le blog de Simon Loueckhote

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"Ce dont nous souffrons le plus, c’est du manque de courage politique"

Publié le 22 Août 2008 par Loueckhote Simon in Social

 

• Solidarité Macadam : Vous êtes né à Ouvéa (district de Fayaoué) voici 51 ans, élu municipal en 1983 puis territorial en 1984, élu et réélu sénateur jusqu’en 2011, vous avez fondé récemment un nouveau parti - « Le Mouvement pour la Diversité » - qui a obtenu 4 sièges à Nouméa aux dernières Municipales et vous préparez activement les Provinciales de l’an prochain... Quelle place faites- vous aux SDF et aux plus démunis dans votre programme ?

• Simon Loueckhote : J’en ai beaucoup parlé lors de ma campagne pour les Municipales. Quel homme politique responsable peut rester insensible aux problèmes d’insertion, de formation professionnelle, de pouvoir d’achat, d’exclusion sociale ? Pour vaincre la pauvreté, il faut un vrai programme de rééquilibrage des richesses et une politique ambitieuse d’aménagement.

 

« DECENTRALISER LE CAMP-EST »

• Par exemple ?

• J’ai eu l’occasion voici quelques semaines de visiter le Camp Est. Et ce que j’ai vu ne m’a pas choqué. Certes, les locaux sont vétustes, la promiscuité évidente, mais j’ai trouvé une certaine solidarité entre détenus et gardiens dans une ambiance très océanienne, inimaginable en Métropole... Il est évident que ce qui manque le plus, c’est l’espace : il faut décentraliser le Camp-Est, le reconstruire aux normes avec tous les services judiciaires dans un endroit géographique plus au cœur de la Grande-Terre. Pour les SDF c’est pareil : je pense à un grand village ailleurs qu’à Nouméa, avec différents modules de formation et de réinsertion afin que les jeunes puissent trouver ou retrouver un emploi. Beaucoup trop quittent le milieu tribal dont ils sont souvent exclus pour différents motifs. Parfois condamnés à des peines de prison, ils sont “perdus” à leur libération, refont des bêtises et retrouvent le Camp-Est : c’est la spirale infernale pour ces jeunes sans formation et déjà “cassés” par la vie. Il faut se donner les moyens nécessaires pour briser cette fatalité. Voyez-vous, ce dont la société calédonienne souffre le plus, c’est du manque de courage politique. C’est vrai, nous n’avons pas su créer les structures les mieux adaptées pour régler ce genre de problèmes. Parce que cela ne répond pas à la culture des hommes politiques : consacrer beaucoup d’argent pour aider les SDF, cela ne rapporte (presque) rien ! Donc, ce n’est pas une priorité... Et pourtant !

 

« NE ME PARLEZ PAS DE COUTUME ! »

• Et pourtant, il y a la coutume...

Il faut arrêter de parler à tout bout de champ de la coutume, c’est devenu un mot trop galvaudé. L’organisation sociale mélanésienne, avec son esprit d’hospitalité et de solidarité n’est plus, depuis longtemps, ce qu’elle était. Si la coutume de nos Vieux était encore efficace, il n’y aurait aucun SDF chez nous. Car je ne connais pas un seul Mélanésien qui n’ait de proches, de familles, ni ne dispose d’un lopin de terre. En fait, on utilise la coutume quand ça nous arrange... Prenez les grandes cérémonies traditionnelles qui marquent la vie coutumière. Il y a un paradoxe entre la dénonciation de la vie chère et les gaspillages auxquels on assiste dans nos mariages. Avant de réclamer le partage des fruits de la croissance, il faut que nous fassions nous-mêmes preuve de raison et de responsabilité. Il faut que l’on arrête de considérer que tout nous est dû car nous avons aussi des devoirs et des obligations.

 

• Concrètement, que comptez-vous faire ? Je suis à l’écoute de tout le monde, avec beaucoup d’humilité. La Nouvelle-Calédonie a les moyens financiers d’améliorer la situation des plus démunis, encore faut-il en avoir la volonté politique ! Parce qu’en termes de partage des richesses, il reste encore beaucoup à faire. Quand je vois les actions positives et courageuses menées par des associations de bénévoles comme la vôtre en faveur des plus défavorisés, je trouve cela fabuleux. L’insertion devrait être un droit pour tout citoyen, ce qui n’est pas le cas actuellement. Instituer un crédit à l’insertion comme pour la formation ou le logement, cela fait partie de mon programme politique. La réalité, c’est que nous n’avons pas suffisamment pris conscience de cette nouvelle donne sociale. Et cela traduit bien l’état d’esprit actuel, qu’il faut absolument changer. L’exclusion est un véritable enjeu qui prend chaque jour plus d’ampleur. On doit s’en préoccuper davantage, c’est une obligation, sous peine de faire de ce fléau le ferment d’une crise à venir, qui sera beaucoup plus grave...

 

Article Macadam du 05-07-2008

 

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