le blog de Simon Loueckhote

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Tout est encore possible !

Publié le 10 Décembre 2008 par Loueckhote Simon in Presse - Communiqués - Allocutions

Palabre : Chacun fait sa lecture du préalable de l’accord de Nouméa. Selon vous est-il sujet à interprétation concernant le fondement du destin commun : identité kanak ou identité calédonienne ?

Simon Loueckhote :
Le préalable de l’accord de Nouméa scelle sans conteste le fondement de l’identité calédonienne. Le texte vise le rassemblement de la population autour de l’idée du destin commun, sans privilégier une communauté au détriment des autres. C’est par ailleurs cette conception de l’identité qui est la plus facile à défendre et à mettre en place. Il est l’heure d’une identité partagée par tous ! J’adhère au concours lancé par le Gouvernement sur les signes identitaires. Rechercher un hymne, une effigie…– et qui plus est à l’initiative des citoyens - est une très bonne démarche. Il est l’heure d’afficher une appartenance commune. Ces symboles vont participer à la définition de notre identité consensuelle.

Pensez-vous que la population calédonienne se soit totalement appropriée l’esprit de l’accord et de ses enjeux ? (Si oui, selon quels exemples ? Si non, que faut-il faire ?) Oui, la population est aujourd’hui imprégnée de l’esprit qui nous guide depuis 10 ans, et qui va tracer notre chemin pendant 10 autres années. Deux phases se sont succédées. La signature de l’Accord, à laquelle j’étais présent, et l’élaboration de la loi organique, ont d’abord fait naître un formidable espoir de paix. Mais ce moment de découverte passé, le texte a fait naître le doute, voire l’exclusion, eu égard à son contenu et son aboutissement. Nous sommes aujourd’hui dans une période propice à une réflexion fondamentale, sur la noblesse de son esprit mais également sur ses lourds enjeux. 2 thèmes en particulier ont focalisé l’attention et illustrent le processus d’appropriation de la population. Je veux parler du gel du corps électoral et de l’emploi local. 2 problématiques qui scellent la question de la citoyenneté calédonienne, et qui font ressurgir, au bout de 10 ans, frustration et désillusion. C’est grâce à l’école, outil citoyen par excellence, que la population et les générations futures maîtriseront et adhèreront pleinement au fondement de cet Accord et aux moyens mis en œuvre pour son accomplissement.

Les référendums d’autodétermination prévus à la fin de l’accord de Nouméa (pendant la période 2014-2018), sont-ils évitables d’un point de vue constitutionnel ?
Le référendum qui ne pourra être évité est celui de 2018. Mais, comme en 1998, le référendum pourrait porter sur une question qui exclut toute idée d’indépendance. Elle pourrait porter sur un futur projet de statut de la Nouvelle-Calédonie. Tout dépendra de la volonté et surtout de la capacité des acteurs politiques calédoniens à se mettre d’accord sur la question qui portera sur l’avenir institutionnel du pays. Je reste dans la droite ligne du principe de l’Accord : rechercher le consensus.

« Une consultation, oui, mais sur quelle question ? »

La Nouvelle-Calédonie peut elle devenir autonome économiquement (en se passant des transferts de la France) et avec une monnaie locale, comme décrit dans l’accord de Nouméa ?
L’indépendance économique de la Nouvelle-Calédonie est possible. Mais, elle aura des conséquences sur le niveau de vie de la population. Et de mon point de vue, ce sera à la baisse. Le postulat de base est donc le suivant : veut-on garder le même niveau de vie ou veut-on ressembler aux petits pays de la zone qui nous entourent ? Grâce au Nickel, et aux transferts de l’Etat vers la Nouvelle-Calédonie - 120 milliards par an - nous nous situons juste derrière l’Australie et devant la Nouvelle-Zélande en terme de PIB.
Si les calédoniens faisaient le choix de l’indépendance, ce serait le choix d’un pouvoir d’achat en baisse. Cela, il faut qu’il le sache ! Ceux qui se prévalent aujourd’hui de pouvoir vivre en dehors du système de consommation, le ressentiront alors aussi. Sans l’appui de la métropole, le mode de vie traditionnel sera réduit à sa plus simple expression. Toutes les compétences tombant dans l’escarcelle du territoire, il faudra alors systématiquement payer pour avoir accès aux besoins élémentaires (routes, électricité, eau courante, courrier, santé, école…).

L’éventuelle mise en place de l’euro en Nouvelle-Calédonie, n’est-elle pas un choix économique contradictoire avec la réalité politique d’une marche vers l’indépendance Si non, comment peut-elle se concevoir en adéquation avec l’accord de Nouméa ?
Pour les indépendantistes, euro et indépendance politique sont contradictoires. A mes yeux, aussi ! Mais pour d’autres raisons : l’introduction de l’euro aurait un effet à la fois antiéconomique et antisocial. D’abord, parce que l’adoption de l’euro va rendre la vie plus difficile ici. Elle va automatiquement augmenter le coût de la vie, phénomène systématique dans les pays qui l’ont choisie. Et le taux de change élevé de cette monnaie rend les choses difficiles socialement. Il est, par exemple, en partie responsable du déficit du commerce extérieur de la France. C’est la crainte d’une dévaluation du Franc Pacifique qui hante les esprits et qui fait craindre aux calédoniens qui ont des biens et du patrimoine, une baisse soudaine de leur valeur. Mais, contrairement aux autres pays de la région, nous avons ici une réelle capacité de production et d’innovation économiques. Ce sont elles qu’il faut chercher à privilégier. Notre monnaie actuelle, parce qu’elle est adossée à l’euro avec une parité fixe, pénalise fortement notre économie. Elle est à l’origine du coût de la vie très élevée et de la baisse du pouvoir d’achat des habitants. La Nouvelle-Calédonie pourrait davantage exporter dans la région mais nos coûts de production sont beaucoup trop élevés pour que nous soyons compétitifs. Aux yeux des indépendantistes, passer à l’euro serait contraire à la marche vers la pleine souveraineté : ce serait un ancrage un peu plus fort au sein de l’Europe, donc à la France. Politiquement, choisir la monnaie européenne aurait pour risque d’exacerber les revendications indépendantistes qui se saisiraient de ce prétexte pour affirmer – même si c’est une vue de l’esprit – que son adoption viendrait purement et simplement préempter le résultat du référendum d’autodétermination. L’euro n’aurait aucune influence sur l’organisation et le résultat du scrutin.

« Les questions de l’euro et du référendum n’ont aucun rapport »

Pas de monnaie océanienne Une monnaie calédonienne ou une monnaie océanienne élargie aux autres îles indépendantes de la région pacifique, n’aurait aucun intérêt. L’espace économique océanien est bien trop restreint pour être envisagé, ne serait-ce qu’en termes de population concernée. Créer une zone veut dire réfléchir en terme d’échange économique équilibré. Si ces petits états peuvent être intéressés par un lien économique privilégié avec vous, et notamment par nos exportations, réciproquement quelles importations pourrions-nous espérer ? Non, ces échanges reviendraient beaucoup trop chers. La proximité de pays tels que l’Australie et la Nouvelle-Zélande, qui ont des coûts de production bien moindres, voue toute initiative dans ce sens à l’échec. 

Concrètement, comment pensez-vous que la Nouvelle-Calédonie puisse arriver à respecter son calendrier concernant les transferts de compétences ?
La volonté de respecter le calendrier dicté par l’Accord de Nouméa est évidente. Le Haut-commissariat reçoit à cet effet une mission d’experts, pour organiser la concrétisation des transferts prévus pour être effectifs au plus tard en 2009 . Même s’ils ne sont pas encore totalement maîtrisés, les premiers transferts ont été effectués à partir de l’an 2000 parce qu’ils étaient inscrits dans la loi. Et les autres doivent suivre : les différentes tranches de transferts sont dictées explicitement. Le « comment » est aussi inscrit dans l’Accord : de manière progressive et avec l’accompagnement de l’Etat. Mais annoncer les transferts est une chose, les assumer de manière pleinement responsable et indépendante en est une autre. Qu’est-il envisagé dans le cas où la Nouvelle-Calédonie ne demande pas les transferts prévus en fonction des mandats du Congrès ? En l’état actuel, si elle devait se poser, la question d’un retard sur d’éventuels transferts se trancherait en 2018 à l’occasion du référendum. Celui-ci actera – ou pas – les derniers transferts qui touchent aux compétences d’un état souverain, mais aussi, du même coup et d’un même bloc, tous les autres transferts qui ne seraient pas entrés en vigueur parmi ceux qui doivent l’être entre 2014 et 2018 . Seul un nouveau vote constitutionnel du Congrès de Versailles pourrait fixer un nouveau calendrier.

« Ce sont les hommes qui font les constitutions… »

Dans le contexte actuel, comment voyez-vous les élections provinciales de 2009 ? Nous allons rentrer dans une nouvelle phase de l’Accord : c’est en 2009, et jusqu’en 2014, que s’ouvre son mandat principal. C’est donc à partir de l’année prochaine que se joue sa concrétisation. Cette période sera totalement axée sur la lecture du texte, son interprétation. L’avenir institutionnel du territoire et la question des transferts de compétences seront au cœur de la prochaine échéance électorale, dans tout juste un an. Chaque parti usera de ces problématiques, pour expliciter sa vision de l’avenir. Avec le risque que certains en abusent pour faire ressurgir des dissensions d’un autre âge, à l’heure des 11 ans de l’Accord. Je considère qu’il est logique et primordial d’aller à la recherche du consensus. Comment l’incarner autrement que par le concept d’autonomie ? Et j’irai plus loin que le texte de l’Accord de Nouméa qui stipule et met en avant celui de « souveraineté partagée ». L’avenir de la Nouvelle-Calédonie ne doit pas passer par un partage de souveraineté mais par un « Pacte de souveraineté ». C’est à cette condition que la souveraineté sera pour tous et chacun d’entre nous pleine et entière.

Comment voyez-vous l’avenir de la Nouvelle-Calédonie ?
Au-delà du débat sur la simple application de l’Accord de Nouméa, on peut affirmer que ce texte donne à la Nouvelle-Calédonie la perspective d’un avenir radieux… mais très incertain. Nous avons la chance de vivre dans un pays où toutes les possibilités sont offertes, ou tous les rêves sont permis…. A condition de prendre conscience de tous les enjeux, notamment ceux de la mondialisation. A condition de s’organiser correctement pour avoir la capacité de gérer cette chance inouïe. Un seul exemple, celui de nos richesses naturelles : compter s’appuyer dessus est une chose, le faire de manière intelligente fera toute la différence. Pour aller de l’avant, faire naître un nouvel espoir, il nous faut une vision claire. Le vouloir « vivre ensemble » et « vivre en paix » est partagé par tous, à l’unanimité. C’est grâce à cette harmonie qu’ici, dans ce pays béni des dieux, tout sera possible.

Palabre Coutumier. n°15 édition spéciale "Destin Commun".

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