retraites. Il n’est pas normal que nous ayons plusieurs régimes des retraites. Il n’est pas normal que nous ayons plusieurs régimes de retraites qui continuent à entretenir les inégalités dans le pays, alors que nous affirmons tous la même volonté de combattre les inégalités.

Avoir des retraites à plusieurs niveaux et différentes en Nouvelle-Calédonie contribue à entretenir ces inégalités et l’une de mes ambitions c’est véritablement d’y mettre fin. Cela suppose donc l’ouverture d’un grand débat sur le sujet.

 

« Plus la peine de ferrailler »

 

La démarche des deux drapeaux de Pierre Frogier, vous y adhérez ?

 

Tous les calédoniens qui m’interrogent aujourd’hui sur la question, je leur recommande la lecture de ce que j’ai écrit et dit au lendemain du comité des signataires de 2007. Je rappelle que la lecture de l’Accord de Nouméa qui est aujourd’hui officielle n’a pas été la mienne et d’un certain nombre d’autres en Nouvelle-Calédonie pendant longtemps, jusqu’à ce que, en décembre 2007, François Fillon nous indique, notamment sur les transferts de compétence, qu’il fallait avoir la lecture des indépendantistes. Alors que nous étions dans l’avion du retour, Nicolas Sarkozy nous a envoyés une lettre pour confirmer les propos du premier ministre. Quelques temps après, j’ai écrit sur mon blog que j’avais tourné la page. J’ai fait mon deuil de notre lecture à nous de l’accord de Nouméa. Je rappelle aussi que c’est Jacques Chirac qui avait fait valider par le Congrès de Versailles le gel du corps électoral. A partir de là, il a fallu changer de tactique, ne plus s’employer à se battre contre des montagnes. Comme le gouvernement et le Parlement avaient la même lecture que les indépendantistes, il fallait s’y inscrire aussi.

 

Vous sous-entendez que Pierre Frogier vient de faire le même deuil que vous ?

J’en ai l’impression, oui. Ce n’est plus la peine de ferrailler. Inscrivons-nous dans cette même démarche. Dans cette affaire de drapeaux, franchement, c’est parce-qu’on va avoir la bannière indépendantiste qu’on va vivre mieux ou plus mal ? Tout cela est accessoire, le plus important est de construire pour que la Nouvelle-Calédonie soit davantage ouverte et sociable, en créant de la richesse et de l’emploi. Maintenant si tout le monde peut se mettre d’accord autour de l’idée originale de Pierre Frogier, pourquoi pas.

 

Certains parlent d’ouvrir de nouvelles discussions, mais de quel ordre selon vous, autour de quels thèmes ?

Dans cette histoire de drapeaux, l’idée de Pierre Frogier est de contraindre les indépendantistes à un certain nombre de concessions supplémentaires. Il ne faut pas oublier, au sujet des signes identitaires, qu’il y a également le nom et la devise. Si on accepte le drapeau indépendantiste aux côtés du drapeau français, ils peuvent faire des efforts sur le nom, par exemple, pour que ce ne soit pas Kanaky mais Nouvelle-Calédonie. C’est très symbolique, mais c’est important. Il faut donc ouvrir ce type de discussions avec eux. Notre tort est d’avoir trop laissé traîner les choses. Pendant que nous nous occupons des thèmes de la vie quotidienne, les indépendantistes font de la politique de terrain.

 

Où en sont les relations entre votre LMD et l’Avenir ensemble ?

J’essaie d’être un homme qui n’oublie pas. J’ai beaucoup de reconnaissance pour Jacques Lafleur, sans lequel je ne serais pas ce que je suis. Et si je suis au gouvernement aujourd’hui, c’est grâce à Harold Martin. Je ne partage pas toujours ses méthodes, mais nous échangeons beaucoup lors de nombreuses réunions communes.

 

L’agenda d’un « ministre » calédonien est-il compatible avec celui d’un sénateur français ?

C’est vrai que l’année dernière, j’ai été moins présent en France, à cause des élections. Mais je repars bientôt en Métropole, c’est une question d’organisation. J’ai un cabinet que j’essaie d’étoffer, et je continue mon travail de parlementaire dans les meilleures conditions.

                                                              Propos recueillis par Th. S.

 

 *Cet article est paru dans l'hebdomadaire Les Infos du 05.03.2010

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