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Un plan de 700 milliards de $

Publié le 8 Octobre 2008 par Loueckhote Simon in Economie - Fiscalité

Les Américains ont donc un plan de 700 milliards de $ qui va servir à racheter les fonds pourris des banques afin de les sauver. L'Irlande a décidé sans consulter personne, d'affecter 300 milliards d'euros au sauvetage de ses banques, soit environ dix fois son PIB annuel. Le Portugal, l'Italie, l'Angleterre, l'Espagne vont en faire autant à coups de cinquantaines de milliards, l'Espagne en tentant de faire sortir des bas de laine les billets "Ben Laden" - ceux que l'on ne voit jamais - mais qui représenteraient 108 millions d'après le Trésor espagnol. Au total, 54 milliards d'euros d'argent plus ou moins propre auquel on promet l'amnistie.

L'Europe aurait dû faire front commun, les liens étroits qui unissent de nombreuses banques européennes appelaient des mesures collectives. Mais, comme d'habitude, l'Europe partira au combat en ordre dispersé: "Chaque pays prendra les mesures qui s'imposent" ont décidé Merkel, Brown, Berlusconi et Sarkozy que l'on sentait un peu contraint de devoir accepter cette belle unanimité de façade. Les hommes politiques, les administrations, les syndicats, les partis de gauche et la presse se sont unis sur le thème de "la revanche de l'Etat sur l'ultra capitalisme". On avait oublié que le libéralisme ne fonctionne bien que quand il est régulé, ce que personne n'a jamais contesté, pas même au Medef, comme l'a rappelé Laurence Parisot.

Aux Etats-Unis, après la crise de 1929, on a beaucoup réfléchi pour trouver comment éviter une nouvelle catastrophe financière. En 1933 (présidence Roosevelt), tout le monde s'est mis d'accord sur une loi fort simple, la loi Glass-Steagall, qui interdisait le cumul des métiers de banque d'affaire et de banque de dépôt. Et pendant 66 ans, elle a fonctionné à peu près correctement, sans entraver le fonctionnement de Wall Street : aucune banque de dépôt ou compagnie d'assurance n'est tombée en faillite à cause des erreurs, des prises de risque exagérées ou de la faillite d'une banque d'affaires. C'est Bill Clinton, un président démocrate, qui a fait abroger la loi Glass-Steagall en 1999 pour favoriser la constitution de Citygroup. À partir de là, tout a commencé à déraper.

En France, celui qui a le plus fait pour déréglementer les institutions financières est le socialiste Pierre Bérégovoy, ce qui a facilité un peu plus tard le travail de Jospin pour re-privatiser plusieurs sociétés nationalisées. Peu importe. Maintenant, l'important c'est que plusieurs centaines de milliards de dollars et d'euros vont être injectés dans l'économie. Et cela est voté par les Parlements à une vitesse record, aux Etats-Unis surtout, où les décrets d'application étaient prêts en moins d'une heure. Triomphe des hauts fonctionnaires qui ont soufflé cette solution aux politiques. Mais, patatra ! Aucun succès auprès des bourses qui continuent à dégringoler, des entreprises et des particuliers qui continuent à avoir peur. L'économie réelle ne suit pas. « Manque généralisé de confiance » diagnostiquent les experts.
 
A propos d'experts, ceux du service public, où sont-ils passés ? Car il y a bien, en France, un organisme qui ne répond de ses décisions que devant le Conseil d'Etat et dont la mission est de veiller au bon fonctionnement des institutions financières. Il se nomme Commission des Opérations Bancaires ou C.O.B. Aux Etats-Unis, son pendant s'appelle le S.E.C. et dispose d'encore plus de pouvoirs que la C.O.B. Au niveau européen, c'est ECOFIN. Et, au niveau international, il y a aussi un organisme dont les deux principales missions, si on en croit ses statuts, sont : "favoriser la coopération monétaire internationale et garantir la stabilité financière". Cet organisme, c’est le F.M.I. créé en 1944 pour éviter le retour d'une crise comme celle des années 30. Qui le préside ? Un socialiste, Dominique Strauss-Kahn, celui-là même qui donnait cet été de somptueuses réceptions dans son palais de Marrakech. Tous ces hauts fonctionnaires surpayés n'ont rien vu venir et ont laissé faire pendant des années. Si c'est sur eux que l'on compte pour sauver et réformer le système financier international, la crise risque de durer.

Heureusement, les lois du marché reviennent déjà discrètement. Peut-être pas de la meilleure façon, hélas, puisque les choses se passent comme on vous l’avait annoncé : les gens qui ont de l'argent dans ce bas monde commencent à racheter les entreprises financières et industrielles dont la valeur a dégringolé en Bourse, surtout quand il s'agit d'institutions structurellement solides. Les premiers à dégainer sont les Japonais. La banque nippone Norinchukin a fait un chèque de 200 millions d'euros et est désormais actionnaire du Crédit Agricole, notre fleuron bancaire national, même si ce n'est qu'à hauteur de 0,5% du capital. Le geste est symbolique. Dans la tempête, on avait presque oublié le Japon. On le croyait encore empêtré dans le marasme économique depuis la crise de 1997.

Le Japon a de l'ambition et des moyens. Norinchukin qui rentre au Crédit Agricole ; Nomura qui devient le nouveau propriétaire des activités de Lehman Brothers en Europe, au Moyen-Orient et en Asie-Pacifique ; Mitsubishi UFJ Financial Group qui s'intronise actionnaire de 20% de Morgan Stanley ; Sumitomo Mitsui qui place ses billes dans Barclays et Merril Lynch : le Japon revient dans le jeu. Discrètement, mais efficacement. Les banques nippones "ont saisi des opportunités" et "ont mené leur raid à une vitesse que l'on ne connaissait pas de la part des Japonais, grands adeptes au contraire des décisions toujours mûrement réfléchies et des risques évalués à la loupe", écrivait vendredi le correspondant à Tokyo des Echos.

La puissance financière japonaise, assise sur une épargne massive, est donc, aux côtés des fonds souverains chinois et moyen-orientaux, un nouveau joker dans un monde financier qui rebat les cartes et commence à faire son marché chez nous, en Europe et aux Etats-Unis. Ils ne sont pas les seuls. BNP-Paribas a racheté Fortis, la banque belgo-néerlandaise dont la Hollande a bêtement nationalisé la partie qui la concernait, ouvrant au passage les yeux des Flamands belges qui rêvaient déjà d'une merveilleuse union politique avec le voisin batave qui les aurait débarrassés de ces pauvres et vilains Wallons francophones. Il y a aussi l'espagnol Santander qui a racheté pour 853 millions d'euros la banque britannique Bradford & Bingley dont la valeur était estimée, avant qu'elle ne chute en bourse, à 25 milliards d'euros et qui les revaudra bientôt sans doute. Et puis, on apprend, en ce matin du 8 octobre, sur Euronews que "des banques russes vont aider (sic !) les banques islandaises".

Il faut être lucide, les capitalistes font comprendre aux politiques que, s'ils persistent à vouloir leur donner l'argent des contribuables, ils le prendront volontiers, mais que c'est eux qui mènent le jeu de l'économie et de la finance réelles. Quant aux hauts fonctionnaires et aux inspecteurs des finances qui croyaient reprendre la main et se glisser dans les confortables fauteuils des conseils d'administration des banques et des grandes entreprises où ils auraient pu continuer à étaler leur incompétence et à siester en paix, ils peuvent aller se recycler dans les banques grecques.

Cela dit, il reste aux politiques une arme. L'arme qu'ils n'auraient pas dû oublier et qu'ils auraient dû utiliser dès le début de la crise : la loi. Car ce n'est pas tant d'argent, même si, ponctuellement, cela peut être vrai, dont ont besoin les banques et les entreprises en difficulté que d'une réglementation claire et universelle. Pas d'un fatras de lois nationales mais d'une loi au minimum européenne, au mieux internationale dont ce paresseux de Strauss Kahn aurait pu, et dû, être l'initiateur. Ce pourquoi Sarkozy, qui avait annoncé pendant la campagne présidentielle qu'il fallait réformer la finance mondiale, l'avait pistonné au poste qu'il occupe.
M.D.

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