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le blog de Simon Loueckhote

Une fenêtre sur la Nouvelle-Calédonie : politique, santé, social, éducation, francophonie, économie

Ramallah, capitale d'un proto-État

Publié le 29 Novembre 2012 par Loueckhote Simon in Politique

Bienvenue à Ramallah, siège du gouvernement du 194e État de l'ONU,désigné au terme d'un vote historique à Washington, recueillant 138 voix pour, 9 contre et 41 abstentions. À quelques kilomètres au nord de Jérusalem, la ville palestinienne de Cisjordanie pavoisait jeudi en prévision du vote de l'Assemblée générale des Nations unies, et l'obtention par la Palestine du statut d'État observateur à l'ONU.

Au centre-ville, une estrade a été installée en prévision de la fête en plein air organisée pour célébrer l'événement. Elle avait déjà servi l'an passé quand Mahmoud Abbas avait déposé en vain la candidature de la Palestine au Conseil de sécurité. Au-dessus, une grande affiche représente Abbas et Yasser Arafat autour d'une photo de la Coupole du Rocher à Jérusalem. En face, une fontaine surplombée d'un obélisque de ciment ornée d'un motif inspiré de celui du keffieh d'Arafat avec au sommet un personnage qui grimpe vers un drapeau palestinien. Bref, tout est prêt. «À quelle heure aura lieu le vote?», demande un client de l'épicerie Freij. «À minuit, à cause du décalage horaire», répond le caissier. «Bah, on a attendu depuis soixante-cinq ans, on peut attendre encore quelques heures», dit le client.

Des habitants divisés

Les habitants de Ramallah se divisent en deux. Ceux qui pensent que la semi-reconnaissance de l'ONU ne va rien changer. Et ceux qui croient à l'importance des symboles et au succès de la diplomatie des petits pas. «Mes élèves se disputent à ce sujet», explique Mme Randa, professeur de mathématiques, dans la mercerie Ghneim Nouveauté. «Ils n'ont que onze ans, mais ils veulent savoir si la Palestine sera un véritable État ou non. Certains disent que c'est inutile, d'autres que c'est important.» «Moi-même, je n'en sais rien», dit-elle. «L'an dernier, j'étais venue sur la place écouter le discours à l'ONU. Cette année, je vais le regarder chez moi à la télévision. On a déjà vécu ça. C'est un peu comme voir le même film une deuxième fois, il n'y a plus de nouveauté.»

À la différence de 2011, Mahmoud Abbas a finalement écouté les conseils des diplomates européens et demande cette fois un statut d'observateur à l'Assemblée générale, qu'il est certain d'obtenir. Chez le marchand de téléphones Jawal, on a mis un écran de télévision géant où Palestine TV retransmet en direct les débats de l'ONU. La vitrine est remplie de couvertures pour smartphones décorées du drapeau palestinien, de portraits d'Arafat et colombes qui s'envolent au-dessus de Jérusalem. «On les fabrique ici. Ça se vend très bien ces jours-ci», dit le gérant.

Dans les cafés de la place, on discute du vote de l'ONU. Là aussi, les avis divergent. «Il paraît qu'à Jérusalem, les Juifs ont brûlé des drapeaux palestiniens. Ça n'annonce pas grand-chose de bon», dit un client. «Moi, quand les Israéliens ne sont pas contents de quelque chose, je me dis que ça doit être bon pour nous», dit un autre. «On n'a pas l'habitude d'avoir des bonnes nouvelles, alors profitons-en», conclut le serveur. Il est vrai qu'Israël comme les États-Unis se sont opposés au vote, la secrétaire d'État Hillary Clinton allant même jusqu'à le qualifier de «fâcheux et contre-productif».

La soirée de Ramallah sera suivie par le retour triomphal, dimanche, de Mahmoud Abbas, qui devra cependant passer par les points de contrôle israéliens pour regagner le territoire de son presque État. Car si les officiels palestiniens vont dorénavant pouvoir se garer n'importe comment à Manhattan grâce à leur nouveau statut de diplomates onusiens, il leur faudra toujours un permis israélien pour entrer et sortir de Ramallah, et franchir les quelques kilomètres qui séparent le siège de l'Autorité palestinienne de Jérusalem. Citoyens d'un proto-État enclavé, qui ne contrôle ni ses frontières ni son espace aérien, dépendant d'Israël pour son approvisionnement, son électricité, son commerce et ses finances, les Palestiniens savent qu'il leur reste encore un long chemin à parcourir avant la souveraineté.

 

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