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le blog de Simon Loueckhote

Une fenêtre sur la Nouvelle-Calédonie : politique, santé, social, éducation, francophonie, économie

Le « nouveau projet politique » de Simon Loueckhote

Publié le 16 Mai 2008 par Loueckhote Simon in Politique

 

La dernière personnalité fidèle à Jacques Lafleur vient de créer son propre parti. Le Mouvement de la Diversité s’ancre à droite, dans le refus de l’indépendance, mais se veut réaliste sur l’évolution des dirigeants nationaux envers le dossier calédonien. Simon Loueckhote a « fait son deuil » de l’ancienne lecture de l’accord de Nouméa et veut construire l’avenir institutionnel du pays par un lien modernisé avec Paris. Entretien.

Les Nouvelles calédoniennes : Pourquoi avoir créé un nouveau parti, deux ans après avoir fait renaître le RPC avec Jacques Lafleur, et alors qu’en tant que sénateur UMP, vous pourriez rejoindre votre famille d’origine, le Rassemblement ?
Simon Loueckhote :
La première raison, c’est ma personnalité. Je suis Mélanésien, de droite, non indépendantiste et j’exerce un mandat national. Tout ça me donne une certaine légitimité pour parler de choses comme le décalage entre les communautés et les inégalités en Nouvelle-Calédonie. Ça a plus de force quand ça vient d’un Mélanésien de droite. Je suis dans un créneau qui était vacant, et que personne d’autre que moi ne peut occuper. Je veux en profiter pour bâtir un nouveau projet politique avec mes sympathisants.

LNC : Mais vous êtes la seule personnalité d’envergure de ce nouveau parti. N’est-ce pas une faiblesse ?
S. L. :
C’est vrai qu’on pèche un peu de ce côté-là. Mais ça ne nous a pas empêchés de progresser formidablement entre les deux tours de l’élection municipale à Nouméa. Nous sommes passés de 3 100 à 4 400 voix, soit une augmentation de 39 %. Sonia Lagarde a augmenté ses suffrages de 33 % et Jean Lèques de seulement 13 %.
Les gens qui m’entourent n’ont peut-être pas une grosse notoriété, mais ils gagnent à être connus et ils le seront. Au passage, je vous fais remarquer que, sur les 1 300 nouveaux votants du second tour, 400 proviennent des quartiers sud et 700 des quartiers nord, ce qui montre que l’électorat populaire m’a entendu.

LNC : Pourquoi avoir démissionné du conseil municipal de Nouméa ? Ne craignez-vous pas que vos électeurs se sentent floués ?
S. L. :
Malgré notre bon score, nous n’avions que quatre sièges. Pas de quoi infléchir la politique municipale, mais seulement faire entendre notre voix. Ce que mes colistiers feront très bien. Je considère que mes deux autres mandats (NDLR : Sénat à Paris et Congrès à Nouméa) sont plus utiles pour faire avancer notre projet.

LNC : Quel est-il justement ?
S. L. :
Je le dévoilerai en détail lors de notre congrès fondateur, le 14 juin. Mais disons que, dans les grandes lignes, il s’agira de l’avenir institutionnel de la Calédonie. J’ai fait mon deuil de la vision que nous avions de l’accord de Nouméa et que continue à avoir le Rassemblement. Ce n’est pas la gauche qui a fait le gel du corps électoral : c’est l’UMP. Ce n’est pas la gauche qui appuie sur l’accélérateur des transferts de compétence. C’est encore l’UMP. Ce n’est pas non plus la gauche qui s’attaque à l’indexation des retraites du public. C’est toujours l’UMP. En tant que sénateur, je suis souvent à Paris et je rencontre beaucoup de gens. Les temps ont changé. La nouvelle génération de dirigeants n’est pas l’ancienne. Elle ne porte pas le même regard sur l’outre-mer. Sarkozy n’est ni De Gaulle, ni Pompidou, ni Chirac. Pour parler cru, dans un contexte mondialisé, l’outre-mer en général et la lointaine Calédonie en particulier sont à des années-lumière de leurs préoccupations. De plus, la France n’a plus les moyens d’entretenir son outre-mer. J’observe au passage que le Rassemblement a construit ses récents succès électoraux sur un malentendu, un discours anachronique, totalement décalé de l’UMP Paris dont pourtant il se réclame. Mais le réel va les rattraper et ça se retournera contre eux tôt ou tard. Ce n’est pas en clamant « plus de France » qu’on va arranger les choses.

LNC : Quels enseignements tirez-vous de ce regard nouveau ?
S. L. :
Le cœur de notre projet sera la redéfinition de notre lien social et administratif avec la France métropolitaine. Il nous faut réfléchir à l’élaboration d’un pacte de souveraineté. Attention ! Je ne parle pas de souveraineté partagée, car la souveraineté ne se partage pas et je suis attaché à la France. En juin, je présenterai mon projet, et j’en discuterai avec les dirigeants des autres formations de droite en Calédonie. Je vous rappelle que nous avons trois partis qui se réclament totalement ou partiellement de l’UMP. Même si, dans le mien, il doit y avoir un ou deux indépendantistes, de droite, eh oui ! Tout comme à l’Avenir ensemble d’ailleurs.

LNC : Avez-vous donc plus de convergences de vues avec l’Avenir ensemble qu’avec le Rassemblement ?
S. L. :
Le fait est que je suis moins attaqué par les responsables de l’Avenir ensemble que par ceux du Rassemblement.

LNC : C’est pourtant sous l’étiquette Rassemblement que vous avez été élu sénateur. Comment ferez-vous en 2011 ?
S. L. :
D’abord, une réélection au Sénat n’est pas la première de mes préoccupations. Ensuite, des choses vont bouger d’ici 2011. Des transferts vont s’opérer, la désindexation va se mettre en marche, les yeux de certains vont enfin s’ouvrir. Si les circonstances s’y prêtent, je sensibiliserai les autres formations non indépendantistes à l’intérêt de faire un choix commun de leur représentation nationale.

LNC : Et le RPC ? Où en sont vos relations avec Jacques Lafleur, dont vous étiez le dernier fidèle ?
S. L. :
Tel qu’il évoluait, le RPC allait dans le mur. J’ai fait la campagne des municipales sans référence aucune au RPC, uniquement au Mouvement de la Diversité. J’ai organisé cette campagne sans le soutien politique ou financier de Jacques Lafleur. Ce qui m’a donné une grande liberté d’action. Mes relations avec lui ? J’en ai de moins en moins. Quand je sollicite une entrevue, il me fait généralement savoir qu’il est souffrant.

LNC : Comment peut-on être Mélanésien, natif d’Ouvéa, et en même temps de droite et non indépendantiste ?
S. L. :
Tout simplement parce que je suis né dans une famille gaulliste. Mon père s’est engagé et a combattu pour la France libre pendant la guerre. Dans notre case, il y avait les portraits de De Gaulle, de Georges Pompidou et de Raymond Barre. Mon père était un élu local. Il est mort en 1978. En 1980, j’avais 24 ans, j’ai repris le flambeau. Voilà.


Philippe Frédière 

Les Nouvelles Calédoniennes / Politique - Article du 22.04.2008
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