le blog de Simon Loueckhote

Une fenêtre sur la Nouvelle-Calédonie : politique, santé, social, éducation, francophonie, économie

Retranscription "mot à mot" OFM FEV 6 MID – TV

Publié le 7 Février 2013 par Loueckhote Simon in Société

 

 

Journaliste : Nous donnons aujourd'hui la parole à Philippe Michel de Calédonie ensemble, et Simon Loueckhote du Mouvement pour la diversité. Messieurs, bonjour !

 

Simon Loueckhote : Bonjour !

 

Philippe Michel : Bonjour, Ali ! 

 

Journaliste : Avant de vous donner la parole, Messieurs, nous écoutons un extrait de l'interview de Martine Lupi, directrice générale de NCTV, réalisé lundi matin, en direct de Paris :

 

Journaliste : Vous n'êtes pas sans savoir qu'NCTV est particulièrement décriée, notamment par rapport à son coût, mais on dit aussi que ce serait une télé de propagande, partisane, contrôlée par les indépendantistes. Que répondez-vous à cela :

 

Martine Lupi : Déjà je voudrais vous dire que je suis journaliste avant tout, je suis journaliste depuis 27 ans, je ne suis pas calédonienne, et du coup je ne me suis jamais mêlée de politique. D'ailleurs, quand on est journaliste, on n'a pas à être partisan de qui que ce soit. On peut avoir des idées, évidemment, comme tout le monde, mais on a une obligation, il y a une charte de déontologie qui nous oblige, justement, à être indépendants, et on peut même perdre le droit d'exercer. Je crois qu'effectivement, on a peur quand on dit une chaîne de télé soutenue par les collectivités, on a l'impression que c'est quelque chose de politique. Alors, je pense…, l'expérience démontrera le contraire, mais en tout cas, ce que je peux vous dire, c'est qu'on n'aurait absolument pas intérêt à faire une chaîne de télévision de propagande, parce que ça voudrait dire qu'on réduirait la cible des gens qui pourraient nous regarder, ce qui serait économiquement totalement suicidaire, on se mettrait une balle dans le pied tout de suite. Je pense qu'une télé, c'est quelque chose qui est utile, c'est une télé qui va servir…, qui est une télé de service public, donc on a des obligations, quand on reçoit des subventions, on ne peut pas faire n'importe quoi, je pense que c'est pareil pour vous au niveau de la radio. On va pas faire de la propagande politique, absolument pas. Moi, ça fait deux ans que je travaille déjà pour la province Nord sur ce projet, je n'ai jamais eu aucune consigne, je n'ai jamais fait de télé de propagande, je vous dis, j'ai une carte de presse, et je vais continuer à le faire, et je serai très, très vigilante, et d'ailleurs, si ça peut rassurer les téléspectateurs, je peux vous dire que quand on signe une convention avec le CSA, on a aussi, dans les papiers qu'on signe, la charte de déontologie des journalistes qui nous demande de nous engager à respecter l'égalité de temps de parole, si à un moment il y a des élections ou je ne sais trop quoi, mais en tout cas, avoir une information juste, impartiale, objective, et qui ne prenne pas parti. Que les gens se rassurent : ce serait d'abord idiot, économiquement parlant, évidemment, puisqu'on va avoir de la publicité, donc les annonceurs, si tout d'un coup on se met à afficher une couleur politique, je pense qu'ils viendraient plus, et ils auraient raison. Et puis, la télé, c'est pas ça. Je veux dire que quand on fait des émissions multiples et variées, il y a plein de choses à faire, que ça soit des programmes pour aider, je ne sais pas…, par rapport à la santé, on va faire des programmes pour sensibiliser les gens sur les métiers de médecins, parce qu'en Nouvelle-Calédonie il y a pas assez de médecins qui sont issus du pays. Toutes ces choses-là, je ne pense pas que ce soit de la propagande politique, et je pense que l'usage montrera qu'effectivement, ce que je vous dis aujourd'hui, c'est la réalité. En tout cas, moi, il est hors de question que je fasse une télé qui soit avec une couleur politique, quelle qu'elle soit, et on ne me l'a pas demandé. Voilà, si ça peut rassurer les téléspectateurs.

 

Journaliste : Messieurs, que pensez-vous de ce que Martine Lupi vient de nous dire, et plus globalement, de ces deux projets ? Philippe Michel :

 

Philippe Michel : Je crois d'abord que dans le contexte, dans la situation économique, sociale, actuelle du pays, nous avons bien d'autres priorités que des télévisions publiques mises en œuvre par des collectivités et financées sur les impôts des Calédoniens, et en particulier en province Sud. Moi, quand je vois qu'au dernier budget de la province Sud, l'exécutif de la province nous a indiqué que l'état des finances de la collectivité était tel qu'on n'était pas certain de pouvoir continuer à payer les aides au handicap, les aides au logement, ou les aides aux demandeurs d'emploi, je me dis : très clairement, il y a d'autres priorités que de mettre en œuvre des télévisions par des collectivités, financées par les impôts du contribuable. Ça, c'est la première réflexion que je me fais. Qu'on soutienne de la production locale, c'est-à-dire de la fabrication et de la diffusion de documentaires, de reportages, de sujets, sur le mode de vie des Calédoniens, sur leur positionnement sur tel ou tel sujet de société, sur leurs traditions, sur leurs coutumes, leur culture, ça, c'est absolument nécessaire. Mais qu'on mette en œuvre des télévisions publiques, financées sur les impôts, ça me paraît pas être une priorité. Ça, c'est la première réflexion que je me fais sur le sujet.

 

Journaliste : Simon Loueckhote :

 

Simon Loueckhote : Si on prend les chiffres qui ont été annoncés sur le coût éventuel des deux projets de télévision, les chiffres les plus bas, c'est-à-dire 700 millions, ça fait 1,4 milliard pour deux télévisions qui vont voir le jour. À mon avis, on est très en dessous de la réalité, parce que ce ne sera pas 1,4 milliard, mais ce sera bien davantage. La vraie question qu'on peut se poser, que l'on doit se poser, c'est : est-ce qu'on n'a pas autre chose à faire avec cet argent, en Nouvelle-Calédonie ? Mon avis, à moi, c'est : oui, on a bien d'autres choses à faire. On ne cesse, tous les jours, d'entendre des mères de famille, des handicapés, des gens qui sont dans la difficulté, des chefs d'entreprise, des associations sportives qui se plaignent de l'inaction de nos collectivités. Et les collectivités répondent, pour justifier cette inaction : mais nous n'avons pas les moyens de répondre. Eh bien, investir 1,4 milliard, 2 milliards, voire davantage, demain, dans deux projets de télévision, dont la neutralité est en doute, je la mets en doute, eh bien, je dis que c'est une bêtise, une grosse, grosse bêtise.

 

Journaliste : Indépendamment du coût, est-ce que c'est pas une bonne idée d'avoir plus de médias.

 

Simon Loueckhote : Je ne peux que plaider pour la pluralité de l'information. Du reste, souvenez-vous que pour les radios, je me suis battu pour qu'Océane FM puisse émettre sur l'ensemble du territoire…

 

Journaliste : Vous étiez sénateur.

 

Simon Loueckhote : Je rappelle tout simplement que, à part la chaîne publique, je parle de NC1ère, RFO auparavant, à part RRB, à part Radio Djiido, aucune autre radio privée de Nouvelle-Calédonie n'émet, pour celles qui existent, c'est NRJ et Radio Océane, vous n'avez pas le droit d'émettre sur l'ensemble du territoire, tout simplement parce que le CSA vous l'interdit. Je suis pour la pluralité de l'information. Pourquoi pas davantage de moyens de communication, mais à condition que ça préserve la neutralité de l'information. Je rappelle quand même que l'information, c'est une arme redoutable, l'information est une arme redoutable. Il faut voir ce que ça peut commettre comme effets sur l'opinion, sur les gens qui ne réfléchissent pas tellement et qui prennent tout à la lettre. Donc, c'est une arme de destruction massive, l'information, lorsqu'on l'utilise à des fins qui ne sont pas louables.

 

Journaliste : Elizabeth Nouar et Jean-François Bodin qui sont à l'initiative du projet NC9 ont plusieurs fois déclaré officiellement qu'ils s'engageaient à respecter le pluralisme au niveau de leur ligne éditoriale et contestent fermement, Philippe Michel, vos critiques en disant que vous parlez de ce que vous ne connaissez pas, et que c'est pas vrai, vous accusent de mensonges. Que répondez-vous, Philippe Michel ?

 

Philippe Michel : Je réponds que la garantie d'une pluralité d'information et d'expression sur NC9, c'est tout simplement une plaisanterie. C'est simplement une plaisanterie parce que cette télévision est mise en œuvre, non pas, d'ailleurs, par la province Sud, elle-même, comme c'est le cas en province Nord, parce qu'en province Nord, au moins, l'assemblée de la province a délibéré, a créé une société d'économie mixte pour porter cette télévision, et elle finance cette télévision, en sachant qu'elle a les moyens de la financer, même si par ailleurs, on peut discuter de l'utilité. Mais dans le cas de NC9, ça n'est pas la province Sud qui porte le projet, c'est une association politique, présidée par madame Nouar et monsieur Bruno Mege, qui sont tous les deux des militants et des collaborateurs du Rassemblement. Est-ce que vous comprenez bien ce que je vous dis, Ali ? C'est-à-dire que cette télévision, elle sera pas mise en œuvre par la province Sud, elle sera mise en œuvre, et d'ailleurs ses promoteurs ne s'en cachent pas, par le Rassemblement UMP et l'UC, au nom des deux légitimités, soi-disant historiques, qui doivent diriger aujourd'hui et pour quelques années encore, les destinées de la Nouvelle-Calédonie. Mais c'est absolument impensable ! Imaginez une seconde ce que produirait sur l'opinion, en métropole, l'annonce d'une télévision publique, financée par les impôts et contrôlée par l'UMP ou par le parti socialiste. Mais ça serait tout simplement inacceptable. Quant à la garantie de pluralisme et de liberté d'expression, mais, il suffit d'écouter RRB, Ali, pour comprendre qu'il n'y a aucune garantie du pluralisme. Et alors, le plus beau dans tout ça, c'est qu'on nous explique que tout ça sera contrôlé par le CSA et ses représentants locaux. Mais il se trouve que les représentants locaux du CSA sont des militants et des responsables du Rassemblement UMP. Donc, moi, je jette la pierre à personne, mais on comprend bien qu'en 2013, une télévision de propagande politique, parce qu'il faut appeler ça par son nom, financée par des fonds publics, est tout simplement inacceptable pour le pluralisme et la liberté d'information et la liberté d'expression, en Nouvelle-Calédonie.

 

Simon Loueckhote : J'ajoute une précision à ce que vient de dire Philippe Michel : ce ne sont pas des télévisions publiques, ce sont des télévisions privées, financées par de l'argent public. Différence ! Différence notable. Ensuite, concernant la province Nord dont le conseil d'administration qui a été créé et validé par l'assemblée de la province, toutes les sensibilités politiques de l'assemblée y sont représentées, puisque Léontine Ponga figure dans le conseil d'administration, ce qui n'est pas le cas de NC9.

 

Philippe Michel : Et puis je vais ajouter une dernière chose : à quel moment est-ce que, une seule fois, nous avons évoqué ce projet de télévision à l'assemblée de la province Sud ? Je vais vous le dire : jamais, strictement jamais. Ce qui fait que, sur cette affaire, je le répète, portée par madame Elizabeth Nouar et par elle seule, personne n'a jamais eu son mot à dire, aujourd'hui, ni la province Sud qui est censée porter le projet, ni les collectivités qui sont soi-disant censées financer, parce qu'on a entendu dire, ces derniers jours, que ça n'allait plus être une taxe sur les jeux d'argent en Nouvelle-Calédonie qui allait financer cette télé, mais que ça allait être, à parts égales, la ville de Nouméa, la province Sud, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et l'OPT. Moi, je pose la question : quand est-ce que la ville de Nouméa, quand est-ce que le conseil municipal de Nouméa, quand est-ce que l'assemblée de la province Sud, quand est-ce que le gouvernement, quand est-ce que le conseil d'administration de l'OPT ont pris le moindre engagement là-dessus ? Je vais vous répondre : jamais. C'est-à-dire qu'en plus, cette télévision a été autorisée par le CSA, deux jours avant la fin de son mandat, deux jours avant l'expiration des fonctions du président du CSA…

 

Simon Loueckhote : Et d'Alain Méar, conseillé en charge du dossier pour la Nouvelle-Calédonie.

 

Philippe Michel : Donc, cette télévision a été autorisée par le CSA, 48 heures avant son changement de président, sur la base d'un financement qui n'existe pas. Donc, tout ça est proprement scandaleux et, à la différence de la télévision du Nord qui nous annonce…, il faudra voir ce qu'il en sera dans la réalité. L'autre différence, c'est que la télévision du Nord nous annonce six minutes d'information par jour, c'est-à-dire ce qu'on appelle, en jargon journalistique, une pastille d'information par jour. Mais sur NC9, la télé du Sud, contrôlée par l'UC et le Rassemblement UMP, c'est pas six minutes par jour, qu'on nous annonce, c'est une heure de journal chaque soir, moitié présenté par radio Djiido, moitié présenté par RRB. C'est ça le pluralisme de l'information ?

 

Journaliste : Est-ce que vous croyez à cette double rédaction ?

 

Simon Loueckhote : Ça n'existe nulle part, c'est ce qui avait d'ailleurs étonné beaucoup le CSA. Du reste, je m'étonne beaucoup des affirmations d'Alain Méar. Lorsqu'il s'est exprimé récemment dans le quotidien local, il disait que c'est ce qui avait beaucoup plu au CSA, c'est-à-dire cette nouvelle façon de concevoir une rédaction dans une télévision. Or, c'est précisément pour cette raison-là que le CSA s'est beaucoup interrogé, parce que nous ne connaissons nulle part ailleurs dans le monde une rédaction à double tête, comme celle qui a été proposée pour NC9. Bizarre, quand même ! Ils ont mis cinq ans pour instruire le dossier, et à la veille de son départ, paf, soudain, tout est impeccable, et on donne l'autorisation. C'est vraiment du fouttage de gueule, excusez-moi du terme.

 

Philippe Michel : J'ajoute que, en plus, le fameux concept de double légitimité, qui correspondrait soi-disant à la réalité politique de la Nouvelle-Calédonie, celui-là aussi, il mérite qu'on s'y arrête deux secondes. Parce que si moi, je regarde les scores respectifs aux dernières élections du Rassemblement UMP et de l'UC, eh bien, je constate que la majorité, la très grande majorité des Calédoniens ne vote, ni Rassemblement UMP, ni UC. C'est-à-dire que cette légitimité historique qui a existé de manière incontestable, à un moment de notre histoire, n'est plus aujourd'hui la norme et la règle en Nouvelle-Calédonie. Il suffit de constater le nombre de formations politiques qui se présentent à chaque élection, que ce soit dans le camp indépendantiste ou le camp non-indépendantiste, et c'est pas Simon qui va me dire le contraire, pour constater que la plaisanterie, la fable, la mystification de la double légitimité n'existe plus aujourd'hui en Nouvelle-Calédonie, que ce soit dans le camp non-indépendantiste, nous avons, aujourd'hui, une multitude d'élus, le LMD de Simon Loueckhote, le RPC d'Isabelle Lafleur, l'UDC, Calédonie ensemble et d'autres probablement demain, et dans le camp indépendantiste, c'est pareil, le monopole de représentation politique n'appartient pas à l'UC. Donc, bâtir et cadenasser, parce qu'il faut comprendre ça. On est en train de reproduire, à l'échelle de la télévision, le cadenassage politique de l'information, qui est imposé à la Nouvelle-Calédonie depuis 25 ans en matière de radios. Et au nom de ce cadenassage et de cette sacro-sainte double légitimité, on interdit l'expression et la liberté d'opinions et d'expression pour les Calédoniens.

 

Simon Loueckhote : Pour pasticher un peu une publicité qui passe en ce moment : il a existé deux légitimités, mais c'était avant.

 

Journaliste : Sur le coût du dossier de NC9, Elizabeth Nouar déclarait, sur RRB, que le gouvernement s'était engagé ou s'engageait à hauteur de 200 millions pour cette télé et pour la mairie de Nouméa, de 150 millions. Contactée par nos soins, Sonia Backes, porte-parole du gouvernement, nous a certifié, sur cette antenne, qu'elle ne l'avait jamais vu inscrite au budget 2013, et Gaël Yanno, en tant que premier adjoint au maire, disait la même chose.

 

Philippe Michel : Ben voilà, tout est dit. D'abord, je vous fais observer que le gouvernement ne décide de rien, c'est le Congrès qui décide. Ça, c'est pour commencer. Et je confirme que, effectivement, il n'y a pas un franc d'inscrit au budget, en ce qui concerne la Nouvelle-Calédonie pour une éventuelle participation…

 

Simon Loueckhote : Il y avait une autorisation de programmes qui avait été inscrite l'année dernière, mais elle a été perdue, parce que ce n'est pas reportable.

 

Philippe Michel : Effectivement, donc, aucun engagement de la Nouvelle-Calédonie. Et puis, la ville de Nouméa, où les uns et les autres, nous siégeons également, le débat n'a même jamais eu lieu. La vraie question…, et je ne parle pas de l'OPT et de la province Sud.

 

Simon Loueckhote : Le directeur général de l'office des postes, par intérim, avait déclaré récemment qu'il n'avait jamais reçu de demande, en plus,  a poste n'avait jamais reçu de demande. Que si la poste recevait une demande, peut-être qu'elle l'examinerait. Mais pour le moment, il n'y a aucune demande. Donc, on ne peut pas non plus affirmer que l'office des postes participerait au financement de la télévision.

 

Philippe Michel : Au bilan, nous avons une télé qui est NC9, qui n'est pas mise en œuvre par la province Sud, mais par une association contrôlée par des militants du Rassemblement UMP et de l'UC, et nous avons zéro financement. Et c'est dans ces conditions-là que cette télévision a reçu une autorisation du CSA, 48 heures avant l'expiration de son mandat.

 

Journaliste : Quelles sont, maintenant, vos propositions, pour un pluralisme de l'information sur le territoire, quelles alternatives, vous voyez ?

 

Simon Loueckhote : Moi, j'ai une proposition, parce que malheureusement, de mon point de vue, aujourd'hui, une fois que le CSA a donné le feu vert pour les deux télévisions, je ne vois pas ce qui pourrait venir, aujourd'hui, empêcher leur réalisation, sauf des moyens des financements. Aujourd'hui, la composition de nos assemblées laisse penser que dans le courant de 2013, une majorité suffisante pourrait se dégager pour accorder, aux deux télévisions, les moyens qu'elles pourraient demander. Donc moi, ce que je suggère, c'est que nous puissions instituer des moyens de contrôles, au niveau du Congrès. Je verrais très bien, au Congrès, une commission spéciale que l'on ouvrirait à un ou deux magistrats et à d'autres professionnels qui viendraient veiller en lieu et place du CTA, le comité technique audiovisuel local, qui est le représentant local du CSA, dont le conseiller qui vient de partir, Alain Méar, avait assuré dans les Nouvelles Calédoniennes que les Calédoniens qui s'estimeraient lésés pourraient saisir, pour manquement à la déontologie et aux engagements qui ont été pris et qui ont été signés avec le CSA. Moi, je propose que cette commission puisse veiller régulièrement au respect de ces engagements, et que si toutefois, ces engagements n'étaient pas respectés, la commission en question pourrait faire des propositions au Congrès qui, je rappelle, comme le disait tout à l'heure Philippe Michel, est celui qui vote les subventions, ça n'est pas le gouvernement, pourrait décider, tout simplement, la diminution des subventions ou tout simplement la suppression des subventions, dans l'hypothèse où les télévisions ne respecteraient pas la charte qu'elles ont signée avec le CSA, en attendant, bien entendu, le transfert des compétences. Mais je rappelle également qu'au dernier comité des signataires, il a été acté la possibilité, pour le Congrès, de créer un CSA local, il a été imaginé cela, il a été pensé cela, il a été autorisé, et que l'on pourrait faire pour contrôler. Parce que je crois qu'aujourd'hui, le coup est parti, on peut toujours aujourd'hui essayer de rattraper le coup, mais je crains que malheureusement, à moins qu'en 2014, les choses puissent changer, mais disons qu'au jour d'aujourd'hui, au moment où nous parlons, il y a suffisamment de majorité pour donner les moyens dont pourraient avoir les deux télévisions. Et donc, il ne s'agit plus, aujourd'hui, de protester contre l'installation des deux télévisions, mais de contrôler les deux télévisions pour qu'elles respectent bien la charte qu'elles ont signée devant le CSA.

 

Journaliste : Philippe Michel :

 

Philippe Michel : Je compléterai l'intervention de Simon avec laquelle je suis tout à fait d'accord, c'est-à-dire qu'à partir du moment où le Congrès serait amené à accorder des subventions, peu ou prou, à ces médias, il va de soi que la responsabilité politique du Congrès, c'est de s'assurer que le pluralisme est effectivement respecté sur ces médias, financés avec de l'argent public. Ça, c'est vraiment la moindre des choses. Cela dit, moi, je l'ai déjà dit, Calédonie ensemble contestera, y compris en allant en justice et en attaquant l'autorisation donnée par le CSA, en particulier à NC9, la validité et la légalité de cette autorisation. Pour le reste, je compléterai la proposition de Simon Loueckhote en indiquant, en rappelant, qu'il faut ouvrir le paysage médiatique. Je rappelle qu'on a, ensemble d'ailleurs, avec d'autres formations politiques, réclamé, du CSA, l'ouverture du paysage radiophonique. Radio Océane doit pouvoir émettre sur l'ensemble du territoire, sans avoir à passer sous les fourches caudines de telle ou telle majorité politique, de telle ou telle collectivité, et d'autres promoteurs de radios doivent pouvoir émettre. Parce que c'est ça la vraie garantie du pluralisme, c'est qu'il y ait suffisamment de médias pour permettre à tout le monde et à toutes les sensibilités de s'exprimer. Et puis, il y a le développement des nouveaux moyens de médias, qui est un enjeu essentiel, en particulier sur Internet, les sites Internet, les forums, les web télés, et autres, qui sont des vecteurs qu'il faut absolument développer pour offrir aux Calédoniens une véritable garantie de pluralisme, d'expression et d'information.

 

Journaliste : Est-ce que vous pensez qu'il y a quand même de la place d'un point de vue audimat, puisque Calédonie 1ère subit directement l'érosion des chaînes câblées, des chaînes satellitaires qui arrivent sur le territoire ?

 

Philippe Michel : En télévision, c'est une vraie question. En télévision, il n'y a très certainement pas la place pour un nombre illimité de télévisions, ça, c'est plus que clair. Parce que la télévision, malheureusement, coûte extrêmement cher à mettre en œuvre et que pour avoir du contenu, il faut engager des fonds importants, du contenu à diffuser. Mais je le répète, il y a d'autres médias qui, eux, coûtent beaucoup moins chers. Les radios, Internet sont des vecteurs qui fonctionnent très bien et qui peuvent, à ce stade, apporter un plus, une plus-value à la garantie de pluralisme et d'information et d'expression dont on a absolument besoin. Et je rappelle que tout ça est un enjeu capital, parce qu'on vit un moment particulier de notre évolution et de notre avenir institutionnel, c'est capital. Vous comprenez bien que si, en 2013, un an avant l'ouverture de la dernière mandature de l'Accord de Nouméa, au cours de laquelle nous devons décider de notre avenir, on laisse se mettre en place un tel cadenassage politique de l'expression et de l'information, alors, on ne peut que se faire du souci pour l'avenir. Je rappelle quand même que la Nouvelle-Calédonie est, à ma connaissance, le seul territoire de la République française, et peut-être même de la planète, mise à part la Corée du Nord, et encore, où on a un tel cadenassage du paysage médiatique et où on a une telle mainmise des politiques sur les médias. C'est un schéma qui n'existe plus nulle part ailleurs. Et donc, il faut bien réfléchir à ça, parce que ce n'est pas de bon augure pour notre évolution politique et institutionnelle.

 

Journaliste : Simon :

 

Simon Loueckhote : Lorsqu'on échange avec les Calédoniens sur les deux télévisions, en fait, les gens s'étonnent de l'arrivée de deux télévisions supplémentaires. Nous avons un bouquet satellite qui est hyper riche, et donc, ça veut dire également que les deux télévisions qui vont s'installer ont intérêt à être beaucoup plus professionnelles que les chaînes de télévisions qui existent déjà sur le bouquet, parce que, en termes d'information, par exemple, en termes de magazines, sur les reportages sur la nature, etc., le Calédonien, dans un premier temps, va peut-être être attiré, par curiosité, par NCTV et NC9, pour aller voir ce qui s'y passe. Mais si la qualité de leur production, elles sont moindres que ce qu'on peut aller regarder sur Seasons ou sur National Géographic et compagnie, ils vont tout de suite se désintéresser, et dont vous parlez, tout à l'heure, d'audimat. Il est clair que ça va être pénalisant, c'est pareil pour NC1ère, c'est exactement pareil. Si on en est là, aujourd'hui, il faut le dire clairement, moi, je le dis, parce que je l'ai déjà écrit, donc, je le redis. C'est grandement, en partie, de la faute de NC1ère qui n'a pas été à la hauteur de sa mission d'information et de service public. C'est grandement en partie d'elle que, aujourd'hui, on en est là.

 

Journaliste : Philippe Michel :

 

Philippe Michel : Je crois que les Calédoniens sont très mobilisés sur cette affaire de télévisions, sans qu'il y ait eu besoin de grands débats sur le sujet, parce que tout le monde perçoit très clairement qu'il y a quelque chose de totalement anachronique au plan des principes politiques élémentaires et au plan des règles les plus élémentaires d'utilisation des fonds publics, dans cette affaire. Faire le constat qu'on s'apprête à engager deux milliards par an d'argent public, alors qu'on en est à se demander comment on va financer la pérennité des allocations pour les personnes âgées ou de l'aide au logement, ça soulève une vraie question. C'est la question qu'exprimait Simon, tout à l'heure, celle des priorités et de nos responsabilités. Et lorsqu'en plus, au moins, l'une de ces deux télévisions se revendique ouvertement de la fameuse double légitimité politique, alors là, il y a vraiment de quoi s'inquiéter.

 

Journaliste : Messieurs, merci.

 

 

 

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