le blog de Simon Loueckhote

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La SLN, otage de l’action syndicale

Publié le 20 Octobre 2006 par loueckhote simon in Economie - Fiscalité

 
            L’exploitation des ressources de Nickel, en Nouvelle-Calédonie, a toujours dépassé la logique économique pour s’inscrire dans le cadre des enjeux politiques de notre archipel.
 
Alors que le syndicat de Sylvain NÉA, la CSTNC, est en conflit ouvert avec le Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, il a pris, depuis plusieurs semaines, la SLN en otage, tant l’usine de production métallurgique que les sites d’extraction du minerai. Le syndicat veut ainsi empêcher le fonctionnement de cette entreprise pour le symbole qu’elle représente.
 
La SLN occupe une place stratégique dans l’économie calédonienne : l’ensemble des effectifs de l’entreprise a atteint, à la fin 2005, 2203 personnes, soit à peu près l’équivalent de la population active aux Iles Loyauté. Son chiffre d’affaires s’est élevé, l’an dernier à près de 82 Milliards de F.CFP (687,16 millions d’euros) et la commercialisation de ses produits métallurgiques totalise 75 % des exportations de la Nouvelle-Calédonie. L’activité de la SLN s’est également traduite par des recettes fiscales pour la Nouvelle-Calédonie, au titre de la fiscalité nickel, de plus de 6,199 Milliards de F.CFP (51,9 millions d’euros), pour l’exercice 2005.
           
            La SLN a déjà vu son fonctionnement très fortement perturbé, en 2005, par un conflit social engagé par le syndicat, CSTNC, qui lui a fait perdre 6 Milliards de F.CFP (50,3 millions d’Euros). Elle se retrouve à nouveau, depuis 4 semaines, confrontée à ce syndicat dans un bras de fer qui, paradoxalement, ne la concerne pas directement. 
 
Le Président d’ERAMET, maison mère de la SLN, présent en Nouvelle-Calédonie, il y a quelques jours, a été le témoin direct des pressions intolérables exercées sur l’une des filiales, le fleuron de son groupe. Il a déploré la perte de 1 million d’euros par jour (119,3 millions de F.CFP), depuis le 25 septembre, alors que le conflit, dont sa société est victime, n’est pas prêt d’être fini.
             
Désormais, l’image de la Nouvelle-Calédonie sur le marché mondial du Nickel, est fortement ternie, la dégradation du climat social n’étant pas pour rassurer les opérateurs industriels et miniers.
 
Le chantier de construction de l’usine de Goro Nickel, dans le sud, est devenu un chantier à haut risque, protégé par des gendarmes. Cet exemple est catastrophique. Tous les interlocuteurs que j’ai rencontrés, qu’ils soient français, européens ou étrangers ne comprennent pas que, bien que nous ayons signé des accords de paix, la Nouvelle-Calédonie soit toujours en proie à de nombreux conflits et ils soulignent l’incapacité des responsables locaux à régler les problèmes de fond.
                   
Au-delà de l’affichage de revendications qui concernent principalement les conditions de construction de l’usine de Goro Nickel, nous ne connaissons pas les vraies motivations de Sylvain NÉA lorsqu’il s’en prend ainsi à la SLN. Y a-t-il des éléments du dernier conflit qui n’ont pas encore été réglés ?
              
Toujours est-il que la méthode qu’utilise le syndicat n’est pas acceptable.  
 
La SLN ne mérite pas ce traitement. La société, présente en Nouvelle-Calédonie depuis plus de 100 ans, a fait vivre des milliers de familles, il ne faut pas l’oublier. Et il faut définitivement sortir de cette croyance un peu trop simpliste que la SLN vit sur le dos des Calédoniens, dont elle exploite les richesses.
 
Elle est devenue, au fil du temps, l’exemple de la réussite calédonienne, dans un secteur très concurrentiel et celle de la France dans cette région du monde, une véritable « institution » respectable mais malheureusement pas suffisamment respectée. Et c’est bien regrettable. Sans elle, la Ville de Nouméa, chère à Jean LEQUES, et la Nouvelle-Calédonie, dans son ensemble, n’auraient pas atteint un tel niveau de développement. Nous ne pouvons qu’être fiers, d’avoir relevé ce défi du développement industriel, à l’échelle de la Nouvelle-Calédonie et ce constat est d’autant plus évident que nous mesurons, à travers les difficultés de mise en œuvre des deux autres grands projets miniers, le chemin que nous avons parcouru.
            
En cette période troublée, où la SLN et son personnel se trouvent très injustement pris en otage, je veux saluer la mémoire de toutes celles et tous ceux qui, de générations en générations, ont fait de cette entreprise, ce qu’elle est aujourd’hui.
 
Je veux rendre hommage à toutes celles et tous ceux qui, sous la houlette de Pierre ALLA et de tous ses prédécesseurs, contribuent à moderniser cet outil, ô combien indispensable au développement de la Nouvelle-Calédonie et au rayonnement de la France dans le monde.
 
            Je salue enfin l’action du Président d’ERAMET, Jacques BACARDATS, pour l’écoute et l’attention toute particulière qu’il porte à la SLN et à la Nouvelle-Calédonie.
           
Cette période de crise, qui est aussi révélatrice d’une situation d’instabilité de plus en plus affirmée, doit nécessairement s’accompagner d’une prise de conscience de l’ensemble des Calédoniens. Et c’est, de mon point de vue, au cœur du fonctionnement de nos institutions que nous devons aller chercher les clés d’un retour à une situation normale.
 
 
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