le blog de Simon Loueckhote

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Que faut-il retenir de la visite en Guyane ?

Publié le 11 Octobre 2009 par Loueckhote Simon in Activités

Dans l’avion qui me ramène à Paris, je repense aux échanges et aux visites auxquels j’ai pu assister pendant mon court mais dense séjour à Cayenne.

D’abord les Assises de la Recherche et de l’Université organisées par le Conseil Régional de Guyane. La Nouvelle-Calédonie que je représentais, avait été sollicitée pour parler de la place de la Recherche dans son évolution institutionnelle. Les Guyanais ont besoin de ce retour d’expérience étant eux-mêmes en pleine réflexion sur l’évolution du statut de leur collectivité. La Polynésie Française par la voix de Téa, Priscille FROGIER, en avait fait de même. Les deux collectivités du Pacifique ont un point commun, l’autonomie. Notre présence était donc très attendue et notre expérience appréciée.

La Réunion, la Guadeloupe et la Martinique étaient également présentes car dans ce domaine, elles ont une approche semblable à la Guyane.


La visite du Centre Spatial de Kourou, puis de la plate forme de Surveillance de l'Environnement Amazonien Assisté par Satellite (SEAS), permettent de mieux comprendre les enjeux pour la Guyane qui par ailleurs s’interroge sur son avenir institutionnel. Les Guyanais ont compris que la Recherche peut être un vecteur important pour le développement économique. L’immense potentiel naturel de son territoire peut à moyen terme lui rapporter gros, à condition d’en maîtriser les outils nécessaires à son exploitation. Et cela passe par la connaissance de son sous-sol.

En attendant, les référendums de Janvier 2010, la jeunesse guyanaise se mobilise. Chercheurs, professeurs d'Université, thésards, doctorants, ils étaient venus nombreux aux Assises comme pour bien faire comprendre leur impatience. Quand les reconnaîtra-t-on? Quand maîtriseront-ils les connaissances et les savoirs sur leur patrimoine?


Voilà bien une démarche qui ne peut qu'interpeller. Les Guyanais ne veulent plus que leur terre soit simplement, « terre d'expérimentation », sans retombées économiques significatives pour ses enfants.


J'ai beaucoup pensé à la situation de la Nouvelle-Calédonie. A la réflexion, je me dis: « mais pourquoi n'avons-nous pas la même démarche que les Guyanais? ». La réalité c'est que ce sont les seuls indépendantistes qui ont cette démarche.
Les quelques exemples qu'on m'a rapporté de l'Université de la Nouvelle-Calédonie me laisse plutôt penser qu'il n'y a aucune solidarité entre les rares calédoniens qui ont eu la chance d'y obtenir un poste. Alors qu'ils devraient se regrouper pour créer un embryon d'enseignants-chercheurs calédoniens capables de conseiller et d'orienter les politiques publiques et de recherches. Je me souviens de ce jeune calédonien qui m'invita à la soutenance de son doctorat de biologie qu'il a eu avec mention à l'Université de JUSSIEU , en présence de ses parents qui ont fait spécialement le voyage de Nouméa.. J'ai recommandé sa candidature à l'Institut Pasteur de Nouvelle-Calédonie car il souhaitait y exercé ses connaissances au profit de son pays. Les portes de ce célèbre Institut français lui sont restées fermées. Il est aujourd'hui ingénieur qualité à l'usine de ValéInco à Goro après avoir enseigné les mathématiques et la physique tantôt au collège de l'Île des Pins et au grés des besoins de l'Enseignement Catholique, son employeur par défaut.
Je me souviens aussi de cet autre jeune calédonien titulaire d'un doctorat qui me plongea dans le doute lorsqu'il m'en parla. Il voulait revenir au pays. Mais le tissu économique ne lui permettait pas de trouver « chaussure à son pied ». Nous avons bien tenté l'Université mais ce milieu fermé ne lui a laissé aucune chance. Il a depuis crée sa propre entreprise de conseil. Ces deux cas ne doivent pas cacher tous les autres qui sont dans l'attente d'une initiative.

Je me souviens d'un livre dont m'avait recommandé la lecture, mon regretté ami Jean-Lou. Ingénieur-Géologue à ELF Aquitaine, racheté depuis par TOTAL et passionné de l'Asie et du Pacifique. Il fût nommé à ELF au Brunéï, l'Etat le plus riche du monde, c'était en 1994, après plusieurs vaines tentatives pour intégrer l'ORSTOM, prédécesseur de l'IRD.

Le livre raconte la vie d'un homme qui, selon l'auteur, est à l'origine de l'industrialisation de l'Indonésie. Boursier du Gouvernement hollandais, il effectua de brillantes études en Hollande. Il fût repéré par les autorités du pays colonial, qui lui permirent de travailler pour de grandes firmes industrielles hollandaises mais également allemandes et européennes où ses compétences le propulsèrent vers les plus hauts sommets de la hiérarchie et où il acquit de la notoriété et du respect.

L'Indonésie devenue indépendante se mit en quête de cadres pour diriger le pays souverain. Le Président SUHARTO, de la République d'Indonésie, fît appel à cet homme dont l'expérience permis au jeune pays mais déjà plus grand pays musulman du monde, de créer un vrai tissu industriel indonésien. Aujourd'hui l'Indonésie fabrique des hélicoptères, des avions, des navires et possède une industrie de pointe dans des domaines qui ne souffrent pas la concurrence avec d'autres pays dans le monde. La réussite de cet homme, toujours selon l'auteur vient du fait qu'il a su rassembler autour de lui les chercheurs, les ingénieurs, et autres intellectuels indonésiens pour l'aider à bâtir l'ambitieux projet que lui a confié le Président de la République. Ces femmes et ces hommes se sont investis sans état d'âme avec comme seule arme, le patriotisme.


Les nombreux atouts de la Nouvelle-Calédonie, ses richesses naturelles non encore identifiées, son étonnante biodiversité, sa position géographique sur la planète, son statut particulier au sein de la France, la présence des Instituts de recherche  français, les meilleurs au monde, ses propres structures, l'Université, l'Institut Agronomique Calédonien me permettent aujourd'hui d'affirmer que le temps est venu de nous prendre en main. Car à bien y réfléchir, nous ne connaissons pas grand chose de nos richesses. Les informations qui nous sont communiquées sont très partielles. Que sont devenus les innombrables études scientifiques qui ont été conduites du Nord au Sud en passant pas les Îles Loyauté? Qu'en savons-nous et sommes-nous propriétaires de ces données scientifiques? Que savons-nous de nos réserves de nickel, de nos ressources halieutiques? Autant de questions qui méritent des réponses.


Les Calédoniens ne mesurent pas encore très bien l'extraordinaire mutation que va connaître leur archipel. La loi organique portant statut de la Nouvelle-Calédonie ne prévoit pas la possibilité de transférer la Recherche aux autorités locales alors qu'elle l'envisage pour l'Enseignement Supérieur donc l'Université, étrange paradoxe. C'est la crainte de ne pas être capable d'assumer cette compétence qui est à l'origine de cette logique voulue par les Signataires de l'Accord de Nouméa. L'appel de plus en plus pressant des jeunes calédoniens certes encore peu nombreux et manquant d'expérience mais hautement qualifiés ne doit-il pas nous conduire à changer de stratégie? 

Je suis pour ma part persuadé qu'une des clés de la réussite de la Nouvelle-Calédonie passe par sa capacité à avoir confiance en elle-même.

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